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Repoussés par la Hongrie, des centaines de migrants se tournent avec espoir vers la Croatie

Dans leur périple vers l'Europe occidentale, un nombre croissant de migrants issus du Moyen-Orient et d'Afrique transite par la Croatie, qui a assuré, mercredi, qu'elle n'entraverait pas leur passage, contrairement à la Hongrie.

Mercredi, en fin de journée, ils étaient plus d'un millier à avoir emprunté cette nouvelle voie d'entrée dans l'Union européenne (UE), principalement des hommes. Les migrants foulant le sol croate évitent ainsi de passer par la Hongrie qui depuis mardi les refoule, non sans violence, ayant même érigé une clôture barbelée de 175 kilomètres le long de sa frontière avec la Serbie.

Le premier ministre croate, Zoran Milanovic, a vertement critiqué la politique de fermeture adoptée par la Hongrie, la qualifiant de « nuisible » et de « dangereuse ».

Pour M. Milanovic, il importe d'accepter temporairement ces gens « quelles que soient leur religion ou la couleur de leur peau et à les diriger vers les destinations où ils souhaitent se rendre, l'Allemagne et la Scandinavie ». Zagreb, qui est membre depuis 2013 de l'Union européenne, s'attend à l'arrivée de quelque 4000 migrants dans les jours à venir.

Mais en Croatie même, les vues du premier ministre croate ne sont pas partagées par tous : la présidente Kolinda Grabar Kitarovic s'alarme des conséquences qu'entraînera cette vague de migrants et réclame une réunion prochaine du Conseil de sécurité nationale sur cette question. Et le leader du parti de droite, Anto Dapic, se dit prêt à ce que son pays accueille provisoirement des femmes et des enfants « mais pas de jeunes hommes qui ont l'air de sortir tout droit du gym ».

Par ailleurs, dans certaines zones à proximité de la frontière hungaro-croate, des centaines de mines antipersonnel sont enfouies, résidus de la guerre des Balkans des années 1990. Une réalité qui met en alerte certains groupes humanitaires, qui craignent que des migrants ne s'y aventurent.

Une différence d'approches

L'approche relativement souple des Croates tranche avec celle, radicale, de la Hongrie, où se sont produits des heurts mercredi entre les forces de l'ordre et des centaines de migrants jusque là confinés en Serbie voisine.

Bâtons, canons à eau et gaz lacrymogènes; les policiers hongrois ont eu recours à la force pour repousser ces nouveaux venus. Budapest fait état de 14 policiers blessés dans ces échauffourées, les premiers du genre depuis la fermeture de la frontière par Budapest dans la nuit de lundi à mardi.

Pour le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, le traitement des migrants par les forces de l'ordre hongroises est « inacceptable ». Le secrétaire général de l'ONU affirme avoir contacté ces derniers jours plusieurs dirigeants européens dont le premier ministre hongrois, Viktor Orban, afin de rappeler « la nécessité de traiter ce problème en respectant les conventions internationales sur les réfugiés et les lois humanitaires ».

Avec plus de 200 000 passages depuis janvier, la Hongrie était jusqu'ici, dans cette crise, le principal pays de transit en Europe centrale. Mais à la suite des mesures radicales prises par Budapest, seuls 367 migrants sont parvenus à pénétrer dans ce pays depuis mardi, selon la police. Ils ont tous été arrêtés et sont passibles de cinq ans de prison. « Tout est planifié : nous avons des milliers de places dans nos prisons », a mis en garde le premier ministre hongrois, Viktor Orban.

La Hongrie va clôturer une partie de sa frontière avec la Croatie

Outre les barbelés instaurés à sa frontière avec la Serbie, la Hongrie entend maintenant ériger une clôture sur certaines sections de sa frontière avec la Croatie de même que le long de la frontière avec la Roumanie.

Le tout pour endiguer le flux de migrants comme l'a expliqué le premier ministre hongrois, Viktor Orban, dans une entrevue accordée à un journal autrichien mercredi.

À la perspective de cette barrière à ses portes, le premier ministre roumain a déclaré que la Hongrie allait violer les idéaux de paix et d'unité de l'Union européenne.

La Hongrie et plusieurs autres pays autrefois communistes d'Europe centrale sont opposés à un accord présenté par la France et par l'Allemagne en vue de répartir quelque 120 000 migrants et réfugiés suivant un système de quotas entre les 28 États de l'UE.

Viktor Orban a toutefois admis que si un tel projet était approuvé, il n'aurait pas d'autre choix que de le mettre en oeuvre.

« Je voterai contre », a-t-il affirmé. « Mais si c'est la loi, nous ne pouvons légalement nous y opposer. »

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