Le parcours d'une jeune Allemande de 16 ans d'origine marocaine intrigue et inquiète l'Allemagne, qui suit avec attention son procès pour avoir poignardé un policier dans une gare d'Hanovre en février dernier. C'est que le crime allégué de Safia S. aurait été commandé par le groupe armé État islamique et il constituerait le point culminant d'une enfance marquée par la radicalisation et l'appel du djihad.

Coiffée d'un voile beige, portant des lunettes et un chandail de laine, Safia S. est apparue ce matin dans le box des accusés pour répondre à des accusations de « tentative de meurtre, coups et blessures volontaires et soutien à une organisation terroriste étrangère ». Elle risque 10 ans de prison à l'issue de ce procès tenu à huis clos pour protéger la jeune fille des médias et de la stigmatisation.

Safia S. suivait deux policiers dans la gare d'Hanovre, le 26 février dernier. Les deux agents ont décidé de la contrôler. C'est à ce moment qu'elle a poignardé l'un des agents au cou, le blessant grièvement. Un autre agent l'a maîtrisée et l'a arrêtée.

L'adolescente a prétendu que son geste était spontané, mais la Couronne avance la thèse de la préméditation terroriste. L'analyse du contenu de son téléphone cellulaire relate un long parcours de radicalisation qui remonte à 2008 alors qu'elle n'est âgée que de sept ou huit ans. À cette époque, elle apparaît dans une vidéo d'un prédicateur salafiste bien connu en Allemagne, Pierre Vogel.

Radicalisation de la première heure

Ce n'est toutefois qu'en novembre 2015 qu'elle aurait prêté allégeance au groupe armé État islamique (EI), selon les enquêteurs. L'étude de son téléphone révèle des conversations avec des membres de l'EI, selon l'enquête d'une radio allemande.

Safia S. apparaît sur le radar des enquêteurs allemand en novembre 2014. Ces derniers la suspectent de préparer un crime grave. Elle aurait des contacts avec un jeune allemand d'origine syrienne du nom de Mohamed Hassan K. Ce dernier est soupçonné d'être impliqué dans la planification de la menace terroriste qui a mené à l'annulation d'un match de soccer à Hanovre, le 17 novembre 2015.

Au lendemain des attentats terroristes de Paris, en novembre 2015, Safia S. écrit notamment, dans une conversation : « Hier s'est avéré le plus beau jour de ma vie. Allah bénisse nos lions, qui sont passés à l'action à Paris, hier. »

En surface, rien ne distingue Safia S. des autres jeunes filles de son âge. L'élève de l'école secondaire se fond dans la masse, elle publie des égoportraits d'elle devant le miroir de sa chambre, avec des copines et des photos de petits chats. Elle reçoit une éducation religieuse à la maison et fréquente la mosquée tous les vendredis, où elle aurait pu entrer en contact avec des agents de radicalisation.

La police déjouée

Derrière cette façade, l'adolescente poursuit sa trajectoire radicale en fuguant pour tenter de se rendre en Syrie pour faire le djihad, en janvier dernier. Elle s'envole pour Istanbul avec l'intention de rejoindre l'EI en Syrie. Son frère l'avait d'ailleurs précédée quelques semaines plus tôt. Intercepté par les autorités turques, il a été emprisonné.

Quant à Safia S., sa mère la ramène en Allemagne en février, où elle est attendue par la police à l'aéroport d'Hanovre. Les policiers enquêtent sur la jeune fille, avant de la laisser partir et d'abandonner leur enquête jugeant qu'elle ne dispose pas d'un lien concret avec l'EI. Le mémo de l'agence fédérale : « Le dossier de Safia S. est clos. Après enquête, aucune preuve ne démontre que l'adolescente de 15 ans a un lien concret avec l'EI. Elle ne constitue pas une menace. »

Le mémo est daté du 25 novembre. Le lendemain, elle poignarde un policier dans le cou.

Épargnée jusqu'ici des attentats de masse comme ceux survenus en France et en Belgique, l'Allemagne est toutefois ciblée par des individus isolés qui commettent des crimes au couteau. L'accueil de 890 000 réfugiés syriens inquiète l'Allemagne qui craint que des terroristes se soient glissés dans cette marée humaine. Des partis de droite connaissent du succès pendant que la chancelière Angela Merkel en paie le prix politique.

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