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Qu'arrivera-t-il avec le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris?

Donald Trump a confirmé le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat. Quelles seraient les conséquences de cette décision? Nous avons posé la question à Étienne Leblanc, journaliste spécialisé en environnement.

Propos recueillis par Anne-Marie Lecomte

Q : Comment les États-Unis peuvent-ils se retirer de cet accord qualifié d'« historique »?

Oui ils le peuvent, mais pas sur-le-champ. En vertu des dispositions de l’Accord de Paris, le processus formel de retrait est d'une durée de quatre ans, à partir de la date d'entrée en vigueur, soit novembre 2016. Cela nous mène en 2020 au plus tôt, pour un éventuel retrait américain. Donc pas très loin des prochaines élections présidentielles...

Q : Quel est le statut actuel de l’accord et quelle est son importance?

C’est le premier accord international sur le climat depuis l’accord de Kyoto, qui est entré en vigueur en février 2005. L’Accord de Paris a été ratifié jusqu’à maintenant par 147 pays – dont le Canada – qui représentent à eux seuls 82 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). En poursuivant l'objectif de réduire les émissions de GES, l'accord vise à éviter quelques-uns des pires effets des changements climatiques.

Q : Est-ce un accord contraignant?

Non. Les pays ne sont pas obligés de s’imposer telle ou telle cible de réduction des émissions de GES. C’est donc un accord de principe, symbolique, mais c’est un symbole important : les pays sont obligés de soumettre une cible, mais ils soumettent la cible qu’ils veulent.

Les cibles américaines qu'avait fixées le gouvernement de Barack Obama étaient assez ambitieuses : réduire les émissions de GES de 26 % à 28 % en deçà des niveaux de 2005, et ce, d'ici 2025. Washington a aussi promis d'octroyer 3 milliards de dollars aux pays en voie de développement afin de les aider à lutter contre les changements climatiques.

Q : Alors quelles seraient les conséquences d'un retrait des Américains?

On va voir, mais la part des Américains en ce qui a trait aux émissions de gaz à effet de serre représente environ 13 % ou 14 % du total. Cette part n'a cessé de diminuer, surtout depuis la grande récession de 2008. En revanche, la part d'émissions de GES des pays en voie de développement, elle, augmente. Donc la proportion américaine de l'ensemble des émissions mondiales est en diminution.

Il n'empêche qu'en étant les seconds pollueurs en importance de la planète, les États-Unis demeurent un joueur politique très important. Et c’est beaucoup grâce au leadership d’Obama que tous les pays ont finalement signé et ratifié cet accord.

Disons que, dans l'éventualité où les Américains se retirent, le train va peut-être ralentir, mais il est déjà en marche. Notamment parce que d'autres grands pollueurs, tels que la Chine, ont ratifié l'accord. Et ils sont dans l'action : la Chine et l'Union européenne vont bientôt annoncer un accord dans le but d'accélérer les mesures pour lutter contre les changements climatiques.

Q : Pourquoi M. Trump opte-t-il pour le retrait de l’accord?

Il l’avait promis en campagne électorale. L'idéologie de M. Trump est relativement isolationniste et il n'aime pas trop se faire imposer des contraintes par un accord international. D’autant plus que le président américain n'a guère d'affinités avec l'enjeu des changements climatiques.

Par ailleurs, c'est aux États qui dépendent beaucoup du charbon qu'il a promis de poser ce geste; ceux du Midwest, des Appalaches et de l’Ouest.

Maintenant, ses promesses de relancer l’industrie du charbon – la plus pollueuse des États-Unis – sont-elles réalistes? Car si l'industrie du charbon est en décroissance aux États-Unis, c’est en bonne partie parce que le gaz naturel coûte beaucoup moins cher. C’est plus une question économique qu'une question de politique environnementale.

Depuis une dizaine d’années aux États-Unis, la réduction des émissions de GES ne vient pas tant de l’action du gouvernement fédéral que de celle des États, des villes et des différentes régions. Et cette réduction s'explique surtout pour des raisons économiques.

Q : Est-ce que l'abandon de l'Accord de Paris fait consensus aux États-Unis?

Non! Le directeur de l’Agence de protection de l’Environnement des États-Unis (EPA), Scott Pruitt, a toujours été contre l’Accord de Paris. Et il y a des républicains qui veulent aussi que le pays en sorte.

Mais tous les républicains n'approuvent pas cet éventuel retrait; des sénateurs républicains ont écrit une lettre récemment pour dire : « Il faut rester dans cet accord ».

Un point de vue partagé par des compagnies comme Shell et Exxon Mobile; d’ailleurs le secrétaire d’État de M. Trump, Rex Tillerson, qui est l’ancien président d’ExxonMobil, ne veut pas non plus que les États-Unis s’en retirent.

ExxonMobil est le plus important producteur de gaz naturel aux États-Unis. Elle fait partie des entreprises qui croient que leurs intérêts, sur les plans technologique et énergétique, seront mieux défendus si les États-Unis restent à la table de négociation de ce grand accord.

Ces multinationales souhaitent aussi faire le poids vis-à-vis de l’Union européenne ou encore de la Chine dans le marché des énergies renouvelables. Et elles disent que l'Accord de Paris procure un « cadre réaliste et pratique » pour faire face aux changements climatiques dans les décennies à venir.

Enfin, il y a la fille de M. Trump, Ivanka, qui s’oppose au retrait. Elle est peut-être, un petit peu, la conscience environnementale de Donald Trump.

En fait, la position de Donald Trump fait si peu consensus que l’annonce du président, attendue cet après-midi, pourrait être plus nuancée que ce à quoi on s’attend.

Q : Donald Trump pourrait-il lancer « le bal du désistement », c’est-à-dire inciter d’autres pays à se retirer eux aussi de l’Accord de Paris?

C’est plausible. Mais s'il est dans l'intérêt de la Chine et de l’Europe de lutter ensemble contre les émissions de GES et d'investir dans les énergies renouvelables, il y a de bonnes chances que le mouvement se poursuive, malgré le retrait éventuel des Américains. Quand une chose fonctionne sur le plan économique, les pays suivent le mouvement. Ça, c’est le fin mot de l'histoire.

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