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Russie et Turquie tentent de sauver la trêve en Syrie

Des pourparlers entre le gouvernement et des groupes rebelles syriens, les premiers en neuf mois, se sont ouverts lundi à Astana, au Kazakhstan, où la Russie et la Turquie font pression sur les belligérants pour consolider la trêve et ouvrir la voie à des négociations politiques.

La réunion a débuté dans un climat de défiance augurant peu des chances de succès après six ans de guerre civile, mais elle intervient à un moment ou la Russie, alliée du président Bachar Al-Assad, comme la Turquie, qui soutient les groupes rebelles présents dans la capitale kazakhe, cherchent à sortir de la logique de guerre.

Cet intérêt commun a poussé les deux pays à se rapprocher, après avoir été à deux doigts d'un conflit ouvert au début de l'intervention militaire russe en Syrie, et semble représenter la meilleure chance à ce jour de débloquer la situation.

Dans leurs déclarations préliminaires, les deux camps ont mis l'accent sur le respect du cessez-le-feu instauré le 30 décembre avec l'aide des parrains de ces discussions, la Russie, la Turquie et l'Iran.

Mais les discussions indirectes qui s'en sont suivies ont été acrimonieuses, ne laissant guère de place à un dialogue constructif.

Le chef de la délégation gouvernementale syrienne, Bachar Al-Jaafari, a ainsi reproché leur grossièreté aux représentants de l'opposition. Il les a en outre accusés de défendre les « crimes de guerre » commis par les rebelles du Front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra).

Le chef de la délégation de l'opposition, Mohammed Allouch, a dit aux participants qu'il importait « de stopper cet horrible bain de sang » en consolidant le fragile cessez-le-feu et en gelant les opérations militaires, ajoutant que toutes les milices soutenues par l'Iran devaient quitter la Syrie.

Malgré l'atmosphère tendue, les rebelles ont exprimé un certain optimisme à la fin de la première journée de discussions en raison, ont-ils dit, de l'attitude constructive de Moscou.

Traduire le succès militaire en accord politique

« Nous avons eu le sentiment d'une véritable compréhension de la part des Russes », a déclaré Yahya Al-Aridi, un porte-parole de la délégation de l'opposition.

Nous comprenons que, militairement, ils [les Russes] ont accompli ce qu'ils voulaient en Syrie. Maintenant, ils veulent traduire ce succès militaire en accord politique. Ce doit être un cessez-le-feu.

Yahya Al-Aridi, porte-parole de la délégation de l'opposition syrienne

De sources diplomatiques à Astana ont dit que la Russie, la Turquie et l'Iran travaillaient à la rédaction d'un communiqué final réaffirmant la trêve proclamée le 30 décembre, que les deux camps se sont mutuellement accusés de violer.

Ce texte pourrait être prêt dès mardi, ajoute-t-on. Selon un projet de communiqué en cours de discussion cité par l'agence de presse russe Tass, les belligérants pourraient s'engager à lutter ensemble contre le groupe État islamique et le Front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra), ainsi qu'à mettre en place un mécanisme conjoint de surveillance du cessez-le-feu.

Pour l'émissaire spécial de l'ONU Staffan de Mistura, présent à Astana, « un tel mécanisme [...] marquerait une grande avancée ». Il a formulé le voeu que les discussions d'Astana, censées s'achever mardi midi, débouchent sur la tenue de négociations directes entre les parties du conflit le mois prochain à Genève, sous l'égide des Nations unies.

Mais les divergences entre la Russie et la Turquie demeurent importantes et pourraient compliquer l'adoption du communiqué final, de même que l'attitude de l'Iran, dont les milices supplétives irakiennes ou libanaises constituent désormais le noyau dur des forces gouvernementales syriennes.

Le chef de la délégation russe, Alexander Lavrentiev, a reconnu que les discussions étaient difficiles en raison de la méfiance entre les deux camps, mais il a dit espérer parvenir à un résultat positif mardi.

Cessez-le-feu « mort »

Les deux délégations syriennes étaient présentes l'une et l'autre autour d'une grande table ronde installée dans la salle de conférence d'un grand hôtel de la ville lors de la cérémonie d'ouverture.

Mais les insurgés ont prévenu d'emblée qu'ils ne discuteraient pas directement avec le gouvernement.

« Nous ne participerons à aucune discussion politique et tout tournera autour du respect du cessez-le-feu et de la dimension humanitaire [...] soit la souffrance des Syriens assiégés, la libération des détenus et la livraison de l'aide », a dit Yahya Al-Aridi à Reuters.

L'opposition syrienne accuse le gouvernement et les milices soutenues par l'Iran de poursuivre leurs offensives dans plusieurs régions de Syrie, notamment dans la vallée du Barada, au nord-ouest de Damas, en violation du cessez-le-feu.

Le régime syrien, lui, considère la majeure partie des groupes rebelles présents aux négociations d'Astana comme des « terroristes » soutenus par l'étranger, mais il se dit prêt à discuter avec les groupes armés qui déposeront les armes et accepteront des accords de « réconciliation ».

Les groupes rebelles fédérés sous la bannière de l'Armée syrienne libre (ASL) rejettent ces conditions, et disent que leur objectif est le départ du président Bachar Al-Assad au moyen d'un processus de transition politique soutenu par les Nations unies.

Sur le terrain, les combats continuent. D'après l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), des bombardements de l'aviation gouvernementale ont fait 12 morts dimanche et des tirs d'artillerie des rebelles ont tué six personnes à Alep.

Pour Rami Abdoulrahman, le directeur de l'OSDH, une ONG basée à Londres, « le cessez-le-feu est mort, mais les Russes et les Turcs veulent le maintenir artificiellement en vie pour bien montrer à la communauté internationale que ce sont eux qui sont aux commandes de la situation en Syrie. »

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