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Sursis pour les habitants de « la jungle » de Calais

L'évacuation partielle d'un camp de migrants sur la côte atlantique désigné comme « la jungle » de Calais, qui devait avoir lieu d'ici mardi soir, est reportée en raison d'un recours juridique intenté contre cette opération. Or, la juge qui entend l'affaire ne rendra pas de décision mardi. 

Appuyé par dix associations, un groupe de migrants conteste l'ordre d'évacuation de la préfecture devant le tribunal administratif de Lille, a indiqué leur avocate Julie Bonnier. « Il s'agit d'une violation des droits fondamentaux des migrants, plaide-t-elle. Les solutions proposées ne sont pas du tout adaptées à leurs besoins. Il faut qu'ils puissent rester ici en attendant que d'autres solutions soient trouvées. »

La juge a tenu à visiter les ruelles boueuses de « la jungle », avant l'audience, afin de constater par elle-même les conditions de vie des migrants. Elle a ainsi visité le Centre d'accueil provisoire et les lieux de culte du camp.

Contrôler la population migrante

L'ordre d'évacuation vise la partie sud du camp de Calais, où plusieurs centaines de migrants s'entassent, dans le nord de la France. Le camp compterait, au total, quelque 3700 personnes, selon les autorités. Des associations estiment toutefois que le nombre de migrants du camp est plus élevé que les évaluations de l'État. Ces associations estiment que la seule partie visée par l'ordre d'évacuation compterait 3450 migrants, dont au moins 300 enfants seuls.

Le gouvernement français veut réduire la population du camp à 2000 personnes en relogeant le millier de migrants de la partie sud dans d'autres camps sur le territoire. C'est pourquoi la préfecture avait exigé l'évacuation d'une partie du camp. Les migrants devaient à l'origine avoir quitté le camp au plus tard à 19 h, heure locale, à défaut de quoi ils seraient expulsés par les forces de l'ordre.

« Nous ne pouvons pas accepter [...] qu'un bidonville continue à ainsi être érigé aux portes de Calais », a justifié le premier ministre français, Manuel Valls. « Il faut apporter une réponse humanitaire à cette situation » où les migrants vivent dans des conditions « indignes », a-t-il ajouté.

Les migrants n'entendent toutefois pas quitter les lieux. « Partir pour aller où? Nous allons rester ici, c'est sûr », a déclaré un Soudanais de 28 ans, Smaïn, à l'AFP. « On ne veut pas quitter Calais, car on ne veut pas s'éloigner de l'Angleterre, qui reste notre objectif », ajoute un autre Soudanais de 28 ans, John, installé dans « la jungle » depuis six mois.

La terre promise des migrants

Provenant de Syrie, d'Afghanistan ou du Soudan, les migrants s'entassent dans ce camp de fortune avec l'espoir de traverser vers le Royaume-Uni à la faveur de l'intense trafic de camions qui emprunte cette route.

L'État doit désormais attendre que la justice tranche dans le dossier. La décision ne se fera pas attendre trop longtemps puisqu'elle est prévue pour mercredi ou jeudi.

Le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a tenté de minimiser la portée de l'évacuation des migrants du camp en la qualifiant de « mise à l'abri ». Il a assuré que l'opération se fera de façon « progressive en privilégiant à chaque instant le dialogue, la persuasion et l'information des migrants ».

Le ministre Valls s'est également dit prêt à « prendre le temps qu'il faut » pour mener à bien cette « étape humanitaire ».

En pleine campagne référendaire sur la sortie ou le maintien du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne (UE), le premier ministre britannique, David Cameron, a profité de l'occasion pour mettre en garde sa population contre un éventuel rejet de l'UE.

M. Cameron a indiqué qu'une sortie de l'UE pourrait remettre en question les accords sur les contrôles frontaliers avec la France. Une situation qui pourrait entraîner un afflux de migrants dans le sud du Royaume-Uni.

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