Retour

Quel pays pêche le plus de poissons? La réponse en carte

La Chine est de loin le plus grand producteur de poisson, que ce soit dans les secteurs de la pêche ou de l'aquaculture. Alors que l'offre mondiale explose, les mers continuent de se vider. Le poisson va-t-il finir par disparaître?

Un texte de Danielle BeaudoinLa production mondiale de poisson a atteint des niveaux inégalés, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Selon les données les plus récentes, la pêche de capture a atteint 93,4 millions de tonnes en 2014. La majorité des prises vient de la pêche en mer, mais du nombre, il y a aussi quelque 11,9 millions de tonnes de poisson tirées des eaux continentales.La Chine reste le principal producteur de pêche en mer, devant l’Indonésie, les États-Unis et la Russie. L’empire du Milieu domine aussi la production de pêche continentale. Viennent ensuite le Myanmar, l’Inde et le Bangladesh.

La production venant de la pêche est plutôt stable depuis les années 80. C’est l’aquaculture qui a contribué à la forte croissance de l’offre mondiale de poisson. En 1974, l’aquaculture représentait seulement 7 % de toute la production mondiale. Elle est passée à 41 % en 2014. Cette année-là, l’aquaculture a produit 73,8 millions de tonnes d’animaux aquatiques, surtout du poisson, mais aussi des mollusques, des crustacés et des amphibiens.

La Chine produit plus de 60 % de la production aquacole mondiale. Elle arrive au premier rang des producteurs de poisson d’élevage, devant l’Inde, le Vietnam, le Bangladesh et l’Égypte.

Les ravages de la surpêche

Selon le dernier rapport de la FAO, les ressources marines sont toujours en piètre état à cause de la surpêche, et la situation ne s’est pas améliorée.

La FAO indique que près du tiers des stocks de poissons commerciaux sont surexploités, à un point tel qu’ils n’ont pas le temps de se reproduire. C’est trois fois plus qu’en 1974. Les dégâts ne s’arrêtent pas là. Une autre portion importante des stocks marins est exploitée au maximum de sa capacité.

Le rapport souligne que la situation est alarmante en mer Noire et en Méditerranée, où 59 % des stocks évalués en 2013 ont été pêchés « à un niveau biologiquement non durable ».

Quoi faire pour éviter la mort des mers?

Pour assurer une gestion durable des stocks de poisson, il faut privilégier la pêche artisanale et restreindre la pêche industrielle, croit Daniel Pauly, chercheur principal pour le projet Sea Around Us à l’Université de Colombie-Britannique.

Le scientifique estime que les pêcheurs locaux devraient avoir le plein accès aux zones le long des côtes, et que les pêcheurs industriels devraient être cantonnés aux secteurs océaniques.Daniel Pauly donne l’exemple de la pêche à la morue à Terre-Neuve. Maintenant que la morue est de retour, pourquoi ne pas accorder aux pêcheurs terre-neuviens l’accès privilégié à cette ressource? « Une ressource qui va maintenant être donnée à des pêcheurs industriels, dit-il, qui vont détruire le stock de nouveau en quelques années. »

L’aquaculture, oui, mais…

Les chiffres de la FAO indiquent que la moitié de la production aquacole mondiale d’animaux et de plantes provient « d’espèces non nourries », qui survivent notamment grâce au plancton et autres herbes. Parmi ces espèces : les moules, les huîtres et les carpes. Ce type d’élevage se fait surtout en Asie.Selon Daniel Pauly, il s’agit de la meilleure forme d’aquaculture : « C’est une solution qui peut améliorer la situation alimentaire du monde entier ». Le spécialiste aime beaucoup moins l’autre forme d’aquaculture, pratiquée surtout en Occident, celle où il faut nourrir les poissons avec du poisson. Il donne l’exemple du saumon.

Le scientifique propose aussi la création d’aires marines protégées pour reconstruire les populations de poisson. Il croit qu’il faudrait aussi imposer la reconstitution des stocks, comme ça se fait aux États-Unis.

En finir avec des « méthodes de pêche effroyables »Daniel Pauly explique que le chalutier rase tout sur son passage en labourant les fonds marins, ne laissant que de la boue et du sable. Il détruit les récifs d’huîtres, d’éponges ou de coraux, qui ont mis des siècles à se développer.

« On peut aussi imposer des lois qui forcent les pêcheurs à ne pas jeter les poissons qu’ils n’aiment pas, et à ne pas supprimer les rejets. La Norvège le fait », ajoute Daniel Pauly.Assez de poisson pour nourrir la planète?« Peut-être qu’on n’aura pas assez de poisson pour nourrir tout le monde, parce que la mer ne peut pas en produire indéfiniment », estime le spécialiste. Il y a bien sûr l’aquaculture qui peut permettre de produire plus de poisson. Mais même la « bonne aquaculture » pollue et a ses limites, ajoute Daniel Pauly.

Plus d'articles

Commentaires