Ils vivent à Berlin, à Rome ou à Göteborg, mais plusieurs d'entre eux viennent d'ailleurs. Ces six jeunes ont chacun leur vision du projet européen. Voici leurs réflexions.

Les propos de ces jeunes ont été recueillis par les journalistes Ginette Lamarche, Frank Desoer et Janic Tremblay, de l’émission Désautels le dimanche.

Pour Nora, un espace de liberté

Nora, une Berlinoise de 27 ans, se sent chez elle partout en Europe. Elle ne se définit pas comme Allemande, mais d’abord comme Berlinoise, et ensuite comme Européenne.

Cette jeune femme a grandi dans l’esprit d’Erasmus, ce programme d’études qui a permis à des milliers de jeunes Européens d’aller étudier dans un autre pays de l'Union européenne (UE).Cette génération post-réunification a grandi dans une Europe où les frontières disparaissaient, une Europe qui offrait une ouverture sur le monde, un espace de liberté. Tout le contraire de ses parents, qui ont vécu derrière le rideau de fer et qui ont dû se battre pour leur liberté. Nora a peur de perdre cette liberté de circuler, cette solidarité qui a lié jusqu’à maintenant les pays européens.

Nora comprend la réserve de certains pays envers cette politique européenne hermétique, pas très transparente. Pour elle, l’Europe doit se redéfinir pour garder ses acquis. Cette jeune femme aime bien comparer Montréal, où elle a aussi étudié, à Berlin, deux villes ouvertes sur l’autre et sur le monde.

Pour Irene, le rêve impossible

Irene, une Italienne de 24 ans, vit les états d’âme et les paradoxes de sa génération et de son époque. Étudiante en philosophie à Rome, ouverte sur le monde, elle est très engagée sur le plan social, étant notamment favorable à l’intégration des migrants et des réfugiés qui affluent par centaines de milliers chaque année dans son pays. En même temps, elle est très désillusionnée à propos de son avenir et de celui des autres jeunes Italiens.

Produit de la génération Erasmus, Irene a étudié et vécu en France et en Allemagne. L’Europe fait partie de son ADN. Pour autant, elle n’est pas très optimiste quant à l'avenir de l’UE et doute de voir un jour naître une « autre Europe » plus juste et plus démocratique.« Je commence à croire que cette notion est vide et qu’elle n’a pas beaucoup de sens. Il faut éviter de s’acharner sur quelque chose qui ne peut pas continuer, explique Irene. Il faudrait tout changer. »

Pour Berkaille, un espace de travail

Berkaille a quitté Hambourg, sa ville natale, pour l’ambiance dynamique et stimulante de Berlin. Ce fils de parents turcs a grandi dans une Allemagne solidement ancrée dans l’Europe. En tant que conseiller d’entreprises émergentes (« start-up »), il travaille tous les jours avec des collègues européens. Son espace de travail, c’est l’Europe.Il ne voit pas d’un mauvais oeil le retrait de l’Angleterre de l’Union européenne. Si ça se trouve, Berlin, devenue une plaque tournante pour les nouvelles technologies, pourrait profiter du Brexit.Berkaille croit que l’Allemagne, le plus important pays de l’UE, a un rôle crucial à jouer pour redéfinir l’Europe, mais qu’elle ne peut agir seule.

Berkaille dit partager les valeurs européennes, mais il ne se considère pas comme Européen.

Pour Melanie, l’importance d’un nouvel élan

D’entrée de jeu, Melanie affirme qu’elle se sent Européenne, qu’elle aime vivre à Berlin, mais qu’elle ne s’identifie pas à l’Allemagne.Melanie incarne bien la diversité berlinoise. Avec son père d’origine tanzanienne et sa mère allemande, elle a vécu en France et en Russie. Elle a passé son enfance derrière le rideau de fer, où, vues de l’Est, l’Europe était une grande vision et l’Allemagne réunie, une libération.Cette analyste en communication s’est établie à Berlin, une ville multiculturelle où elle se sent chez elle. Elle craint que son mode de vie soit affecté par un effritement de l’Europe si les dirigeants politiques ne lui donnent pas un nouvel élan. Elle ne doute toutefois pas que l’Allemagne aura un rôle important à jouer dans la configuration du nouvel ordre européen.

Pour Sofie, la peur du climat politique ambiant

Sofie fait des études en sciences de l’environnement à l’Université de Göteborg. Elle parle avec enthousiasme de son pays, la Suède. Elle apprécie particulièrement sa société moderne et égalitaire, qui évite autant que possible les grandes disparités de revenus et de moyens entre les individus.Elle voudrait un jour travailler pour une grande organisation comme l’Union européenne ou la Croix-Rouge. Elle se prépare d’ailleurs à poursuivre ses études l’an prochain à Bordeaux, en France.Sofie a un peu peur du climat politique qui règne actuellement en Europe. La fermeture des frontières et le discours identitaire lui rappellent légèrement ce qui s’est passé à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale. Les politiciens de l’extrême droite séduisent de plus en plus les électeurs. Même en Suède.Elle voudrait changer le monde. Elle dit avoir constaté, lors d’un stage effectué auprès de réfugiés syriens, que leurs besoins sont immenses et que c’est la responsabilité de l’Occident de s’en occuper.

Pour Anthony, le besoin de profonds changements

Anthony vit à Berlin. Ce jeune médecin d’origine grecque a quitté son Sud ensoleillé pour pratiquer la médecine en Allemagne. Chez lui, en Grèce, l’horizon est fermé. S’il avait trouvé un emploi, il aurait été mal payé et, de surcroît, il n’aurait pas pu se spécialiser. Anthony veut pratiquer la pédiatrie, et en Allemagne on attend ces jeunes médecins grecs avec enthousiasme.Dès qu’Anthony maîtrisera l’allemand, il pourra pratiquer la médecine. Il n’a pas besoin de repasser des examens, puisqu’il a reçu sa formation dans un pays européen.Anthony est très attaché à l’Europe, mais, selon lui, ce magnifique projet d’union a besoin de changements en profondeur.

Anthony ne croit pas à une identité européenne. Il est grec et il en est fier. L’Europe, selon lui, ne deviendra pas une grande nation à l’image des États-Unis. Chaque pays a son identité, sa langue, sa culture, son histoire. Anthony a la ferme conviction que cette mosaïque de pays peut se donner les moyens de s’entraider, de partager les responsabilités.

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