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Quels pays comptent le plus d’aires protégées? La réponse en carte

La Journée mondiale de l'environnement, lundi prochain, invitera à se « rapprocher de la nature ». Ce sera l'occasion de visiter les aires protégées comme les parcs nationaux, souhaite le Canada, qui a choisi le thème de cette année. Si ces zones gagnent du terrain, elles sont inégalement réparties à l'échelle du globe. Tour d'horizon.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

La planète compte près de 202 500 aires terrestres protégées, qui recouvrent 19,8 millions de kilomètres carrés, selon un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publié en 2016. En excluant l’Antarctique, c’est un peu moins de 15 % de la surface terrestre.

« Les aires protégées sont des réservoirs de la vie, pour les espèces animales ou végétales », précise d’emblée Robert Kasisi, professeur agrégé de l’Université de Montréal.

En plus de réguler le climat, elles apportent aussi un bien-être à ceux qui les fréquentent, ajoute celui qui collabore aussi à la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques sous l'égide de l'ONU.

Le nombre et la superficie des aires terrestres protégées, qui comprennent les lacs et les rivières, ont bondi depuis l’adoption de la Convention sur la diversité biologique, lors du Sommet de la terre à Rio, au Brésil, en 1992. Une tendance qui n’a pas gagné le Moyen-Orient, par exemple, mais qui s’est dessinée dans plusieurs régions du monde.

Source : PNUE et UICN (2016)

« La présomption qu’un pays plus développé et plus riche a davantage d’aires protégées n’est pas nécessairement fondée », souligne James Hardcastle, directeur du développement du programme de l’UICN pour les aires protégées.

Si l’Europe tire la moyenne vers le haut, ce n’est pas le cas de l’Amérique du Nord, notamment surclassé par le sud du continent.

Près du quart des zones terrestres d’Amérique latine et des Caraïbes est ainsi sous protection. Des chiffres qui placent la région en tête du peloton. À lui seul, le Brésil héberge la moitié de cette zone protégée.

Mais proportionnellement, c’est le Venezuela, où plus de 54 % du territoire terrestre est constitué d'aires protégées, qui trône en tête du classement. Il y a 10 ans, le ratio était de 20 %, relève James Hardcastle.

En Europe, la Slovénie se démarque, mais aussi, entre autres, le Danemark, avec son immense parc national du Nord-Est-du-Groenland, qui s’étend sur 972 000 km.

Plusieurs pays sud-africains font aussi bonne figure, comme la Tanzanie, où s’étire notamment sur 15 000 km le parc national de Serengeti.

Dans la réalité, les résultats de certains pays sont meilleurs que ceux affichés, puisque les aires protégées privées ou les territoires gérés par des communautés autochtones ne sont pas toujours inclus dans les calculs, précise de son côté James Hardcastle, qui cite en exemple les Îles Salomon, un archipel du Pacifique particulièrement touché par le réchauffement climatique.

« Il n’y a pas de parc national, mais presque toutes les communautés ont au moins une aire de conservation sur leur territoire, qu’ils gèrent selon des traditions locales », mentionne-t-il. Si on en tenait compte, la proportion d’aires protégées atteindrait possiblement 80 %, estime-t-il.

Des aires marines aussi protégées

Source des données : PNUE et UICN (2016)

Quelque 14 700 aires marines protégées s’étendent aussi sur près de 14,9 millions de kilomètres carrés. Une surface équivalant à environ 4,1 % de l’océan, mais à 10,2 % des zones côtières et marines des pays.

Plusieurs îles ont placé l’ensemble de leurs eaux territoriales sous protection, tout comme la Slovénie.

L’Allemagne n’a presque pas de zones côtières, souligne James Hardcastle, mais elle en protège une large part. C’est normal que le pays, qui fait la même chose avec son territoire terrestre, « soit en avance », explique Robert Kasisi. « Ils ont une tradition et ils investissent beaucoup d’argent dans tout ce qui est protection de la nature à travers le monde ».

Entourée d’eau, l’Australie, ainsi que les États-Unis, se démarquent aussi.

La réserve de Papahānaumokuākea, dans le Pacifique, compte pour beaucoup dans le bilan américain, explique le responsable de l’UICN.

L’été dernier, le président Obama a quadruplé sa surface protégée, la portant à 1,51 million de kilomètres carrés. Hors Antarctique, c’est la plus grande réserve marine au monde.

Des cibles à atteindre

La communauté internationale a déjà atteint la cible de 10 % d’aires protégées qu’elle s’était fixée pour les zones marines et côtières d’ici 2021. Celle de 17 % visant les zones terrestres devrait l’être d’ici là.

Ces cibles, qui s’inscrivent dans le Plan stratégique pour la biodiversité adopté au Japon en 2010, seront revues à la hausse par la suite, ajoute James Hardcastle.

« Individuellement, plusieurs pays pourraient faire mieux », insiste-t-il. Mais il faut voir au-delà des chiffres bruts.

Par « son changement d’attitude à l’endroit de la nature », la Chine est un exemple digne de mention. « On constate un reverdissement des villes, il y a de petits parcs, des arbustes, des massifs fleuris. On voit aussi émerger une philanthropie qui investit dans l’environnement, notamment dans les aires protégées », explique l'expert de l’UICN.

James Hardcastle souligne aussi des « lueurs d’espoir », venant de pays comme la Colombie, qui met de l’avant les aires protégées comme solution aux changements climatiques. Ou encore le Mozambique, qui a restauré le Parc national de Gorongosa, « un territoire passablement dénudé, dont les infrastructures avaient été détruites pendant la guerre civile ».

Et le Canada?

Pays de grands espaces, le Canada a une superficie d’aires terrestres protégées avoisinant le million de kilomètres carrés : c’est moins de 10 % de son territoire.

« Je préfère qu’il y ait 10 %, mais que ce soit bien géré », nuance Robert Kasisi. « Il y a un modèle canadien au niveau de la planification des parcs nationaux, qui a été suivi ailleurs dans le monde », dit-il.

Sculptées en partie dans des paysages montagneux, la Colombie-Britannique et l’Alberta comptent une plus grande proportion d’aires protégées. C’est l’Île-du-Prince-Édouard, une province agricole, qui ferme la marche.

Robert Kasisi se montre critique à l'endroit du Québec. « On devrait mettre beaucoup plus d’efforts dans le sud - dans la plaine du Saint-Laurent - et protéger beaucoup plus où il y a urgence et où il y a eu une très grande perte », soutient-il.

Les aires marines protégées du Canada, d’une superficie d’environ 50 000 km carrés, ne couvrent quant à elles même pas 1 % de son territoire marin, même si le pays est bordé par trois océans.

« J’aimerais que le Canada se joigne à la liste verte pour évaluer combien de ses aires protégées rencontrent nos critères, glisse James Hardcastle. Il pourrait inspirer d’autres pays et s’inspirer d’eux. »

Les limites des aires protégées

« C’est un peu trompeur, le pourcentage, souligne Robert Kasisi. Plusieurs aires protégées le sont sur papier, relève-t-il, en évoquant les guerres civiles qui déchirent certains pays.

« Même le Soudan du Sud ou le Congo ont de grands parcs nationaux », dit-il.

« Au Congo, il y a des milices, il y a la corruption. Il n’y a pas d’infrastructures de gestion parce qu’ils n’ont pas les moyens ou ce n’est pas une priorité pour l’État. le pays. On trouve même des exploitants forestiers dans les aires protégées », ajoute-t-il.

Les aires protégées ne sont pas non plus préservées des ravages des changements climatiques.

L’an dernier, la hausse des températures de l'eau a par exemple généré le pire épisode de blanchissement de la Grande Barrière de corail, en Australie. Aux États-Unis, le parc national des Everglades, sanctuaire d'oiseaux et de reptiles, figure même sur la liste de l’UNESCO du patrimoine mondial en péril.

Ces zones n’empêchent pas davantage la destruction de la forêt amazonienne ou le braconnage d’animaux sauvages dans des parcs nationaux d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale.

Au cours des deux dernières années, près de 1500 rhinocéros ont ainsi été tués dans le parc national Kruger, d’après les autorités sud-africaines.

Autant de problèmes qui découlent, selon James Hardcastle, d’une mauvaise gouvernance et d’un manque de volonté politique - et d’un manque de ressources.

Aussi louables soient-elles, les cibles chiffrées sont indissociables de la deuxième partie de l’objectif fixé, qu’on passe souvent sous silence, souligne-t-il.

Des données observées sur moins de 10 % des aires protégées montrent qu’en termes d’efficacité de gestion, seules 30 % obtiendraient la note de passage. « Si on extrapole, cela signifie que 140 000 ne l’ont pas », déplore James Hardcastle.

Pour atteindre les résultats escomptés, il faut tenir compte des intérêts et des valeurs des communautés locales, et rendre la gouvernance des aires protégées plus démocratique, plaide-t-il.

L’UICN a d’ailleurs dressé, en 2014, une première « liste verte » qui atteste des résultats obtenus et de la qualité de la gouvernance. Une vingtaine de sites sélectionnés dans huit pays, notamment en Chine, en France et au Kenya, en font partie.

Mais à court terme, l’équilibre entre l’économie et l’environnement sera difficile à trouver, souligne Robert Kasisi.

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