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Quatre lettres qui peuvent valoir la prison en Turquie

Une quinzaine de personnes ont été arrêtées en Turquie parce qu'elles portaient un t-shirt avec l'inscription « HERO », un mot que les autorités soupçonnent de cacher un message « codé » et « dangereux ».

Depuis le coup d’État déjoué l’été dernier, le gouvernement turc garde l’œil ouvert à tous les signes de soutien envers ceux qui ont tenté de le renverser.

Les deux plus récentes victimes de cette démonstration de force ont été arrêtées, alors qu’elles circulaient à motocyclette, samedi. L’employé d’un café a aussi été dénoncé par ses collègues, parce qu’il s’était présenté au travail vêtu du controversé t-shirt.

Aucun d'entre eux n’était pourtant au courant qu’un simple morceau de vêtement était à l’origine de leur arrestation. Mais pourquoi ce t-shirt portant l’inscription « HERO » cause-t-il autant d’émoi auprès du pouvoir turc?

« Le sentiment de sécurité s’effrite », avance le psychiatre Cemal Dindar. Dans une ère post-putsch, ajoute-t-il, tous cherchent des réponses et, en leur absence, s’accrochent à ce qui prouve leur argument.

« HERO » en guise de symbole

La controverse a éclaté le 13 juillet, lorsqu’un ancien soldat accusé d’avoir pris part au coup d’État s’est présenté en cour avec un t-shirt blanc portant l’inscription « HERO », puis, juste dessous, « Les héros sont immortels ». Il n’en fallait pas plus pour soulever les passions.

Deux jours plus tard, alors qu’il soulignait le premier anniversaire du coup d’État, le président turc Recep Tayyip Erdogan a exigé que tous les accusés portent dorénavant l’uniforme lors de leur comparution.

Depuis, les médias proches du pouvoir ont propagé l’idée que le mot « HERO » représentait en fait un message envoyé à Fethullah Gülen, soupçonné d’avoir fomenté le coup d’État déjoué.

La plupart des Turcs estiment en effet que Gülen représente une menace pour la Turquie, bien que le principal intéressé, exilé aux États-Unis, ait nié le rôle qui lui est imputé.

Les plus fervents détracteurs du gouvernement turc ont ridiculisé le symbole de résistance associé à un simple t-shirt.

N’empêche, depuis un an, le nombre d’arrestations aléatoires s’est multiplié. La surveillance est aussi accrue partout dans le pays.

Le psychiatre Cemal Dindar regrette que toute l’attention portée à un simple morceau de vêtement évite de s’attaquer à un problème bien réel.

Entre temps, le fabricant de vêtements Defacto a retiré son malheureusement célèbre t-shirt du marché turc.

Avec les informations de Nil Köksal

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