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Quels pays ont la plus forte proportion d’immigrants? La réponse en carte

Aux Émirats arabes unis, la grande majorité de la population vient d'ailleurs. Ça n'en fait pas pour autant un pays accueillant. Qu'en est-il du Canada? État des lieux.

Un texte de Danielle Beaudoin

Le débat sur les cibles d'immigration a repris de plus belle au Québec cette semaine avec les déclarations du chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. C'est l'occasion d'aller voir comment ça se passe ailleurs dans le monde.

Les Émirats arabes unis remportent la palme avec une proportion de 88,4 % d'immigrants. Le Qatar et le Koweït suivent de près, avec respectivement 75,5 % et 73,6 %.

Ces forts pourcentages d'immigrants ne font pas nécessairement de ces pays des terres hospitalières, précise Marilyn Steinbach, professeure à la Faculté d'éducation de l'Université de Sherbrooke, experte en matière d'immigration. Elle explique que les immigrants y viennent pour accomplir des tâches dont les citoyens sur place ne veulent pas. Ces pays, ajoute-t-elle, ne cherchent pas à intégrer les immigrants.

« Il n'y a aucune politique pour l'apprentissage de la langue ou l'intégration scolaire. Donc, même si ces pays ont des densités plus élevées d'immigrants, on ne peut pas dire que ce sont des pays accueillants », souligne Mme Steinbach. 

Parmi les pays en queue de peloton, on trouve notamment la Chine (sans Hong Kong et Macao), avec 0,1 % d'immigrants, le Vietnam, avec 0,1 %, et plusieurs pays d'Afrique, dont la Somalie (0,2 %).

Au Canada, 1 citoyen sur 5 vient d'ailleurs

En 2015, on comptait près de 8 millions d'immigrants au Canada, ce qui représentait 21,8 % de la population. Le Canada figure parmi les pays ayant une assez forte proportion d'immigrants, devant les États-Unis et les pays européens.

La professeure Steinbach compare le Canada à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande.

Ces trois pays sont les seuls qui fixent vraiment des cibles d'immigration, note la chercheuse. Ils ont aussi tout un processus de sélection avec des critères de sélection et un système de points. 

Quant aux pays d'Europe, ils n'ont pas vraiment de politique et ne cherchent pas l'immigration, précise Mme Steinbach. Ils la subissent, explique-t-elle. « Ils n'ont pas beaucoup d'espace, ils ne veulent pas ça, mais les gens entrent quand même. »

Pour leur part, les Américains « ne font pas d'efforts pour attirer les gens » et n'ont pas beaucoup de contrôle sur leur immigration, explique Marilyn Steinbach. Ils n'ont pas de système de points pour sélectionner les immigrants, contrairement au Canada, à l'Australie ou à la Nouvelle-Zélande, ajoute l'experte. Leur immigration est plutôt basée sur le regroupement familial, poursuit-elle. « En général, leur immigration, c'est peu scolarisé. Et ils ont beaucoup de problèmes avec l'immigration illégale. »

Les champions de l'intégration

L'experte fait remarquer qu'au-delà des statistiques sur la proportion d'immigrants, il faut voir comment se fait leur intégration dans la terre d'accueil. Leur apprend-on la langue du pays hôte? Sont-ils au chômage? Ont-ils un emploi qui correspond à leurs qualifications? Les enfants réussissent-ils bien à l'école?

Le Canada a bonne réputation pour ce qui est de son système d'apprentissage de la langue pour les immigrants. « Le Québec et le Canada sont très forts. Et c'est utilisé comme modèle dans plusieurs pays du monde », souligne Mme Steinbach. Elle ajoute que le Québec est souvent cité pour ses classes d'accueil.

Le Canada fait aussi bonne figure pour ce qui est de l'intégration des enfants dans le système scolaire. L'experte explique que des chercheurs ont vérifié comment se débrouillaient les enfants de 1re et 2e génération d'immigration aux tests du PISA (Programme international de l'OCDE pour le suivi des acquis des élèves). « Et là, on voit de beaux résultats au Canada, si on compare avec l'Allemagne ou la France ».

Pour ce qui est de l'intégration au marché du travail, l'Australie fait mieux que le Canada, selon Marilyn Steinbach. Elle explique que les Australiens sont plus exigeants lors de la sélection des immigrants, avec notamment des tests de langue plus difficiles. « Donc, la connaissance de la langue est déjà plus serrée, et peut-être que c'est pour ça que les gens réussissent mieux à intégrer le marché du travail en Australie, comparativement au Canada.

« Où vont aller les réfugiés? »

Quelles sont les tendances en matière d'immigration? Marilyn Steinbach fait d'abord remarquer qu'il y avait beaucoup plus d'immigration au début de 20e siècle et pendant la Deuxième Guerre mondiale. Elle précise que la proportion d'immigrants augmente petit à petit, au fil des ans, et que cela va continuer, surtout dans des pays comme le Canada ou l'Australie. « Il y aura plus d'immigration à cause de la dénatalité, précise-t-elle. Parce qu'on a besoin de monde pour le marché du travail et faire fonctionner le pays. »

Avec la crise des réfugiés en Europe, le Canada devra revoir ses politiques d'immigration pour accueillir une plus grande proportion de déplacés, d'après Mme Steinbach. « Ça va devoir changer, dit-elle. Sinon, où vont aller les réfugiés? »

Marilyn Steinbach mentionne qu'il faut aussi se préparer à l'arrivée massive, dans un avenir assez proche, des réfugiés du climat. « Il y a des endroits qui ne seront plus vivables, beaucoup d'îles et le Bangladesh, où c'est très dense en population. Ça va être sous l'eau dans quelques années. »

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