Les Russes travaillent depuis cinq ans à créer à Skolkovo, au sud de Moscou, une zone pour la recherche et le développement de technologies de pointe. Mais cet énorme projet sera-t-il voué à l'échec?

Un texte de Raymond Saint-Pierre

C'est encore un immense chantier qui prend place dans l'ancienne communauté rurale de Skolkovo. Mais une fois la construction terminée, des compagnies comme Boeing, CISCO, Microsoft, Siemens, IBM et Alstom se côtoieront.

Les chantiers sont nombreux à Skolkovo. Photo : R-C/Alexey Sergeev

Une première université privée

Plus de 1000 petites entreprises émergentes ont déjà rejoint le parc technologique. Toutefois, le cœur, l'âme de cette future technopole, c'est Skoltech, une université privée, la première en Russie, créée en collaboration avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT), de Boston. Une collaboration russo-américaine rare en d'autres domaines ces temps-ci.

Pour Skoltech, on n'a pas lésiné sur la qualité. Le campus a été créé par la firme d'architectes Herzog et de Meuron, ceux-là mêmes qui ont fait le fameux stade « nid d'oiseau » pour les Jeux olympiques de Pékin.

Clément Fortin, anciennement de l'École polytechnique de Montréal, est le premier conseiller du président de cette université, l'Américain Edward Crawley. Ce dernier connaissait bien Clément Fortin, et il n'a pas eu de mal à le convaincre de se joindre à Skoltech.

« Qu'on construise une université neuve, au complet, c'est très rare. D'ailleurs, c'est comme ça qu'on m'a attiré ici. Je pense que le Canada, le Québec, aura besoin de ce type de centre au cours des prochaines années », ajoute Clément Fortin.

Université de Skolkovo. Photo : R-C/Alexey Sergeev

Dans ce pays où on assiste depuis des décennies à un exode des cerveaux, les trois quarts des chercheurs et enseignants de la faculté sont des Russes qui ont décidé de revenir de l'étranger pour participer à ce projet.

Nikolay Gippius enseignait et faisait des recherches à l'Université Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand, avant qu'il décide de se joindre à Skoltech. « La vie en France, c'était beaucoup plus confortable, mais la Russie, c'est mon pays. Ma famille, mes amis sont ici. »

« C'est une chance unique de contribuer à la construction d'une nouvelle université, la chance de toute une vie. C'est tout un défi à relever, mais si je n'y croyais pas, je ne serais pas ici », explique Vasili Perebeinos, un physicien qui a vécu 17 ans aux États-Unis.

En 2010, le président russe Dimitri Medvedev lançait ce projet d'une vaste technopole où on favoriserait des avancées en biomédecine, en efficacité énergétique, en aérospatiale et dans le domaine nucléaire. Il avait même invité le gouverneur californien de l'époque, Arnold Schwartzeneger.

Skolkovo Photo : R-C/Alexey Sergeev

Un rêve qui deviendra réalité?

Le gouvernement russe a déjà dépensé 8 milliards de dollars dans ce projet, où un jour travailleront 30 000 personnes... si tout se passe comme prévu.

Cependant, il en a coulé de l'eau sous les ponts depuis cinq ans. Vladimir Poutine a succédé à Medvedev, les valeurs du rouble et du pétrole ont piqué du nez, le conflit en Ukraine et l'annexion de la Crimée ont créé de grandes tensions avec plusieurs pays. Le régime Poutine a aussi imposé des contrôles sur Internet.

Poutine a également mis fin à un programme d'échanges, le FLEX (Future Leader's Exchange), programme qui, en 21 ans, avait permis à des milliers de jeunes Russes d'aller étudier aux États-Unis.

Dans un tel contexte, ce vaste projet est-il encore viable?

Les 315 étudiants qui sont déjà à Skolkovo vivent dans une belle nonchalance, de style Silicon Valley, et ils ne semblent pas se soucier de l'avenir. Pourtant, l'institution a connu ses difficultés sous le président Poutine. On a demandé des compressions de 20 % à 40 % dans les budgets. Des scandales de détournement de fonds ont amené la police à faire enquête. Un des rares députés de l'opposition, Il y a Ponomaryov, est accusé d'avoir participé à une fraude 750 000 $ à la Fondation Skolkovo. Il nie tout, et il a fui aux États-Unis.

Clément Fortin ne croit pas pour autant que l'avenir du projet d'université privée soit menacé. « Il y a énormément de soutien du gouvernement, pour l'instant. [...] On avait une dépendance pour les ressources naturelles. Ils ont besoin d'une autre économie; ça fait partie de cet effort. »

Il croit encore à ce rêve où des compagnies, des chercheurs, des professeurs et des étudiants, des cerveaux du monde entier, pourront venir, ou « revenir » en Russie, pour animer le centre de recherche et développement de Skolkovo.

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