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Syrie : l'ONU reconnaît ses manquements et craint une escalade « totale »

Le secrétaire général de l'ONU craint une escalade militaire totale en Syrie, situation qui, insiste-t-il, découle en partie de l'inaction de l'institution qu'il dirige. Pour Antonio Guterres, il est du devoir du Conseil de sécurité de mettre en place un mécanisme d'enquête capable d'identifier les coupables d'attaques aux armes chimiques. Et cela n'a toujours pas été fait.

« J'invite le Conseil de sécurité à s'acquitter de ses devoirs et à s'entendre sur un mécanisme spécialisé, impartial, objectif et indépendant pour attribuer la responsabilité de l'emploi des armes chimiques », a-t-il déclaré lors de la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU tenue vendredi sur la menace de tirs de missiles contre Damas.

M. Guterres trace ainsi un lien direct entre les tensions croissantes en Syrie et l'incapacité de l'ONU à mettre en place ce mécanisme de responsabilisation.

« Cela risque d'entraîner une véritable escalade militaire », a-t-il insisté auprès des grandes puissances de la planète, vendredi matin.

Selon les Casques blancs syriens et l'ONG Syrian American Medical Society, des dizaines de personnes ont été tuées le 7 avril à Douma dans une attaque aux « gaz toxiques » imputée par les Occidentaux au régime de Bachar Al-Assad, qui dément toute responsabilité.

Depuis, Moscou, Washington, Londres et Paris sont au centre d’une escalade de rhétorique guerrière. Tout se joue ici sur la preuve – ou le manque de preuve – quant aux commanditaires de cette attaque qui a fait au moins 40 morts.

Vendredi, la Russie a accusé la Grande-Bretagne d'avoir organisé une fausse attaque chimique à Douma, accusation audacieuse que Londres nie avec véhémence et qu’elle qualifie de « mensonge flagrant ».

Le général Igor Konashenkov, porte-parole du ministère de la Défense russe, a déclaré que les images des victimes de l'attaque présumée ont été mises en scène avec « l'implication directe de la Grande-Bretagne », sans fournir de preuves.

Il a accusé Londres d'avoir « exercé une forte pression » sur les Casques blancs syriens en zone rebelle, les premiers alertés de cette attaque chimique présumée, « pour mettre en place cette provocation préparée à l'avance ».

Toujours vendredi, les États-Unis ont officiellement annoncé avoir la preuve de la participation de Damas dans la présumée attaque chimique du 7 avril, et ce, « avec un très haut niveau de confiance ». Ils ne l’ont par contre pas rendue publique.

« Nous pouvons affirmer que le gouvernement syrien est derrière l’attaque », a déclaré Heather Nauert, porte-parole du département d'État, lors d'une conférence de presse. Lorsqu'on lui a demandé si les États-Unis avaient des preuves, elle a répondu que oui.

Mme Nauert a ajouté qu'une équipe de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) arriverait en Syrie samedi pour amasser des preuves.

Jeudi, le président de la France, Emmanuel Macron, a déclaré : « Nous avons la preuve que, la semaine dernière, il y a maintenant près de 10 jours, des armes chimiques ont été utilisées, au moins du chlore, et qu'elles ont été utilisées par le régime de Bachar Al-Assad. »

Le chef de l’État français s’est toutefois gardé de révéler ladite preuve.

Du côté de la Grande-Bretagne, on se montre plus prudent. Londres ne parle pas de preuve concluante de la participation du régime syrien dans l’attaque chimique présumée et préfère s'en remettre à la « coordination d'une réponse internationale » sur une éventuelle riposte miliaire, question qui divise profondément l'opinion et la classe politique du pays dirigé par Theresa May.

La riposte militaire de l’Occident

Les Occidentaux passaient donc en revue, vendredi, leurs options militaires pour punir le régime syrien, malgré les mises en garde répétées de Moscou et du patron de l'ONU.

Soutien indéfectible du régime de Bachar Al-Assad, le président russe, Vladimir Poutine, a mis en garde son homologue français Emmanuel Macron contre tout « acte irréfléchi et dangereux » en Syrie, qui pourrait avoir des « conséquences imprévisibles ».

De son côté, le régime de Bachar Al-Assad a averti l'ONU qu'il n'aurait pas d'autres choix que de se défendre s'il était attaqué.

Après avoir évoqué des frappes de missiles imminentes en milieu de semaine, le président américain a poursuivi activement les consultations avec les alliés des États-Unis sur les frappes punitives qu'il a promises sur Twitter.

Donald Trump s'est entretenu à ce sujet avec M. Macron, et des concertations entre conseillers militaires se sont tenues en fin de journée à la Maison-Blanche.

Selon le Wall Street Journal, qui cite des responsables de la Maison-Blanche, les responsables américains débattent encore de l'ampleur à donner à une opération militaire contre le régime de Damas.

M. Trump souhaite des représailles plus vastes que les options présentées par ses conseillers et serait « mécontent ». Il aurait fait part à son ministre de la Défense Jim Mattis de son souhait de frapper non seulement la Syrie, mais aussi de punir ses alliés, à savoir la Russie et l'Iran.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a pour sa part appelé les membres du Conseil de sécurité « à agir de manière responsable dans ces circonstances dangereuses ».

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