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Salah Abdeslam défie l’autorité du tribunal à l'ouverture de son procès

Salah Abdeslam, seul membre encore vivant des commandos djihadistes qui ont attaqué Paris le 13 novembre 2015, a refusé de répondre aux questions du tribunal lundi, à Bruxelles, lors de l'ouverture de son procès pour sa participation présumée à une fusillade avec des policiers au terme de sa cavale, en mars 2016.

Escorté de deux policiers cagoulés, celui qui est soupçonné d’avoir participé aux attentats de Paris qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés a refusé de se lever à l’arrivée du juge et a également refusé de répondre à toutes les questions que lui a adressées la cour.

L’homme d’origine marocaine refuse aussi systématiquement de parler aux enquêteurs depuis son arrestation, en mars 2016, quelques jours après une violente fusillade dans le quartier de Molenbeek, à Bruxelles.

Dans un bref commentaire à la cour fait au tout début de son interrogatoire, Salah Abdeslam a déclaré que son silence ne doit pas être considéré comme un aveu de culpabilité. Il demande à être jugé sur les preuves et non sur ses propos.

Salah Abdeslam a réclamé qu’aucune image vidéo ou photo de lui pendant son procès ne soit publiée.

Tentative de meurtre sur des policiers

L’homme doit répondre à des accusations de tentative de meurtre et possession d’armes illégales en lien avec la fusillade survenue le 15 mars 2016, lors d’une perquisition de routine de la police dans l’appartement où il se cachait en compagnie d'un Tunisien de 24 ans, Sofian Ayari, et d'un Algérien de 35 ans, Mohamed Belkaïd.

Mohammed Belkaïd, armé d'un AK-47, avait été abattu par la police en tentant de couvrir la fuite des deux hommes. Trois policiers avaient été blessés au cours de la fusillade.

Les deux fuyards avaient été arrêtés trois jours plus tard, le 18 mars 2016, toujours dans le quartier Molenbeek, à Bruxelles.

20 ans de prison réclamés

Leur arrestation avait été considérée par les enquêteurs comme l'élément déclencheur des attentats du 22 mars 2016, à Bruxelles, où trois kamikazes se sont fait exploser à l'aéroport et dans le métro de la capitale belge.

Sofian Ayari, 24 ans, est également jugé à Bruxelles lundi et fait face aux mêmes chefs d’accusation que Salah Abdeslam. Le parquet belge réclame 20 années d’emprisonnement avec une période de sûreté des deux tiers de la peine pour chacun des accusés.

Pas de procès en France avant 2020

Salah Abdeslam doit ensuite être jugé en France pour sa participation présumée dans la série d’attaques terroristes menées à Paris le 13 novembre 2015 par des islamistes radicaux lors d’un concert au Bataclan, lors d’un match de soccer et sur plusieurs terrasses de cafés et de restaurant parisiens.

Le procès ne devrait cependant pas avoir lieu avant 2020 puisqu’il doit d’abord faire face aux procédures judiciaires intentées contre lui en Belgique avant d’être transféré en France pour y être jugé.

Selon les enquêteurs français, Salah Abdeslam a joué un rôle clé dans les attentats de Paris au cours desquels son frère Brahim est mort en se faisant exploser sur la terrasse d’un café.

Il est aussi soupçonné d'avoir fait entrer de nombreux islamistes radicaux liés au groupe armé État islamique en Belgique et en France via l'Europe centrale.

À la suite de son arrestation en Belgique, Salah Abdeslam avait été transféré en avril 2016 dans une prison française, à Fleury-Mérogis, en région parisienne, où il a été maintenu en isolement, sous vidéosurveillance 24 heures sur 24.

Pendant toute la durée de son procès à Bruxelles, il sera emprisonné dans un pénitencier du nord de la France, à Vendin-le-Vieil, où il retournera chaque jour à la fin des audiences.

Les victimes déçues, mais pas surprises

Le silence d’Abdeslam a été reçu avec un certain fatalisme par les représentants des victimes des attentats de Paris et de Bruxelles qui se sont déplacées pour assister au procès.

Philippe Dupperon, père d’un jeune homme tué à Paris dans la salle de concert du Bataclan, le 13 novembre 2015, a expliqué qu’il ne se faisait pas d’illusion quant à une éventuelle collaboration de l’accusé.

« Il n'a pas répondu autrement que par une déclaration provocante et provocatrice, en appelant à son dieu Allah », a ajouté M. Duperron.

Partie civile

Pour Me Guillaume Lys, qui représente le groupe V-Europe, composé de victimes d’actes terroristes, constitué au lendemain des attentats de Bruxelles qui ont fait 34 morts le 22 mars 2016, ce procès pourrait malgré tout être une occasion d’en apprendre davantage d’Abdeslam, même s’il ne parle pas.

V-Europe, qui réclame un euro symbolique de dommages et intérêts, entend par ailleurs se porter partie civile dans cette affaire. Une audience spéciale doit avoir lieu le 29 mars pour que le tribunal puisse débattre de la recevabilité de cette requête.

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