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Sommet de l'OTAN : l'Allemagne est « prisonnière » de la Russie, dit Trump

Le président américain Donald Trump a tiré mercredi à boulets rouges contre son homologue allemande Angela Merkel, accusant l'Allemagne d'être « prisonnière » de la Russie, parce que Berlin importe de grandes quantités de gaz russe. La déclaration est survenue à quelques heures de l'ouverture d'un sommet de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) à Bruxelles, en Belgique.

« L'Allemagne est totalement contrôlée par la Russie, a répété le président américain. Elle tire 60 % de son énergie de la Russie. Je pense que c'est une très mauvaise chose pour l'OTAN qui ne devrait pas se produire. »

Le chef d'État a effectué cette déclaration en marge d'un déjeuner avec le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg.

Le gouvernement allemand négocie actuellement un projet de gazoduc, le Nord Stream 2, qui doit relier la Russie et l'Allemagne via la mer Baltique, projet qui ne plaît pas particulièrement à Washington.

« Si vous regardez bien, l'Allemagne est aux mains de la Russie. Ils se sont débarrassés de leurs centrales au charbon, de leurs centrales nucléaires. La majeure partie du pétrole et du gaz d'Allemagne proviennent de Russie. Je pense que l'OTAN doit regarder cela de plus près », a encore déclaré le chef d'État américain.

En fait, les importations pétrolières et gazières allemandes en provenance de la Russie équivalent à environ 20 % du cocktail énergétique de l'Allemagne, plutôt que les « 60 à 70 % » avancés par M. Trump.

Cette charge contre Berlin s'inscrit dans un contexte plus vaste où Donald Trump réclame depuis son arrivée au pouvoir que ses alliés de l'OTAN augmentent leurs dépenses militaires. À de nombreuses occasions, le locataire de la Maison-Blanche a réclamé de ces pays qu'ils portent leur contribution à au moins 2 % de leur PIB d'ici 2024.

« Nous protégeons l'Allemagne, la France... Nous protégeons tous ces pays », a-t-il soutenu, estimant que les États-Unis « paient beaucoup trop ».

« C'est disproportionné et injuste pour les contribuables des États-Unis », a-t-il encore lâché.

Pour 2018, les dépenses militaires américaines ont représenté quelque 70 % des débours totaux de l'OTAN en matière de défense.

Ces dépenses peuvent toutefois correspondre à des besoins défensifs autres que ceux de l'Alliance atlantique. En Europe, on avance ainsi que les ambitions militaires du Vieux Continent ne sont pas les mêmes que celles des États-Unis.

Par ailleurs, si Washington a historiquement consacré une part plus importante de son budget à la défense, avec une somme d'environ 600 milliards de dollars en 2016, la proportion des dépenses militaires américaines est en baisse depuis 2010, passant de 4,8 % à 3,6 % aujourd'hui.

De son côté, M. Stoltenberg a reconnu qu'il y avait encore du travail à faire en matière de contribution au financement de la part des États membres.

« Nous sommes d'accord pour dire qu'à l'OTAN il n'y a pas de partage équitable des charges, a-t-il convenu. Certains alliés souhaiteraient voir une augmentation plus rapide, mais nous allons dans la bonne direction. »

Merkel riposte

Trois heures après la sortie de M. Trump à propos des importations de gaz naturel russe et de la lenteur de l'augmentation des budgets militaires allemands, qui atteignent pour l'instant 1,2 % du PIB, Mme Merkel a assuré à la presse que « l'Allemagne est aujourd'hui unie dans la liberté ».

« Nous prenons nos propres décisions », a ajouté la chancelière, soutenant que cela « était très bien, particulièrement pour les gens de l'est du pays », en référence à la partition du pays en deux entités, dont l'une sous contrôle soviétique, au cours de la guerre froide.

Toujours au dire de Mme Merkel, « l'Allemagne en fait beaucoup pour l'OTAN ». Berlin est « le deuxième fournisseur de troupes en importance » de l'alliance, a-t-elle souligné.

Donald Trump et Angela Merkel se sont entretenus durant le sommet, les deux dirigeants évoquant par après leurs « bonnes relations ».

« Nous discutons des dépenses militaires et de commerce. Nous avons de très bonnes relations », a ainsi dit M. Trump, après avoir critiqué la chancelière allemande en matinée.

« Nous sommes des partenaires, nous sommes de bons partenaires et nous souhaitons continuer à coopérer à l'avenir », a pour sa part assuré Mme Merkel.

Son ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, est venu épauler la chancelière, en affirmant que son pays n'était « ni prisonnier de la Russie, ni prisonnier des États-Uni ».

Pour lui, l'Allemagne est « l'un des garants du monde libre ». Le pays prévoit par ailleurs bonifier de 80 % ses dépenses militaires d'ici 2024, a-t-il ajouté.

Ottawa appuie Berlin

Angela Merkel a par ailleurs reçu, plus tôt, un coup de pouce diplomatique de la part de la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

Lors d'une mêlée de presse tenue avant l'ouverture du sommet à Bruxelles, Mme Freeland a noté que le Canada fait lui aussi ses propres choix en matière de politique étrangère.

La ministre n'a pas voulu dire si elle estimait que le président américain comprenait le fonctionnement de l'OTAN, lui qui affirme que les pays ne consacrant pas 2 % de leur PIB à la défense sont « débiteurs » des États-Unis.

« Je peux vous assurer que les Canadiens comprennent très bien le fonctionnement des institutions bilatérales », s'est-elle bornée à dire.

De son côté, le premier ministre Justin Trudeau a estimé qu'« il y a toujours des perspectives sur la possibilité d'en faire plus, [...] on peut en parler, mais la réalité est que la solidarité, l'importance de l'OTAN demeurent ».

« Chantage à la sécurité »

Dans les coulisses politiques occidentales, on n'ose pas trop expliciter les attentes en vue de la rencontre de Bruxelles, surtout depuis le camouflet infligé à la toute fin du sommet du G7 dans Charlevoix, où le président Trump avait retiré, a posteriori, sa signature du communiqué final.

« Personne ne sait ce que va dire le président américain, même ses équipes ne le savent pas », a mentionné un diplomate français, avant d'ajouter qu'il ne fallait pas « surinvestir dans des attentes ».

« On s'attend à ce que le sommet montre l'unité des alliés, mais notre crainte, c'est que cela ne soit pas atteint », a-t-on poursuivi à Paris, en évoquant un possible « chantage à la sécurité » de la part du président américain.

Malgré ces tensions, le secrétaire général de l'OTAN a réitéré la nécessité de maintenir « l'unité » au sein de l'alliance.

« L'OTAN est une bonne alliance; tant que nous sommes unis, nous préserverons cet environnement sécuritaire qui nous est cher à tous », a affirmé M. Stoltentberg.

Cette question de l'unité occidentale semble plus importante que jamais, à quelques jours d'une première rencontre bilatérale entre les présidents des États-Unis et de la Russie à Helsinki, en Finlande.

« Il faut être forts et fermes [face à la Russie] et, tant que nous resterons unis, nous pourrons avoir un dialogue politique avec les Russes », a ainsi estimé le secrétaire général de l'OTAN.

Parmi les autres sujets qui seront abordés dans le cadre du sommet, les alliés discuteront d'une invitation à se joindre à l'OTAN qui sera transmise à la République de Macédoine du Nord, ainsi que le lancement d'une mission de formation des forces de sécurité irakiennes, dont le commandement sera assuré par le Canada.

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