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Rencontre avec le lanceur d'alerte à l'origine du scandale Petrobras

C'est au Canada que l'homme d'affaires brésilien Hermes Magnus, le premier à dénoncer la corruption entourant la pétrolière Petrobras, a trouvé refuge. Ottawa vient de lui accorder l'asile politique. Il en a long à raconter sur les investisseurs qui ont voulu tirer profit de son entreprise, sur sa dénonciation et son exil. Radio-Canada l'a rencontré.

Un texte de Jean-Michel Leprince

L'enquête sur le plus grand détournement de fonds de l'histoire du Brésil - et peut-être du monde - a commencé il y a deux ans à peine. Mais Hermes Magnus avait entrepris ses démarches bien avant.

Deux investisseurs, dont un député fédéral, ont voulu utiliser son entreprise pour blanchir de l'argent volé. « [Le député José Janene] a vendu les votes de son groupe de députés au Parti des travailleurs pour un salaire mensuel. [C'est] le fameux scandale [qui remonte à 2005]. Cet argent provenait déjà de Petrobras », poursuit l'homme d'affaires.

Hermes Magnus s'est finalement fait voler sa compagnie de machines-outils par les deux blanchisseurs d'argent. Il s'est plaint, mais en vain. Menacé, il a dû quitter le Brésil. Après avoir tenté de se réfugier en Allemagne et au Portugal, il s'est vu accorder l'asile politique au Canada.

Il a fallu six ans pour que la dénonciation d'Hermes Magnus soit prise au sérieux.

« Lors d'une rencontre avec la police fédérale, un agent m'a refilé discrètement le courriel d'un juge, Sergio Moro, en disant : "Ce n'est pas facile de faire avancer le dossier, mais je fais confiance à Moro. Présentez-lui vos preuves. Si lui ne peut rien faire, personne ne le pourra" », relate Hermes Magnus.

Le juge Sergio Moro, spécialiste des crimes financiers, est devenu en deux ans un héros national. Ce « petit juge de province » est qualifié d'incorruptible.

En calculant les contrats gonflés et la gestion frauduleuse, le préjudice total causé à la compagnie Petrobras seulement est de plus de 10 milliards de dollars, selon la Cour des comptes du Brésil. Pour toutes les compagnies d'État touchées par le même stratagème, la somme est de 15 milliards de dollars, selon la police fédérale.

180 personnes sont en prison et une vingtaine ont été condamnées pour corruption, association criminelle ou blanchiment d'argent illicite.

Les deux premiers à être condamnés sont Alberto Youssef, homme d'affaires véreux qui a investi dans l'entreprise d'Hermes Magnus, ainsi que le directeur de Petrobras, Eduardo Costa Musa. Ils ont été condamnés à 12 et 8 ans de prison, mais en échange d'une réduction de peine, ils ont fait des révélations menant à plusieurs autres condamnations.

Quelque 60 % des parlementaires brésiliens ont des démêlés avec la justice. Une fois purgé de ses « mauvais éléments », le système politique brésilien devra se réformer de fond en comble.

Hermes Magnus, lui, ne veut plus retourner au Brésil qu'il considère encore comme dangereux pour lui. Il reçoit toujours des menaces par courriel. Il veut se relancer en affaires à partir du Canada et suit des cours de français.

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