Retour

Quels pays ont accès à une eau potable de qualité? La réponse en carte

Quinze ans après avoir adopté les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), les Nations unies estiment aujourd'hui que 91 % de la population mondiale a accès à l'eau potable. La Journée mondiale de l'eau, le 22 mars, sera l'occasion de se pencher sur les défis qui subsistent, notamment l'accès à des installations sanitaires de qualité.

Un texte de Jérôme LabbéTwitterCourriel

Les OMD ont été adoptés par 189 pays en septembre 2000 à l'issue du Sommet du Millénaire, à New York. La cible 7.C visait à « réduire de moitié, d'ici à 2015, le pourcentage de la population qui n'a pas accès à un approvisionnement en eau potable ni à des services d'assainissement de base » par rapport à 1990, l'année de référence. Ce cycle de 25 ans s'est clos l'année dernière.

L'accès à l'eau potable a constitué une réussite majeure pour la communauté internationale, puisque la cible a été atteinte cinq ans plus tôt que prévu. En 2010, 88 % de la population mondiale y avait déjà accès. Depuis, ce taux continue d'augmenter : on estime qu'environ 2,6 milliards de personnes ont obtenu l'accès à un « point d'eau amélioré » au cours des 25 dernières années.

Depuis 1990, certains pays ont fait des pas de géant. Par exemple, plus de la moitié (57 %) de la population de l'Éthiopie a aujourd'hui accès à des points d'eau améliorés, alors que le pays se trouvait en queue de peloton en 1990, avec 13 %. La dernière place est aujourd'hui occupée par la Papouasie-Nouvelle-Guinée, où seulement 40 % de la population peut boire de l'eau potable sur une base régulière, en légère hausse par rapport à 1990, alors que ce taux était de 34 %.

Plusieurs gouvernements comme ceux de la Libye, du Soudan, du Yémen et de l'Ouzbékistan n'ont cependant pas fourni leurs données pour 2015, ce qui laisse présager que la situation est peut-être pire dans ces pays.

Le nombre de pays où 100 % de la population a accès à l'eau potable a par ailleurs grimpé durant le dernier quart de siècle, passant de 36 à 58.

Le Canada ne figure toutefois pas sur cette liste. Même s'il a atteint la cible qu'il s'était fixée, 0,2 % de sa population demeure privée de points d'eau améliorés. La différence s'explique par le taux d'accès en milieu rural, qui est de 99 %. L'ONU ne fournit pas d'explications spécifiques, mais il est de notoriété publique que plusieurs communautés autochtones n'ont toujours pas accès une eau potable de qualité.

« C'est [un problème] plus prononcé chez les Autochtones », admet Kathryn Furlong, professeure adjointe en géographie à l'Université de Montréal. Mais il y a aussi des municipalités où les résidents doivent vivre avec « des avis d'ébullition quasi permanents, qui perdurent pendant des années et des années », ajoute-t-elle. Mme Furlong cite par exemple le cas de Robson, en Colombie-Britannique, où un avis de faire bouillir l'eau en vigueur depuis 18 ans a finalement été levé en avril 2015.

L'accès à des installations sanitaires

Si la communauté internationale a atteint son objectif en matière d'eau potable plus tôt que prévu, il n'en a pas été de même pour l'autre sujet abordé par la cible 7.C des OMD, soit l'accès à un « assainissement amélioré ». Une personne sur trois dans le monde vit toujours sans installations sanitaires, soit 2,4 milliards de personnes. De ce nombre, 946 millions défèquent en plein air.

Aujourd'hui, seulement 68 % de la population mondiale utilise une installation d'assainissement améliorée, soit 9 points de moins que la cible de 77 % des OMD. Et c'est au Soudan du Sud que le problème est le plus criant, avec un taux de pénétration de 6,7 %.

Selon un communiqué transmis l'été dernier par l'ONU, « les progrès en matière d'assainissement ont été freinés par l'insuffisance des investissements dans des campagnes menées en faveur des changements de comportement, par le manque de produits bon marché pour les pauvres et par des normes sociales qui acceptent, voire encouragent, la défécation en plein air ».

Des enjeux inextricables

Pour Kathryn Furlong, la qualité de l'eau potable découle directement de celles des installations sanitaires. « Lorsqu'il n'y a pas de traitement [des eaux usées] ou que le traitement n'est pas très poussé, des sources d'eau peuvent être contaminées, explique-t-elle. De plus, les eaux usées des conduites souterraines en mauvais état peuvent se déverser dans les systèmes d'eau potable [...] ou les nappes phréatiques. »

Elle cite aussi les sources d'eau stagnante, « qui peuvent attirer les moustiques et les maladies qui viennent avec ».

Or, la consommation d'eau non potable peut entraîner toutes sortes de complications. Professeur au Département de génie des eaux de l'Université Laval, Caetano Dorea évoque des risques aigus (« on devient malade dans une courte période d'exposition »), mais aussi des risques chroniques, comme l'empoisonnement à l'arsenic, un élément naturel très répandu dans la croûte terrestre, dont la consommation à long terme, en plus d'avoir des effets cancérigènes, peut entraîner une lésion du foie, la nécrose des pieds, l'anémie, etc.

L'intoxication à l'arsenic - qu'on appelle aussi « arsenicisme » - est un problème particulièrement criant au Bangladesh, où les puits creusés dans les années 70 ont été largement contaminés. Les nombreux cas relevés dans les années suivantes sont aujourd'hui considérés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme « le pire empoisonnement de masse de l'histoire ». Pourtant, les données de l'ONU montrent que 86,9 % des Bangladais ont aujourd'hui accès à des points d'eau améliorés.

« Il faut faire une différence entre la technologie et la qualité de l'eau, nuance M. Dorea. Les données transmises par les gouvernements nationaux à l'ONU concernent les systèmes de distribution d'eau, mais la qualité de cette eau n'est pas comprise dans ces données. »

L'après-2015

Le cycle des ODM complété, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté en septembre 2015 de nouveaux Objectifs de développement durable (ODD).

L'objectif 6 est consacré exclusivement à l'eau propre et à l'assainissement. Il vise à « garantir l'accès de tous à l'eau, l'assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau » - un objectif ambitieux, que la communauté internationale souhaite atteindre d'ici 2030.

« C'est une bonne chose d'avoir des cibles, mais c'est un exercice très bureaucratique », estime Govind Gopakumar, professeur de génie civil à l'Université Concordia, qui a écrit un livre sur la distribution de l'eau en Inde.

« Je pense qu'il est important, dans une perspective de développement durable, d'aller au-delà de ces cibles et de nous demander quels genres de systèmes de distribution d'eau nous avons vraiment besoin », estime-t-il. M. Gopakumar évoque certains pays où la gestion de l'eau a été confiée à des intérêts privés et où les services varient en fonction des revenus de leur clientèle.

Son collègue Caetano Dorea plaide aussi pour que des efforts supplémentaires soient déployés afin d'améliorer la qualité de l'eau et l'accessibilité aux points d'eau améliorés, deux critères n'ayant pas été pris en compte dans les Objectifs du Millénaire.

« Parce qu'on a beau avoir accès à un point d'eau amélioré, si on doit marcher 5 kilomètres pour s'y rendre, on ne sera pas très avancé. Ça prend du temps, de l'énergie, et pour les enfants, c'est du temps qu'ils ne passent pas à l'école », fait-il valoir.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine