La Corée du Nord et les États-Unis sont à couteaux tirés sur la question des capacités nucléaires de Pyongyang, qui a annoncé mardi étudier « soigneusement » un projet de frappe sur le territoire américain de l'île de Guam, dans le Pacifique.

Cette déclaration survient quelques heures seulement après les menaces du président américain Donald Trump, qui a promis une puissance de « feu et de colère comme le monde n'en a jamais vu » contre la Corée du Nord, si elle renouvelle ses menaces contre les États-Unis.

Le Washington Post faisait état plus tôt d’une analyse du renseignement militaire américain qui indique que la Corée du Nord a réussi à miniaturiser des ogives nucléaires, qui pourraient ainsi être installées sur des missiles balistiques intercontinentaux.

Cette conclusion, contenue dans un document confidentiel de la Defense Intelligence Agency (DIA) daté du 28 juillet, est surprenante dans la mesure où la communauté américaine du renseignement était généralement convaincue que Pyongyang ne pourrait franchir ce pas avant plusieurs années.

Le Post indique que la véracité de cette information a été confirmée par deux responsables du gouvernement américain. La DIA n’a pas voulu commenter la nouvelle.

Pas de menace imminente, assure Tillerson

De passage à Guam quelques heures après l’avertissement lancer par le président, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a justifié la force de ses propos en expliquant que Kim Jong-un ne comprenait pas le langage diplomatique.

Il était donc nécessaire de leur faire comprendre que Washington a la ferme intention de se défendre et de défendre ses alliés contre toute menace, a-t-il affirmé. Il réfute sinon toute intention de déroger à la stratégie diplomatique actuelle au profit d’une option militaire à la crise.

Il a par ailleurs tenu à rassurer les Américains en affirmant qu’aucune menace imminente ne planait sur eux et qu’ils pouvaient dormir sur leurs deux oreilles.

Une fuite d'information volontaire?

La semaine dernière, le ministère japonais de la Défense avait également avancé que le dernier régime stalinien de la planète avait franchi cette étape cruciale pour accroître sa capacité de dissuasion militaire.

Selon les analyses de la DIA, le leader nord-coréen Kim Jong-un a de plus en plus confiance en son arsenal nucléaire, ce qui pourrait expliquer pourquoi il ne cesse de défier la communauté internationale en procédant à des essais nucléaires et à des tests de missiles.

En entrevue à RDI, le politologue Loïc Tassé de l'Université de Montréal a déclaré qu'il pourrait s'agir d'une « fuite volontaire » de Washington. Parce qu'« on a voulu alerter l’opinion publique américaine et mondiale sur le fait que les Nord-Coréens disposent de bombes atomiques miniatures qu’on peut mettre sur des missiles qui peuvent rejoindre possiblement les États-Unis. »

Selon lui, le pugilat verbal entre les États-Unis et la Corée du Nord en est à un « moment charnière ».

« Mais quel choix a-t-on? Reste peut-être un mince espoir de dialogue », a expliqué le professeur Tassé.

Le 1er janvier dernier, le président Trump avait assuré dans un tweet qu’il ne permettrait pas que la Corée du Nord développe une arme nucléaire capable d’atteindre les États-Unis.

Le régime nord-coréen a finalement testé des missiles balistiques intercontinentaux à deux reprises en juillet. Des experts ont avancé que ces missiles pourraient atteindre des villes américaines comme Los Angeles et Denver, voire Chicago.

Samedi dernier, le conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, H.R. McMaster, a réitéré qu’il serait « intolérable du point de vue du président » que la Corée du Nord parvienne à installer une ogive nucléaire sur un tel missile de longue portée.

« Nous devons fournir toutes les options, et cela comprend l’option militaire », a-t-il déclaré en entrevue à MSNBC. Il a toutefois ajouté que Washington comptait continuer à mettre de la pression sur Pyongyang pour la convaincre de se dénucléariser.

La Corée du Nord a procédé à cinq essais nucléaires en 10 ans. Le dernier, effectué le 9 septembre 2016, pourrait avoir généré une puissance explosive de 20 à 30 kilotonnes. En comparaison, la puissance de la bombe atomique d'Hiroshima était de 12 à 15 kilotonnes.

Miniaturiser une arme atomique et être capable de la monter sur un missile de longue portée constitue cependant un processus beaucoup plus complexe.

Les informations du Washington Post sont publiées quelques jours à peine après que les membres du Conseil de sécurité eurent imposé de nouvelles sanctions à la Corée du Nord, avec l’appui de la Chine, allié traditionnel du régime.

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