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Résistance villageoise contre des HLM à Hong Kong

L'immobilier est hors de prix pour bien des résidents de Hong Kong, l'un des endroits les plus chers au monde. Confronté à une grave pénurie de logements abordables, le gouvernement veut en construire 4000 dans une zone verte du territoire, moins densément peuplée, en expulsant une centaine de villageois.

Wang Chau est un village qui en regroupe trois tout petits. Ça regorge de verdure comme une bonne partie de Hong Kong qui est plus qu’une jungle de béton. En s’aventurant dans les petites rues, on découvre des jardins, des potagers, divers arbres fruitiers. Il y a des dizaines de maisons, la plupart sont très rudimentaires, d'autres sont un peu plus élaborées dont celle, faite de bois et de ciment, de Wing Ling Chung.

L'ex-mécanicien a de la difficulté à expliquer ce qu’il a ressenti quand il a appris qu’il allait être exproprié et que sa demeure allait être démolie. Son épouse laisse libre cours à sa peine. Les deux retraités pensaient finir leurs jours ici. Ils disent avoir mis tout leur argent, quelque 3 millions de dollars de Hong Kong (environ 860 000 dollars canadiens) dans cette propriété acquise il y a cinq ans.

Ils ne savent pas ce qu'ils feront, car à leur avis, l'indemnisation que leur promet le gouvernement ne suffira pas à compenser leur perte.

Leur voisine, Ko Oi-sum, est très amère. Elle affirme qu'elle n'a pas assez d'argent pour s'acheter autre chose. Et qu’en raison de son salaire de gardienne d’immeuble, elle n’est pas admissible à un logement social. Sa famille est arrivée à Wang Chau il y a 33 ans. Elle assure que l’avis d’expulsion, ça en était trop pour sa mère, qui en a fait, dit-elle, un accident cérébral qui l’a emportée.

Construire oui, mais ailleurs que dans la ceinture verte de Hong Kong

Les villageois qui résistent à l’expulsion déplorent que le gouvernement ne les ait pas consultés. Ils réclament plus de transparence de sa part. Et ils argumentent qu'il peut construire les logements abordables dont Hong Kong a tant besoin, ailleurs en zone rurale.

Ils suggèrent par exemple, d’anciennes terres agricoles qui se trouvent tout près de Wang Chau. Ces terrains, surnommés brownfields ou brown lands, sont devenus impropres à toute culture, car ils abritent des stationnements ou encore des entrepôts.

Ces terrains sont effectivement inclus dans le plan original, qui prévoit 17 000 logements en tout dans le secteur. Mais les phases de construction qui les visent ont été reportées à une date non déterminée. Pour expliquer ce report, l’ONG Land Justice League parle – comme d'autres critiques et opposants – de corruption et de collusion entre le gouvernement et les puissants propriétaires, les entrepreneurs qui louent ces terrains et même la mafia.

Accusations réfutées par le gouvernement

« C’est complètement farfelu », rétorque Junius Ho Kwan-yiu, membre du Conseil législatif de Hong Kong, citant les multiples audiences durant lesquelles rien n'a été découvert pour appuyer de telles accusations.

Selon lui, la seule raison pour laquelle le gouvernement veut construire des logements sociaux sur le site de Wang Chau dans une première phase, c’est parce qu’il est plus rapide de déloger des résidents et d'offrir un nouveau toit et une indemnisation à ceux qui y seront admissibles, que de négocier la relocalisation des entreprises installées sur les brownfields.

Junius Ho Kwan-yiu assure que ces négociations, en plus de nuire à l'économie en bouleversant des entreprises, prendront une dizaine d’années, alors qu’il y a un besoin urgent de logements sociaux. Il précise que le temps d'attente est de quatre ans à quatre ans et demi.

Il ajoute que la superficie de la zone verte, visée par la construction des HLM à l'endroit où se trouve le village, est minime. Elle représente un peu plus de trois hectares.

Edward Yiu Chung-yim, un professeur spécialisé en géographie qui a été élu au Conseil législatif l’automne dernier dans l’opposition, croit qu’il y a plus de brownfields sur des terrains publics, et pas seulement privés, que ne veut le faire croire le gouvernement. Il milite pour qu’on y construise des logements sociaux avant de le faire dans les terrains de la ceinture verte. Et il réclame que le gouvernement négocie sérieusement avec les résidents de Wang Chau. La majorité d'entre eux ne possèdent pas le terrain sur lequel ils ont bâti leur maison, et l'ONG Land Justice League craint que dans leur cas, les indemnités soient empochées par les propriétaires.

Une partie des villageois, les plus militants, ont promis de résister jusqu’au bout quand viendra le temps de leur éviction dans quelques mois.

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