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Pyongyang sème l'émoi en testant un missile capable de frapper l'Alaska

La Corée du Nord a de nouveau irrité ses alliés comme ses ennemis, tôt mardi, en effectuant un nouveau tir de missile balistique intercontinental. Pyongyang serait désormais capable d'atteindre l'Alaska, estiment des experts. Le régime de Kim Jong-un, lui, prétend pouvoir cibler n'importe quel endroit de la planète.

Dans une annonce très théâtrale, la présentatrice de nouvelles de la télévision d’État nord-coréenne a évoqué avec émotion un essai « historique », supervisé par le leader Kim Jong-un en personne.

La Corée du Nord est « une puissance nucléaire forte » dotée d'un « très puissant missile balistique intercontinental qui peut frapper n'importe quel endroit au monde », a ajouté avec fierté la présentatrice vedette du régime.

Pyongyang a soutenu que le missile balistique Hwasong-14 a atteint une altitude de 2802 mètres et a voyagé pendant 39 minutes sur une distance de 930 kilomètres avant d’atteindre sa cible dans la mer du Japon.

Selon le Japon et la Corée du Sud, le missile a été tiré près de Banghyon, dans la province de Pyongan du Nord, frontalière de la Chine.

Le gouvernement japonais a d'ailleurs vivement protesté contre cet essai militaire dans sa zone économique exclusive. Il s'agit pour Tokyo d’une grave provocation du régime nord-coréen et d’une violation des résolutions adoptées par les Nations unies contre Pyongyang.

« J'espère que la Corée du Nord n'ira pas jusqu'au point de non-retour », a pour sa part déclaré le président sud-coréen Moon Jae-in.

Une menace grandissante

Selon des spécialistes américains, les derniers développements sont préoccupants dans la mesure où ils constituent une avancée notoire en termes de performance des armes de longue portée de Pyongyang.

Alors que les experts américains avaient d'abord cru qu'il s'agissait d'un missile de portée intermédiaire, le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, a indiqué en fin de journée que l'engin lancé plus tôt était bel et bien un missile balistique intercontinental.

David Wright, un membre de l'Union of Concerned Scientists, a déclaré que la fusée a effectué une trajectoire « très incurvée et qu'elle pourrait atteindre une portée maximale d'environ 6700 km sur une trajectoire standard ». Selon Jeffrey Lewis, chercheur à l'Institut Middlebury des études internationales, l’engin pourrait théoriquement toucher Anchorage, la plus grande ville de l'Alaska.

Selon l'expert en missile, John Schilling, le lancement a été « mieux réussi que prévu ». Le collaborateur au projet de surveillance nord-coréen, 38 North, a aussi indiqué qu'il faudrait probablement un à deux ans avant que les missiles balistiques intercontinentaux de la Corée du Nord atteignent une « capacité opérationnelle minimale ».

Les analystes doutent néanmoins de la capacité des Nord-Coréens de miniaturiser une tête nucléaire pour la monter sur un missile de ce type et maîtriser la technologie nécessaire pour effectuer un tir intercontinental avec précision. L'agence de presse officielle nord-coréenne (KCNA) a cependant affirmé que le missile testé mardi serait capable de transporter « une grosse tête nucléaire ».

Toujours selon KCNA, Kim Jong-un a déclaré que la confrontation entre Pyongyang et les États-Unis était à présent entrée dans sa « phase finale ». Pour lui, le missile nord-coréen est un « cadeau » aux « salauds d'Américains » pour la fête nationale du 4 juillet.

Donald Trump exaspéré

La nouvelle a fait réagir à Washington, tandis que les Américains célébraient leurs 241 ans d'indépendance.

« La Corée du Nord vient de lancer un autre missile. Est-ce que ce gars [Kim Jong-un] n’aurait pas mieux à faire de sa vie? Difficile de croire que la Corée du Sud et le Japon vont endurer cela encore longtemps », a écrit le président américain Donald Trump, mardi matin, sur Twitter.

En guise de réponse au tir nord-coréen, les États-Unis et la Corée du Sud ont effectué mardi un exercice militaire conjoint au cours duquel plusieurs missiles ont été lancés au large de la péninsule coréenne.

Washington, qui a affirmé être prêt à user de tous les moyens nécessaires pour se défendre et défendre ses alliés, a par ailleurs demandé à ce que le Conseil de sécurité de l’ONU se réunisse d'urgence. La réunion devrait avoir lieu mercredi.

La Chine et la Russie, qui ont qualifié d'« inacceptable » ce tir de missile, ont appelé la Corée du Nord à instaurer un « moratoire » sur ses tests nucléaires et ses tirs de missiles balistiques.

Dans un communiqué commun, les ministères des Affaires étrangères chinois et russe ont demandé en contrepartie aux États-Unis de cesser leurs exercices militaires dans la région afin d'apaiser les tensions dans la péninsule.

Pékin et Moscou ont par ailleurs dénoncé le déploiement en Corée du Sud du bouclier antimissile américain THAAD. Présenté comme une stratégie défensive destinée à contrer la Corée du Nord, ce système est considéré par les gouvernements russe et chinois comme une menace à leur propre sécurité.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a condamné quant à lui une « escalade dangereuse », alors que l'Union européenne a dénoncé « une violation flagrante » de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité.

Le Canada, lui, a envoyé un communiqué en fin de journée pour « souligner la nécessité d’une intervention unifiée à l’échelle internationale » et encourager « l’intensification des efforts déployés pour accroître la paix et la sécurité dans la région de l’Asie-Pacifique ».

La Corée du Nord, qui a déjà réalisé cinq essais nucléaires, dispose d'un petit arsenal de bombes atomiques. Le régime totalitaire affirme que sa quête pour développer un missile intercontinental est contrainte par la menace d'invasion de son territoire que représentent les 28 000 soldats américains stationnés en Corée du Sud.

Après ce nouveau tir de missile nord-coréen, les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud doivent se réunir cette semaine en marge du G20, à Hambourg, pour discuter de la situation – une réunion à laquelle le premier ministre du Japon, Shinzo Abe, a convié le président chinois Xi Jinping et son homologue russe Vladimir Poutine.

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