Lockheed Martin veut séduire avec son F-35 et le vendre à la Belgique, à la Finlande et au Canada, même si Justin Trudeau avait promis en campagne électorale que jamais son gouvernement n'achèterait l'appareil. Trop cher et surtout, source de trop de problèmes. Il a été qualifié de pire avion jamais construit. Lockheed Martin veut faire la preuve du contraire.

Un texte de Jean-Michel Leprince

Le F-35 était présent au salon de Farnsborough l'an dernier, mais c’est sa grande première au Bourget.

Il est très rare de le voir de si près. Au Bourget, c’est possible. Mais défense de trop s’approcher, le dernier né de Lockheed Martin est bien gardé; il comprend tellement de secrets militaires qu’on redoute l’espionnage.

C’est aussi l’avion le plus cher du monde, qui a bénéficié d'un programme du Pentagone qui bat tous les records : 400 milliards de dollars.

Ce F-35 s’apprête à effectuer un vol de démonstration. C’est la première fois qu’il se livre à des acrobaties aériennes. Ce qui est impressionnant, c’est sa puissance : 40 000 livres de poussée, ce qui lui donne une grande flexibilité et lui permet de faire des manœuvres audacieuses.

En fait, les pilotes d’essai veulent démontrer que le F35 est capable de faire aussi bien, et même mieux selon eux en combat aérien, que des appareils plus légers comme le Rafale français.

Un « fer à repasser » dans le ciel

Le Rafale est un avion de quatrième génération, déjà ancien. Le F-35, c’est la cinquième génération. Un avion furtif, multirôle, en multiples versions, air, marine, décollage vertical. Trop compliqué pour être élégant. On lui a reproché « de voler comme un fer à repasser », explique l'expert aéronautique Philippe Cauchi, d'Aéro-Québec. « En plus d’un avion de combat, c’est une plateforme de renseignements, ajoute-t-il. Il envoie des images aux systèmes de guidage d’autres avions. »

Depuis 10 ans, le F-35 accumule les pépins. Le dernier en date : sur la base militaire de Luke, en Arizona, les avions sont restés au sol parce que des pilotes avaient subi des pertes d’oxygène.

Les pilotes d’essai présents au Bourget en ont assez des critiques. « Maintenant ici, au Bourget, on vous le montre cet avion, indique Billie Flynn, pilote d’essai pour les F-35. C'est enfin notre chance de changer la conversation et les gens vont commencer à nous écouter et à cesser de douter de tout ce que nous disons. »

Le choix du Canada

Le Canada est encore membre du programme du F-35. Il vient de renouveler sa cotisation annuelle – 30 millions de dollars – pour y demeurer.

Mais contrairement à l'Australie, à la Turquie, au Danemark, à l'Italie, à la Norvège, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, Ottawa n’a pas pris de décision de s'en doter. Le gouvernement fédéral veut un concours ouvert, ce qui incluerait le Rafale français et le Grippen suédois.

En attendant de lancer l’appel d’offres pour 88 avions d’un montant de 19 milliards de dollars, Ottawa veut acquérir plusieurs F-18 Super Hornet pour compléter sa flotte de CF-18 vieillissants.

À quand la décision? Pas avant le début de la prochaine décennie, nous a dit Marc Garneau, le ministre fédéral des Transports, qui siège au comité de sélection du remplaçant du CF-18. Donc, après les prochaines élections fédérales.

Le F35, peut-être...

« Certains problèmes [du F-35] ont été réglés », précise le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, qui ajoute que l'appareil est toujours en développement. Lorsque viendra le temps de remplacer la flotte de CF-18, mentionne-t-il, « on verra quelle est sa performance et on examinera d’autres options également. »

Surtout si son prix diminue. Selon l’agence Reuters, qui cite des sources anonymes, Lockheed Martin serait en passe de conclure un accord global de 37 milliards de dollars pour la fabrication et la livraison de 440 appareils F-35, destinés à 11 nations. Ce type de contrat pluriannuel, qui serait annoncé par le gouvernement américain, devrait faire baisser le coût unitaire de l'avion de combat de nouvelle génération, évalué à 88 millions de dollars en 2018 pour la version conventionnelle, à moins de 80 milliards en 2020.

Des Rafales pour le Canada? Peu probable, selon l'expert aéronautique Philippe Cauchi. Le Canada a toujours acheté américain et si le prix du F-35 baisse et que la plupart de ses alliés ont cet avion de chasse, il serait étonnant, selon lui, qu'Ottawa opte pour l'appareil français. Le F-35 a donc toujours des chances d'être retenu par Ottawa.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine