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Sans argent pour se marier, une jeune Indienne se jette au fond d'un puits

Elle s'appelait Sheetal, elle avait 21 ans. Elle était belle, éduquée et avait l'avenir devant elle. La jeune Indienne explique dans une lettre avoir mis fin à ses jours pour réduire le fardeau qui pesait sur son père fermier, incapable de financer son mariage. Cette tragédie met en lumière deux phénomènes qui continuent de hanter la société indienne : le supplice de la dot et le grave endettement des agriculteurs.

Un texte de Thomas Gerbet, correspondant en Inde

Au bord du puits, elle a laissé ses souliers et une lettre. Les mots de Sheetal résonnent comme un cri de révolte adressé à toute l'Inde. Elle dénonce l'enfer social de la dot, toujours très largement pratiquée, bien qu'officiellement illégale (voir plus bas).

Les parents de Sheetal faisaient tout en leur possible depuis deux ans pour réunir les fonds nécessaires au mariage de leur troisième fille. La jeune fille avait reçu plusieurs demandes de prétendants, mais sa famille avait dû les décliner faute d'argent.

Lettre laissée par la jeune fille

C'est la deuxième tragédie du genre en un an, dans le même village. Une jeune fille de 18 ans s'était enlevé la vie parce que son père ne pouvait pas payer son mariage. Dans sa lettre, elle avait posé ces questions : « Pourquoi doit-on payer la dot? Pourquoi un père doit-il courber l'échine chaque fois? »

Au moins un agriculteur indien se suicide toutes les 40 minutes

La mort de la jeune Sheetal a relancé les querelles politiques. L'opposition dans l'État du Maharashtra accuse le pouvoir en place de ne pas en faire assez pour aider les fermiers, accablés de dettes.

Le monde agricole indien vit une véritable tragédie depuis plusieurs années. En 2015, le ministère de l'Agriculture a recensé 12 600 suicides d'agriculteurs. Selon des associations paysannes, il y en aurait au moins le double.

Le Maharashtra est de loin l'État le plus touché.

La sécheresse et le manque de récoltes ont poussé bon nombre de fermiers à contracter des prêts, souvent du microcrédit, qu'ils sont incapables de rembourser. Des programmes d'aide du gouvernement ont aussi été détournés par des fonctionnaires locaux corrompus.

Plus de la moitié des Indiens dépendent encore de l'agriculture

Beaucoup vivent dans des conditions très précaires. Ils souffrent d'une très faible productivité due au peu d'irrigation, au mauvais usage des engrais et à l'utilisation d'outils archaïques. La famille de Sheetal n'est capable de cultiver la canne à sucre que sur 30 % de ses terres parce que la sécheresse a détruit les cultures.

Les faillites et les graves problèmes sociaux qui en résultent (alcool, drogue, violences familiales...) poussent de nombreuses familles d'agriculteurs sur le chemin de l'exil, à l'intérieur du pays.

La migration vers les villes est en très forte augmentation depuis plusieurs années. Dans des villes comme Mumbai, des bidonvilles entiers sont occupés par des familles d'ex-agriculteurs venues du monde rural.

Le président du Congrès de l'État, Ashok Chavan, a rendu visite à la famille de Sheetal, samedi, et aurait promis une aide financière.

Avec India Today, Hindustan Times et Press Trust of India

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