Comment bien décrire la semaine que viennent de vivre les Américains? Le choc, la tristesse, l'indignation. Et pour le président Trump? Est-ce la pire de sa présidence? Et si le départ de Steve Bannon n'était pas la pire des choses?

Une analyse de Yanik Dumont Baron, notre correspondant à Washington

Donald Trump est en vacances ces jours-ci. Officiellement, un mélange de travail et de repos. Vous ne le saviez pas? Compréhensible, vu combien le président a connu (encore une fois) des jours bien difficiles à décrire.

Peut-on parler de la pire semaine de la présidence? On l’a écrit lorsqu’il a renvoyé le directeur du FBI. Un épisode « irréel » ou « sans précédent »? Des adjectifs galvaudés après 210 jours de présidence.

Une analogie estivale est peut-être utile : ce grand château de sable construit près de la mer. Celui que les vagues lèchent lentement. Celui qui semble destiné à s’effondrer, tôt ou tard.

Depuis le début de la présidence Trump, chaque controverse est une nouvelle vague. Pourtant, le château de sable ne s’effrite que légèrement. Comme s’il était construit sur du roc.

Cette semaine, Charlottesville a apporté la vague la plus forte à frapper le château de l’administration Trump.

Et comme c’est souvent le cas, c’est Donald Trump lui-même qui a provoqué la vague. Lui qui n’arrive pas à condamner sans équivoque ces jeunes blancs qui ont défilé aux flambeaux en scandant le slogan nazi « Terre et sang ».

Il y avait « de bonnes personnes » dans ce groupe, assure le président. Les deux parties sont à blâmer. Crash. La grosse vague déferlante sur le château de sable.

Cette fois, les reproches venant du camp du président ont été plus forts, plus stridents que jamais dans cette courte carrière politique bien remplie de controverses et de superlatifs.

Les dirigeants de certaines des plus grandes entreprises américaines ont cessé de conseiller le président. Un coup dur pour celui qui avait présenté ses liens avec le monde des affaires comme un atout.

C’est aussi comme cela qu’il faut voir la dénonciation de républicains bien influents. Des gens d’ordinaire discrets, mais qui ont aussi senti le besoin de faire entendre leur voix. Il y a eu les deux derniers présidents républicains. Le plus récent candidat du parti.

Dans un courriel à ses amis, James Murdoch s’est dit incrédule à l’idée de devoir souligner « qu’il n’y a pas de bons nazis ». Pas banal venant d’un responsable de l’empire qui contrôle Fox News, l’une des voix conservatrices les plus influentes au pays.

Même chez les élus républicains, le ton était différent. Le sénateur Bob Corker a été bien sévère. Il pesait visiblement ses mots lorsqu’il a déclaré que le président n’avait « pas encore fait preuve de la stabilité ni de la compétence » nécessaire pour réussir.

Plusieurs commentateurs accordent du poids au mot « stabilité » dans cette déclaration. Ils y voient une porte entrouverte pour discuter du jugement du président. De sa capacité à gouverner efficacement.

Mais pour l’instant, la plupart des républicains ne semblent pas vouloir ouvrir cette porte. Ils préfèrent, encore une fois, garder le cap. Malgré les torts du président.

Le château de sable demeure debout.

Sous le sable, il semble y avoir du roc. Ce roc, c’est la fidélité d’une partie des Américains envers Donald Trump. C’est à eux que pensent les élus républicains en choisissant de rester avec leur président.

Le départ de Steve Bannon pourrait aider ces élus. L’ancien stratège en chef soufflait des idées populistes et nationalistes dans l’oreille du président. Parti, Donald Trump pourrait se laisser guider par des gens plus près des intérêts traditionnels des élus républicains.

Ce roc devrait rester solide, donc. À moins que Steve Bannon ne parvienne à convaincre les fidèles que leur champion a été trahi par les grands intérêts traditionnels républicains. Que leur révolution populiste a été étouffée en quelques mois.

Si c’est le cas, le roc sous le château de sable pourrait bien s’effondrer.

Plus d'articles

Commentaires