Retour

Soupçons de crimes contre l'humanité dans le Myanmar d'Aung San Suu Kyi

L'armée du Myanmar a commis des meurtres et des viols à l'encontre des Rohingyas, des musulmans qui vivent dans le nord-ouest du pays. Ces faits s'apparentent à des crimes contre l'humanité, dit le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme.

Des témoins interrogés par les enquêteurs de l'ONU pour un rapport publié vendredi évoquent le meurtre d'enfants de tous âges - y compris des bébés -, de femmes et de personnes âgées.

Le rapport fait état de villages entiers incendiés, de « viols et violences sexuelles massifs et systématiques ».

Les quatre enquêteurs, qui s'appuient sur les témoignages de 220 Rohingyas, victimes et témoins, ayant fui la zone bouclée par l'armée à Maungdaw, dans le nord de l'État d'Arakan, parlent de « centaines de morts ».

Une femme a raconté comment son bébé de 8 mois a eu la gorge tranchée. Une autre, comment elle a été violée par des militaires et sa fille de 5 ans, tuée sous ses yeux.

Les enquêteurs ont pris des photos des blessures subies, par balle et à l'arme blanche, mais aussi de brûlures et de traces de coups.

Depuis le lancement par l'armée du Myanmar d'une opération de sécurité en réponse à des attaques contre des postes frontières de la police le 9 octobre, quelque 66 000 Rohingyas ont fui le nord de l'État d'Arakan, où ils vivent en majorité, pour le Bangladesh voisin, mentionne le rapport.

« Les opérations en "zone de nettoyage" se sont vraisemblablement traduites par des centaines de morts », dit le rapport, qui évoque le lancement de grenades et des tirs effectués à partir d'hélicoptères survolant les villages.

Les attaques contre les Rohingyas semblent avoir été généralisées, « ce qui indique la très probable commission de crimes contre l'humanité », lit-on dans le document.

Environ 1,1 million de Rohingyas vivent dans des conditions proches de l'apartheid en Arakan, État à majorité bouddhiste. Leur sort est l'objet de frictions récurrentes entre le Myanmar et le Bangladesh.

Le Myanmar, ou l'ex-Birmanie, pays majoritairement bouddhiste dont le Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est la dirigeante de fait, se défend de violer les droits de l'homme dans l'Arakan et explique qu'il s'agit d'une campagne légale de lutte contre l'insurrection. Les journalistes indépendants et les observateurs n'ont pas accès à la zone de conflit.

Nettoyage ethnique

Les témoignages vont dans le sens d'« une persécution pour des raisons ethniques qui ressemblent à ce qui a été décrit, dans des contextes différents, comme du "nettoyage ethnique" », a déclaré la chef de la mission de l'ONU, Linnea Arvidsson, lors d'une conférence de presse.

Ce qui a été découvert et la gravité de la situation sont si rudes que quelque chose doit être fait, du point de vue de la responsabilité, mais, avant tout, pour que la violence cesse.

Linnea Arvidsson, chef de la mission de l'ONU

Selon Linnea Arvidsson, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU pourrait en référer au Conseil de sécurité des Nations unies, qui pourrait ensuite transmettre le dossier à la Cour pénale internationale (CPI).

Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, le prince Zeid Ra'ad Zeid Al-Hussein, a appelé la communauté internationale à réagir avec énergie face à cette « cruauté insupportable » et a demandé au Myanmar d'assumer ses responsabilités pour ces graves violations des droits de l'homme.

Il a dit s'être entretenu avec Aung San Suu Kyi vendredi et lui avoir demandé de faire pression sur l'armée et les forces de l'ordre « pour mettre un terme à cette opération ». La lauréate du prix Nobel a promis l'ouverture d'une enquête, mais a dit qu'il y aurait besoin d'informations supplémentaires.

La Malaisie, pays où l'islam est majoritaire, a annoncé vendredi l'envoi d'un navire transportant 2200 tonnes de nourriture et biens de première nécessité pour les Rohingyas. Une première cargaison de 500 tonnes devrait être livrée le 9 février à Rangoon, la principale ville birmane.

Le Myanmar n'ayant pas autorisé le navire à se rendre à Sittwe, la capitale de l'Arakan, le bâtiment devrait ensuite poursuivre sa route pour le port de Teknaf, au Bangladesh, où se trouvent de nombreux réfugiés rohingyas.

Mais le Bangladesh a décidé de ne pas l'autoriser à accoster à Teknaf, dit le ministère malaisien des Affaires étrangères dans un communiqué, sans autre précision.

Le premier ministre malaisien, Najib Razak, qui ne ménage pas ses critiques envers le Myanmar bouddhiste pour le sort réservé aux Rohingyas musulmans, a appelé le gouvernement myanmarais à cesser ses opérations.

Le Bangladesh a fait savoir mercredi qu'il comptait déplacer les Rohingyas qui fuient la violence au Myanmar dans une île du golfe du Bengale. Cette île serait inhabitable, selon certains observateurs. Le Bangladesh fait valoir que ce serait temporaire et que les Rohingyas ont vocation à retourner au Myanmar.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Ce garçon se fait prendre par le reste de sa famille!





Rabais de la semaine