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Quels pays sont les plus à risque de catastrophes naturelles? La réponse en carte

Les îles Salomon ont été frappées le 8 décembre dernier par un fort séisme. Si le tremblement de terre de magnitude 7,8 n'a fait aucun blessé, selon les autorités locales, ce petit archipel du Pacifique est particulièrement à risque de subir des désastres naturels. Qu'en est-il ailleurs dans le monde?

Un texte de Guillaume Lepage

L’Institut de l’Université des Nations unies pour l’environnement et la sécurité humaine (UNU-EHS) a dévoilé ses plus récentes données mesurant le risque pour 171 pays d’être touchés par un désastre naturel. L’indicateur s’appuie sur leur degré d’exposition à des phénomènes climatiques ou sismiques extrêmes, couplé à leur taux de vulnérabilité.

Conclusion? « Les pays qui sont au croisement de fissures sismiques — où il y a eu des tremblements de terre ou des volcans en activité dans les dernières décennies — ou dans des zones de passage d’importantes tempêtes tropicales sont les plus à risque », explique le directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire, François Audet.

Mais le caractère « extrême » des phénomènes climatiques n’est pas l’unique facteur des catastrophes naturelles, pointe le professeur au département de géographie de l’UQAM Philippe Gachon. Les « conditions de vulnérabilité et les facteurs d’exposition » doivent également être pris en considération. « Vous pouvez être vulnérable, mais si vous n’êtes pas exposé, vous n’êtes pas nécessairement à risque », résume-t-il. Et vice-versa.

« Il faut qu’il y ait des humains d’affectés, poursuit François Audet. Ça peut paraître idiot, mais si un tremblement de terre survient au beau milieu de l’Himalaya, malgré son impact sur l’environnement, il y aura très peu de personnes touchées. Si, par contre, le même tremblement de terre frappe la capitale du Népal, comme nous l’avons vu l’an dernier, les conséquences humaines sont tout autres. »

Exposé, mais préparé

Le Japon, troisième puissance économique mondiale, se positionne au 17e rang des pays les plus susceptibles d’être la proie d’un désastre naturel. Cet archipel du Pacifique, situé à la rencontre de deux plaques tectoniques, est fortement exposé aux tremblements de terre et aux tsunamis. Or, sur le plan de la vulnérabilité, il arrive 160e sur les 171 pays recensés, derrière la France.

« Le Japon a appris dans les dernières décennies […] à se doter d’un système d’alerte précoce. Ils ont par exemple mis des bouées en haute mer pour capter les variations anormales du niveau de la mer suite à un tremblement de terre qui pourrait conduire à un tsunami. On est donc capable d’alerter la population des régions à risque en quelques minutes seulement », soutient M. Audet.

Il y a moins d’un mois, les autorités du pays lançaient un avis d’évacuation de Fukushima, situé au nord-est du Japon, craignant qu’un séisme de magnitude 7,4 enregistré au large des côtes ne provoque un tsunami. En 2011, un tremblement de terre de magnitude 8,9 et des vagues de 9 mètres ont frappé de plein fouet cette région, tuant une centaine de milliers de personnes, causant d’importants dégâts matériels et abîmant sérieusement quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.

La vulnérabilité de l’Afrique

Au chapitre de la vulnérabilité aux changements climatiques, plusieurs pays africains figurent en tête de liste, particulièrement ceux du Sahel - une bande de terre aride qui s’étend au nord du continent.

Les pays de l’Afrique sont parmi les pays les plus pauvres du monde. Ils ont donc une vulnérabilité socioéconomique beaucoup plus importante [que les pays plus riches].

Philippe Gachon, professeur au département de géographie de l’UQAM

« Si vous n’avez pas déjà les moyens de vous nourrir et d’avoir accès à une quantité d’eau suffisante, vous n’avez pas non plus la capacité de réagir et de vous adapter comme les pays plus riches », poursuit-il.

Si les pays africains affichent un indicateur de vulnérabilité élevé selon les données colligées par l’ONU, leur degré d’exposition à un possible désastre naturel est relativement faible. « Les pays de l’Afrique subsaharienne ne sont pas hautement à risque de vivre une crise soudaine, fait remarquer M. Audet. Ce n’est pas une zone sismique importante et il n’y a pas de tempêtes tropicales. »

Ils sont plutôt en proie à des « crises chroniques », poursuit le professeur.« Ce sont des phénomènes climatiques qui, sur le très long terme, auront des conséquences dramatiques aussi importantes qu’un tsunami ou un tremblement de terre. » Selon lui, les sécheresses qui assaillent cette bande aride au nord du continent en sont un exemple probant.

Leur degré d’exposition est toutefois appelé à augmenter dans les prochaines années, renchérit M. Gachon. « Les pays africains, en particulier les pays du Sahel, ont une population de plus en plus nombreuse qui se concentre dans les zones urbaines. En campagne, [les gens] n’ont plus la possibilité économique de faire survivre tout un village entier compte tenu de la difficulté déjà présente d'y développer l’agriculture. »

Mieux vaut prévenir que guérir

Les deux experts rappellent que la prévention est le principal outil dont disposent les pays pour réduire les impacts d’un éventuel événement climatique ou sismique extrême. « On est face à des phénomènes hors de notre contrôle technologique et on le sera toujours, résume François Audet. Il n'y a pas de solution à proprement parler. On est plutôt en mode de diminution de probabilité ou d'impact que ces événements-là surviennent. »

Et donc, quels seraient les moyens à prendre? « La première des choses : sécurité alimentaire et accès à une eau potable de qualité, répond M. Gachon. Après ça, il faut aider les pays pauvres à réduire la vulnérabilité de leur système, de leurs infrastructures, qui sont souvent inappropriées [pour faire face à une catastrophe naturelle], voire inexistantes. »

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