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Pyongyang s'en prend au gouvernement « ignorant et incompétent » de la Corée du Sud

Le changement de ton de la Corée du Nord à l'endroit de sa voisine du Sud se confirme jeudi par de nouvelles déclarations officielles qui viennent jeter une nouvelle douche froide sur les espoirs que le réchauffement diplomatique constaté depuis le début de l'année donne des résultats concrets.

Dans une dépêche publiée par l'agence officielle KCNA, porte-voix du régime de Kim Jong-un, le négociateur en chef de la Corée du Nord, Ri Son-gwon, tombe à bras raccourcis sur le gouvernement sud-coréen et menace d'interrompre toute discussion tant et aussi longtemps que les problèmes qui ont entraîné leur suspension ne seront pas résolus.

M. Ri y soutient qu'« il a été démontré que le gouvernement sud-coréen est ignorant et incompétent », et condamne une fois de plus l’exercice militaire conjoint américano-sud-coréen Max Thunder, qui s’est mis en branle il y a quelques jours, et qui a été évoqué plus tôt cette semaine pour suspendre des discussions intercoréennes prévues mercredi.

La dépêche en langue anglaise de KCNA utilise délibérément des minuscules pour les mots « nord » et « sud » pour démontrer qu'elle ne reconnaît qu'une seule Corée unifiée.

M. Ri déplore en outre que le gouvernement laisse des « déchets humains » s'adresser aux parlementaires, sans donner plus de précision.

Il pourrait s'agir d'une référence à l'ex-diplomate nord-coréen Thae Yong-ho, longtemps en poste à Londres, qui a fait défection en Corée du Sud en 2016. Il a donné une conférence de presse dans l'enceinte du parlement lundi, à l'occasion du lancement de ses mémoires, intitulées Mot de passe pour le troisième étage.

M. Thae y décrit Kim Jong-un comme un homme « impatient, impulsif et violent ».

Lors d'un point de presse dans le Bureau ovale, jeudi, le président américain Donald Trump a indiqué que les préparatifs se poursuivaient en vue de la rencontre prévue entre lui et M. Kim à Singapour, le 12 juin. « Rien n'a changé sur la Corée du Nord à notre connaissance, on ne nous a rien dit. Nous verrons », a-t-il déclaré.

« Si la rencontre a lieu, elle aura lieu, et si elle n'a pas lieu, nous passerons à l'étape suivante », a-t-il ajouté. La Maison-Blanche a aussi réagi avec prudence.

Trump pèse ses mots

Après des mois de rapprochement et de détente diplomatique, Pyongyang a opéré mercredi un spectaculaire retour à sa rhétorique traditionnelle, en annulant la rencontre avec des représentants sud-coréens et en évoquant la possibilité de remettre en cause le sommet historique qui doit réunir M. Kim et le président américain Donald Trump, le 12 juin, à Singapour.

« Si les États-Unis tentent de nous mettre au pied du mur pour nous forcer à un renoncement nucléaire unilatéral, nous ne serions plus intéressés par un tel dialogue », avait alors lancé le ministre adjoint des Affaires étrangères de la Corée du Nord, Kim Kye-gwan. Ce revirement de situation a été accueilli avec beaucoup de circonspection à Washington.

Un réchauffement diplomatique entre Pyongyang, d'une part, et Séoul et Washington, d'autre part, se déroulait à un rythme accéléré depuis le début de 2018, après que le président Kim eut tendu la main à son homologue sud-coréen Moon Jae-in à l'approche des Jeux olympiques de Pyeongchang.

Le président Kim et son homologue sud-coréen Moon Jae-in se sont finalement rencontrés dans la zone démilitarisée qui sépare les deux pays, établie le long du 38e parallèle, au terme de la guerre de Corée (1950-1953), qui a fait des centaines de milliers de morts.

Les deux hommes avaient convenu de lancer « une nouvelle ère de réconciliation, de paix et de prospérité nationale » et de parvenir, notamment à une « dénucléarisation totale » de la péninsule coréenne.

L'administration Trump a déjà fait savoir qu'elle exige la « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible » de la Corée du Nord, mais elle n'a pas rendues publiques les concessions qu'elle propose en échange.

Un aperçu des demandes américaines?

Selon le journal japonais Asahi, qui cite des sources familières avec le dossier nord-coréen, Washington aurait demandé à Pyongyang d'envoyer à l'extérieur du pays certaines têtes nucléaires, un missile balistique intercontinental et du matériel nucléaire.

Le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, qui s'est rendu deux fois à Pyongyang ces dernières semaines, aurait indiqué à Kim Jong-un que la Corée du Nord pourrait en conséquence être retirée de la liste des États soutenant le terrorisme.

Asahi rapporte également que Washington considère offrir des garanties au régime nord-coréen si ce dernier s'engage à la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible souhaitée.

La Corée a toujours dit que ses programmes nucléaires et balistiques constituaient un moyen de dissuasion contre la menace américaine. Traditionnellement, le régime a soutenu être prêt à renoncer au nucléaire en échange du retrait des 28 500 soldats américains stationnés en Corée du Sud.

Avant la sortie de Ri Son-gwon, la ministre sud-coréenne des Affaires étrangères, Kang Kyung-wha, avait reconnu devant le Parlement que les États-Unis et la Corée du Nord avaient des divergences de vues sur les moyens de parvenir à la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Un responsable de la présidence sud-coréenne a pour sa part indiqué que Séoul entendant jouer le « rôle de médiateur » entre les deux pays. La présidence compte transmettre « ce que nous avons discerné de la position et de l'attitude de la Corée du Nord » aux États-Unis, et « la position des États-Unis » à la Corée du Nord, a-t-il dit.

Le président sud-coréen Moon Jae-in doit rencontrer le président Trump mardi prochain, à la Maison-Blanche.

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