Retour

Qu'arrive-t-il aux déplacés qui quittent leur pays? La réponse en cartes

Plus de 65 millions de personnes dans le monde, soit 1 personne sur 113, ont été déracinées de leur pays d'origine, selon un rapport publié cette semaine par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. D'où viennent-elles et où vont-elles? La réponse en cartes.

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

À la fin de 2015, plus de 3,2 millions de personnes attendaient une décision concernant leur demande d'asile, un record sans précédent.

« Nous avons atteint des sommets que nous n'avions jamais vus depuis la Deuxième Guerre mondiale », explique François Audet, directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire (OCCAH).

Les demandeurs d'asile ne réussissent pas tous à accéder à un territoire sécuritaire. « II y a un effet d'entonnoir; il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. C'est presque comme jouer à la loterie. Les réfugiés ont une chance sur des millions d'être choisis pour être réinstallés », dit M. Audet.

« Les pays sont excessivement frileux », ajoute le chercheur associé à l'OCCAH Olivier Arvisais.

Plus de 500 000 demandes ont d'ailleurs été rejetées par divers pays en 2015.

L'Allemagne est le pays qui a accepté le plus d'applications (441 900 demandes d'asile), suivie par les États-Unis, la Suède et la Russie. Mais ces pays sont parmi ceux qui ont aussi des milliers de demandes en traitement. Près de 17 000 demandes d'asile ont été faites au Canada; 6075 demandes ont été rejetées en 2015.

« Le Canada a probablement été un des meilleurs citoyens du monde. Mais on a le luxe de le faire », selon M. Audet. Le Canada est en effet un pays isolé qui peut se permettre d'être plus sélectif dans l'accueil de réfugiés.

Les États-Unis ont été vivement critiqués pour ne pas avoir accueilli plus de réfugiés syriens, mais les Américains doivent composer avec des réalités de migration importante provenant de l'Amérique du Sud et de l'Amérique centrale, rappelle M. Audet.

« Un des enjeux les plus cruciaux pour l'humanité de ce siècle »

Le nombre de personnes déracinées dans le monde a augmenté de 75 % depuis 20 ans, selon le HCR.  En moyenne, 24 personnes sont déracinées chaque minute.

Seulement en 2015, l'Agence des Nations unies pour les réfugiés a recensé 1,8 million de nouveaux réfugiés. Plus de la moitié d'entre eux viennent de trois pays : la Syrie, l'Afghanistan et la Somalie. Près de 5 millions de Syriens ont fui les combats et plus de 1 million d'entre eux ont trouvé refuge en Turquie.

« C'est difficile de mesure l'ampleur du phénomène si on n'a jamais mis les pieds dans un camp de réfugiés ou si on n'a pas vu des milliers de personnes marcher sur les routes en Europe », mentionne M. Arvisais.

La multiplication et l'intensification des conflits expliquent en grande partie la hausse du nombre de réfugiés. « On craint que ça devienne une situation trop fréquente. Les conflits perdurent et les solutions sont lentes à venir. Si on ne cherche pas à stabiliser la situation, les chiffres vont continuer d'augmenter », déplore Gisèle Nyembwe, de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés.

Au Yémen, 10 % des 26,8 millions d'habitants ont été disséminés aux quatre coins du pays au cours de la dernière année. En Afrique, huit nouveaux conflits ont éclaté depuis deux ans.

De l'autre côté de l'Atlantique, 110 000 Guatémaltèques, Salvadoriens et Honduriens ont fui la violence liée aux gangs. Le nombre de demandes d'asile émanant de ces pays a quintuplé en trois ans.

La crise en Europe, la pointe de l'iceberg

Parmi les 65,3 millions de personnes déracinées, 40,8 millions ont été déplacées à l'intérieur de leur pays. Celles-ci feront probablement augmenter le nombre de réfugiés et de demandes d'asile au cours des prochaines années, explique M. Arvisais. « Ces gens sont déjà aux frontières de l'Europe. Ce n'est qu'une question de jours ou de mois avant qu'ils choisissent de franchir les frontières. »

Par ailleurs, plus de 1 million de personnes sont arrivées en Europe par bateau, soit quatre fois plus qu'en 2014. Cependant, ce chiffre a baissé au cours des derniers trois mois, explique Olivier Arvisais. « Ça concorde avec l'entente faite avec la Turquie [L'Union européenne (UE) a payé la Turquie pour empêcher les réfugiés d'accéder à l'Europe]. Les gens ont peut-être retardé leur départ plutôt que de risquer se retrouver en Turquie. »

En Libye, depuis le départ de Mouammar Kadhafi, les réfugiés du nord de l'Afrique profitent de la crise politique pour avoir accès à la mer, puis à l'Europe. « La Libye s'est transformée en couloir de passage. Les personnes dans des pays qui sont enclavés ont maintenant espoir d'avoir accès à l'Europe, indique M. Audet.  L'Europe n'est pas au bout de ses peines. Ce n'est que le début d'une triste histoire. »

En plus d'enfreindre le droit international d'asile, l'entente entre l'UE et la Turquie ne réglera en rien la crise de migrants en Europe, avertit François Audet.

L'Europe doit trouver des solutions plus structurantes que la fermeture des frontières. « Un mur ne va pas empêcher les gens de traverser. Les murs ne fonctionnent pas, souligne M. Audet. On passe à côté, on creuse des tunnels. »

Olivier Arvisais ajoute que la communauté internationale doit participer à plus de médiations internationales et de missions de développement de la paix si l'on veut un jour réduire le nombre de personnes déracinées par les conflits et la violence.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine