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Suspension de l'intervention militaire en Gambie

Après avoir annoncé que ses troupes sont entrées en sol gambien jeudi pour déloger le président sortant Yahya Jammeh, la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) suspend son intervention militaire pour donner une chance aux efforts de médiation.

C’est le président guinéen, Alpha Condé, qui mènera les tractations pour tenter de convaincre Jammeh de céder le pouvoir à Adama Barrow. Un ultimatum est fixé pour vendredi à midi, heure locale, a précisé le président de la commission de la CEDEAO, Marcel Alain de Souza.

Si à midi, il [Yahya Jammeh] n'accepte pas de quitter la Gambie sous la bannière du Pr Condé, alors les troupes vont passer à l'intervention militaire proprement dite.

Marcel Alain de Souza, président de la commission de la CEDEAO

Il a ajouté qu’il est hors de question que Jammeh soit autorisé à rester en Gambie, mais, si la médiation réussit, il pourra s'exiler dans le pays de son choix. Il a laissé entendre aussi qu'il pourrait bénéficier d’une amnistie.

La dernière médiation en date, celle du président mauritanien, ne semble pas avoir porté ses fruits. Deux autres tentatives diplomatiques de la CEDAO se sont également soldées par un échec.

Quelque 7000 soldats venus du Sénégal, du Nigeria, du Ghana, du Togo et du Mali ont été mobilisés pour une intervention en Gambie. Des troupes avaient déjà pénétré dans ce pays, mais ordre leur a été donné de s’arrêter.

Les soldats pourraient rependre leur progresse en sol gambien, si Jammeh persiste à refuser de quitter le pouvoir, a indiqué De Souza.

Appui de l'ONU et des États-Unis

L’organisation ouest-africaine semble être confortée par la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, qui l’appelle à recourir en premier lieu à des « moyens politiques » pour faire entendre raison au président sortant.

Une première version de la résolution invitait la CEDEAO à prendre « tous les moyens nécessaires » pour déloger M. Jammeh du pouvoir.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a salué « la décision historique de la CEDEAO, avec le soutien unanime du Conseil de sécurité, de rétablir l'État de droit en Gambie afin d'honorer et de respecter la volonté du peuple gambien ».

M. Guterres a également appelé Adama Barrow pour lui exprimer « son soutien total ».

Le département d'État américain a exprimé lui aussi son soutien à cette intervention, considérant que « son objectif est de contribuer à stabiliser une situation tendue et de tenter de respecter la volonté du peuple gambien ».

Yahya Jammeh, dont le mandat expirait à 00 h 01, jeudi, se trouvait à sa résidence officielle de Banjul, selon un proche, qui précise qu'il avait l'intention d'y rester. Ce collaborateur, qui s’exprimait sous le couvert de l'anonymat à l’Associated Press, a laissé entendre que le président sortant résisterait à son arrestation.

Des doutes persistent toutefois quant à sa capacité de tenir tête à un éventuel assaut des troupes de la CEDEAO, l'armée gambienne comptant moins de 5000 hommes.

Qui plus est, la loyauté des militaires au président sortant est incertaine. L’Agence France Presse rapporte d’ailleurs que le chef de l'armée gambienne a fêté l'investiture d'Adama Barrow avec les partisans du nouveau président.

Adama Barrow assermenté

Un peu plus tôt dans la journée, le président élu, Adama Barrow, avait été assermenté à l'ambassade de son pays à Dakar, en présence notamment du premier ministre du Sénégal, du chef de la commission électorale gambienne et de représentants de la CEDEAO.

C'est un jour que les Gambiens n'oublieront jamais.

Le nouveau président gambien Adama Barrow

L’événement a donné lieu à des scènes de liesse dans des rues de la capitale gambienne, Banjul, qui sont d’ordinaire désertées depuis le début du bras de fer politique. Des partisans de Barrow ont manifesté leur joie et scandé leur slogan préféré : « La Gambie a choisi ».

Arrivé au pouvoir après un coup d’État en 1994, Jammeh refuse de quitter la présidence, sous prétexte que l’élection présidentielle de décembre dernier a été entachée de fraude. Il avait pourtant déjà reconnu sa défaite au scrutin.

Son refus du verdict des urnes l’a isolé sur les scènes africaine et internationale. Son isolement politique en Gambie se confirme aussi avec l’éclipse de son vice-président, Issatou Njie Saidy, un fidèle qui est depuis une vingtaine d'années à ce poste.

Plusieurs ministres ont démissionné ces derniers jours en signe de protestation, dont le dernier est celui de l'Enseignement supérieur.

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