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Sauve-qui-peut à Houston : le compte-rendu de notre envoyé spécial

La ville de Houston est le théâtre d'opérations de sauvetage sans précédent. Les soldats de la garde nationale sont sur un pied d'alerte. Ils sillonnent toutes les zones inondées, passent de maison en maison pour évacuer ceux qui en sont prisonniers. Mais comme la tâche est grande, les citoyens sont appelés à utiliser leur propre bateau pour secourir les sinistrés. Notre envoyé spécial a participé à l'une de ces opérations.

Un texte de notre envoyé spécial Étienne Leblanc

David Shavlin se considère comme chanceux. Tous ses voisins immédiats ont de grandes quantités d’eau dans leur maison. Perchée sur une petite butte, la demeure de David est la seule à ne pas avoir pris l’eau.

Il a répondu volontiers à l’appel des autorités qui ont demandé aux citoyens qui le pouvaient d’utiliser leur propre bateau pour aller secourir ceux qui en ont besoin.

En cette fin de journée, l’opération de sauvetage à laquelle il m’a invité le rend fébrile.

« C’est mon quartier », dit-il.

Nous sommes en bordure du bayou Buffalo à l’ouest de la ville, celui qui a commencé à déborder dès samedi. Son petit bateau turquoise ne paie pas de mine. Mais dans les circonstances, est-ce bien important?

Ses amis Larry Colb et Stephen Amling nous accompagnent. La tâche est délicate. Sous l’eau, les débris sont nombreux.

Un premier obstacle se présente. Sur la gauche, un camion gît dans l’eau, appuyé sur son flanc. Son propriétaire a dû l’abandonner en catastrophe, puisque la porte est ouverte et les essuie-glaces sont toujours en marche. Dans ce décor morbide, leur va-et-vient paresseux rappelle une scène de film.

Larry et David appellent, pour s’assurer qu’il n’y a personne à l’intérieur.

Des scènes de désolation

Sur certaines rues, le niveau de l’eau atteint le toit des maisons. Les panneaux de signalisation sortent de l’eau comme un enfant qui a trop d’eau sous les pieds. Des clôtures sont affaissées, des fenêtres sont éclatées, un vélo d’enfant est accroché à un arbre.

Larry guide le bateau avec une perche pour s’assurer que nous ne frappions pas une voiture submergée.

Une jeune femme nous fait signe. Elle demande si on peut l’emmener jusqu’à la maison de sa voisine, elle veut voir si le chat a survécu.

« Je ne pense pas », dit-elle.

Sauvetage

À une centaine de mètres devant nous, deux jeunes filles marchent péniblement dans le grand bassin brunâtre et huileux. Stephen, le pilote du bateau, démarre en trombe pour aller les secourir. L’air hagard, les cheveux trempés, elles sont transies. La plus jeune tremble sans arrêt, les larmes aux yeux.

« Nous étions de l’autre côté du bayou », dit-elle d’une voix chevrotante. Quand la tempête a frappé, elles n’ont pas cru bon d'évacuer.

Sur le terrain d’une maison légèrement surélevée, une famille nous regarde passer en nous envoyant la main. Leur maison n’a pas encore pris l’eau.

« Sortez de votre maison, l’eau peut monter très rapidement », crie Larry aux badauds.

« La tempête est finie », lance la maman. David lève les yeux au ciel.

Il ne blague pas. Les serpents du bayou peuvent nager dans toute la ville ces jours-ci.

Le choc

Assis à l'avant du bateau, Larry se tourne vers moi. Son regard est d’une grande tristesse. Larry a grandi dans ce quartier. Il en connaît chaque recoin, chaque arbre, chaque trottoir, chaque secret.

« Ici, autour de ces rues, je connais tout le monde », dit-il. Autour de lui, le malheur sera grand au cours des prochaines semaines.

« Toute cette dévastation, dit-il, sans vraiment s’adresser à moi. Ça vient de me frapper. »

La tournée s’achève là où elle a commencé. Des soldats de la garde nationale mettent des zodiacs à l’eau. D’autres préparent leur kayak, pour pouvoir intervenir dans des zones où le niveau de l’eau est trop bas.

D’un seul coup, Larry vient de réaliser toute l’ampleur de cette catastrophe.

Après cinq jours de tempête, ils sont des dizaines de milliers comme lui.

La tournée terminée, Larry se frotte les yeux et montre un petit sourire. « Bon! On va où maintenant? »

Une vraie bonne question.

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