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Quels sont les enjeux de l'élection présidentielle mexicaine?

88 millions d'électeurs sont appelés aux urnes mexicaines, le 1er juillet, pour élire leur président, mais pas seulement. Les postes de 500 députés, 128 sénateurs, huit gouverneurs et près de 2800 mandats locaux sont aussi en jeu. Après des années au pouvoir du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) pourrait bien parvenir à ravir les rênes du pays. Quels thèmes de la campagne vont peser lorsque les électeurs mexicains seront dans l'isoloir?

La lutte contre la violence

L’année 2017 a été la plus meurtrière au Mexique, avec plus de 25 000 meurtres. Et le début de l’année 2018 bat aussi des records, avec 13 298 morts. Ce thème a monopolisé la campagne, sanglante également : plus de 120 acteurs politiques ont été assassinés durant celle-ci.

La guerre aux narcotrafiquants menée par l’ex-président Felipe Calderon, et poursuivie par Enrique Peña Nieto, n’a pas vaincu les barons des cartels. Et l’épisode le plus sombre de sa présidence pèse lourd. En 2014, 43 étudiants avaient disparu après avoir été attaqués par des policiers municipaux dans l’État du Guerrero (sud). Selon la version officielle des autorités mexicaines, les policiers corrompus les auraient livrés à un cartel de drogue.

Le candidat de gauche AMLO a proposé une amnistie pour les narcotrafiquants, avant de faire marche arrière. Son principal rival, Ricardo Anaya, veut pour sa part renforcer les investissements dans le domaine du renseignement.

Combattre la corruption

« C’est sur la lutte contre le pouvoir corrompu qu’Andre Manuel Lopez Obrador a construit son succès dans les sondages », explique Mathieu Tourlière, journaliste à l’hebdomadaire mexicain d’enquête Proceso. AMLO se construit en opposant du PRI en poste, qui a multiplié les scandales au cours du dernier mandat présidentiel. L’image du président en actuel, Enrique Pena Nieto, a pâli ces dernières années.

En 2014, une équipe de journalistes d’enquête avaient dévoilé que celui-ci avait fait construire sa villa par un ami avec des contrats publics. D'autre part, une dizaine de gouverneurs du PRI sont en prison ou en fuite, pour corruption, à la suite d’un détournement de fonds pour des élections en 2016. Cette année, des candidats du PRI font campagne tout en étant incarcérés.

Au Mexique, la corruption est endémique : la moitié des Mexicains déclarent verser des pots-de-vin aux employés de l’État, selon une enquête de l’ONG Transparency International.

L'ALENA : enjeu du rapport de force avec Donald Trump

L’un des débats des chefs télévisés était centré sur la question de la politique extérieure et des relations entre le Mexique et les États-Unis. « Les candidats s’accordent à dire qu’il faut sauvegarder l’ALENA, sans pour autant se soumettre à la volonté de Donald Trump », explique Mathieu Tourlière.

« AMLO compte taper du poing sur la table si Donald Trump est trop exigeant, mais ne compte pas sortir de l’accord, alors qu’il l’avait beaucoup critiqué par le passé », explique Mathieu Tourlière.

Pour Jean-François Prud'homme, directeur du centre d'études internationales au Colegio de Mexico, « on a [toutefois] très peu parlé de la relation entre le Mexique et les États-Unis durant la campagne ».

AMLO, le « Bernie Sanders » mexicain

À 64 ans, cette troisième élection pourrait être la bonne pour AMLO, comparé au sénateur du Vermont Bernie Sanders par le journal français Libération. Populiste pour certains, AMLO, chef d’une coalition menée par son Mouvement Régénération nationale (Movimiento Renegacion Nacional ; Morena) est en tête dans les derniers sondages, qui le créditent de 51 % d’intentions de votes. L’ancien maire de Mexico, surnommé El Necio (« le têtu ») « est clivant, mais il a lissé son image durant la campagne », affirme Mathieu Tourbière. Sur le plan social, il mise sur la redistribution de la richesse, ce qui a plu aux Mexicains, selon Jean-François Prud'homme.

Le chef de la gauche dépasse de la tête et des épaules Ricardo Anaya, 39 ans, candidat antisystème issu du parti conservateur, le PAN, et chef d’une alliance droite-gauche baptisée « Le Mexique en avant ». Il avait concentré ses attaques sur le PRI pour la corruption qui y a cours, mais il est soupçonné d’enrichissement illicite.

Pour le PRI, qui a notamment gouverné le Mexique sans interruption de 1929 à 2000, la chute semble proche, explique Mathieu Tourlière. Très implanté au niveau local, il risque de perdre beaucoup d’influence si il ne conserve pas quelques places fortes, ajoute-t-il.

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