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Syrie : « La priorité est de prévenir le risque d'une guerre », déclare la Russie à l'ONU

Dans le conflit qui se dessine entre les États-Unis et la Russie en Syrie, le pays dirigé par Vladimir Poutine a adopté jeudi, aux Nations unies, un ton de détente, une première depuis l'escalade de propos guerriers entendus depuis samedi.

« La priorité immédiate est de prévenir le risque d'une guerre », a déclaré l'ambassadeur russe à l'ONU en exhortant les États-Unis et leurs alliés à s'abstenir de toute action militaire contre la Syrie en représailles à l'attaque chimique présumée de Douma le week-end dernier.

Prié de dire s'il faisait allusion à un conflit entre les États-Unis et la Russie, Vassili Nebenzia a déclaré aux journalistes : « Nous ne pouvons exclure malheureusement aucune possibilité, parce que nous avons vu les messages venant de Washington. Ils sont très belliqueux. »

« Le danger d'une escalade n'est pas seulement limité à la Syrie, il est plus élevé parce que notre armée est là-bas », a-t-il ajouté en qualifiant la situation de « très dangereuse ».

La Russie a finalement demandé que le Conseil de sécurité de l'ONU se réunisse vendredi pour discuter de la menace d'une action militaire menée par les États-Unis en Syrie.

Donald Trump a quant à lui entretenu le flou, jeudi, sur l'imminence d'une opération militaire contre la Syrie.

« Jamais dit quand une attaque contre la Syrie pourrait avoir lieu. Cela pourrait être très bientôt ou pas si tôt que cela », a-t-il écrit sur Twitter, à l'aube.

« Dans tous les cas, les États-Unis, sous mon administration, ont fait un super boulot pour débarrasser la région de l'EI [le groupe armé État islamique, NDLR]. Où est notre "Merci, l'Amérique''? », a-t-il ajouté.

Son secrétaire à la Défense, Jim Mattis, est pour sa part entré dans la danse jeudi après-midi avec une déclaration devant une commission de la Chambre des représentants. Il a dit en substance que Washington continue d'étudier les preuves qu'une attaque chimique a eu lieu.

« Je crois qu'il y a eu une attaque chimique, et nous sommes à la recherche de la preuve », a-t-il déclaré, tout en assurant vouloir éviter que la situation ne devienne « hors de contrôle ».

Les États-Unis souhaitent que des enquêteurs puissent recueillir des preuves sur le terrain, a ajouté Jim Mattis. Le général issu du Corps des marines prévient cependant qu'il devient de plus en plus difficile d’atteindre cet objectif à mesure que le temps passe.

« Nous n'avons pas encore pris la décision de lancer des attaques militaires en Syrie. [...] Lors d’une rencontre du Conseil de sécurité nationale plus tard [jeudi], nous allons mettre de l'avant diverses options pour le président », a-t-il spécifié.

La chaîne américaine NBC affirme toutefois que les États-Unis détiennent déjà la preuve. Dans un texte publié sur son site Internet à 13 h jeudi, le réseau cite deux responsables américains qui affirment que les États-Unis auraient mis la main sur des échantillons de sang et d'urine provenant de l'attaque meurtrière de samedi, en Syrie, et que des tests auraient révélé qu’ils contiennent des traces d’armes chimiques.

Les échantillons contiendraient du chlore gazeux ainsi qu’un agent neurotoxique non identifié.

Généralement, ce type d’échantillon est obtenu dans les hôpitaux et recueilli par des agents du service de renseignement américain ou d’un service étranger sur le terrain. Les deux responsables américains se disent donc « confiants » de la véracité du résultat de l’analyse, mais pas à 100 %.

Toujours selon les deux responsables cités par NBC, les États-Unis détiennent d’autres renseignements – recueillis par leurs agents ainsi que par des agents d’autres pays –, dont des images, qui indiquent que le gouvernement syrien est à l'origine de l'attaque de samedi à Douma.

Le régime Assad et ses alliés, la Russie et l'Iran, nient toute attaque chimique à Douma.

La France dit avoir la preuve

Si les États-Unis sont dans une course contre la montre pour trouver des preuves de l’attaque aux armes chimiques qu’aurait commise le régime syrien contre la ville rebelle de Douma, le président français Emmanuel Macron a quant à lui affirmé jeudi qu'il les avait déjà.

« Nous aurons des décisions à prendre en temps voulu, quand nous le jugerons le plus utile et le plus efficace », a-t-il poursuivi, précisant qu'il est toujours en contact étroit avec le président américain Donald Trump à ce sujet.

La décision d'une éventuelle opération militaire interviendra « une fois que nous aurons vérifié toutes les informations », a encore dit le chef de l'État français, avec l'objectif d'« enlever les moyens d'intervention chimique au régime ».

Le président Macron a assuré qu'il gardait également le contact avec le président russe, Vladimir Poutine, pour qui toute cette histoire n'est que « provocations et spéculations » et qui appelle au « bon sens » face à un théâtre mondial « de plus en plus chaotique ».

M. Macron lui a répondu en affirmant que la France ne participerait à aucune « escalade », mais qu'elle ne pouvait laisser impunis « des régimes qui se croient tout permis, en particulier le pire en contravention du droit international ».

« Ce que nous faisons aujourd'hui, et ce que nous serons conduits à faire en Syrie, c'est de rester sur nos priorités et d'assurer la stabilité au maximum de cette région, et donc en aucun cas la France ne laissera une escalade se faire ou quoi que ce soit qui puisse endommager la stabilité de la région », a lancé Emmanuel Macron.

La chancelière allemande n'a pas tardé à appuyer tacitement son allié français, lors de commentaires adressés à la presse, à Berlin.

« Nous devons maintenant reconnaître qu'il est évident que la destruction [des armes chimiques syriennes] n'a pas été totale », a-t-elle fait valoir, tout en précisant que son pays ne participera pas à une opération militaire occidentale contre Damas.

Londres jauge ses options

À Londres, la première ministre Theresa May a convoqué une réunion de son gouvernement jeudi après-midi pour étudier une possible participation britannique à une opération militaire contre la Syrie.

Lors de cette réunion d'urgence, le gouvernement britannique a jugé « nécessaire de prendre des mesures » contre l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, mais s'en est remis à la « coordination d'une réponse internationale ».

« Le gouvernement a convenu qu'il était nécessaire de prendre des mesures pour empêcher l'utilisation d'armes chimiques par le régime d'Assad », a déclaré l’exécutif britannique.

Le gouvernement a par ailleurs souligné que Theresa May devait « continuer de travailler avec les alliés, les États-Unis et la France, pour coordonner une réponse internationale ».

Il a jugé « très probable » la responsabilité de Damas dans l'attaque chimique présumée.

Plus tôt jeudi, Mme May avait ordonné à des sous-marins de la Royal Navy de se déplacer près de la Syrie, en vue d'une éventuelle frappe qui pourrait avoir lieu dès jeudi soir, selon le Daily Telegraph.

Le chef de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a de sonc côté demandé à en savoir plus sur la prétendue attaque chimique de Douma et demande que le Parlement soit consulté par le gouvernement avant toute action militaire.

En 2013, le Parlement avait rejeté une action militaire contre le régime syrien, là aussi après des accusations d'attaques chimiques.

L’Iran et la Russie restent fidèles à Bachar Al-Assad

À Moscou, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a appelé les Occidentaux à « réfléchir sérieusement aux conséquences possibles de telles accusations, menaces et actions planifiées » envers la Syrie.

« Toute action ne contribuera qu'à déstabiliser davantage la région », a pour sa part commenté Bachar Al-Assad en recevant à Damas Ali Akbar Velayati, le conseiller du guide suprême iranien Ali Khamenei, selon les comptes de la présidence syrienne sur les réseaux sociaux.

M. Assad et son hôte estiment que « les menaces de certains pays occidentaux concernant une agression contre la Syrie étaient basées sur des mensonges qu'ils ont eux-mêmes créés avec leurs agents, les groupes terroristes, après la libération de la Ghouta orientale », a aussi rapporté la présidence syrienne.

Dans une entrevue accordée mercredi à la télévision nationale iranienne, lors d'une visite dans la Ghouta orientale en ruines, M. Velayati a promis que son pays resterait aux côtés de la Syrie face à « toute agression étrangère ». Il a dit être d'avis que « la progression militaire des forces syriennes face aux groupes terroristes irrite les ennemis de la Syrie ».

Le conseiller de l'ayatollah Khamenei a également dit souhaiter que la ville rebelle d'Idlib, dans le nord du pays, soit « très vite libérée » et que les Américains soient chassés de l'est de la Syrie, où ils demeurent installés dans le cadre de leur lutte contre l'EI.

« L'est de l'Euphrate est également une région très importante. Nous espérons que des mesures seront prises afin de libérer cette zone et d'en expulser les occupants américains », a-t-il ajouté.

M. Velayati a répété les mêmes propos jeudi, lors d'une conférence de presse à Damas.

À l'ONU, l'ambassadeur syrien Bachar Al-Jaafari a fait savoir que deux groupes de spécialistes de l'Organisation internationale sur les armes chimiques (OIAC) viendront en Syrie. Ils « arriveront séparément en Syrie jeudi ainsi que demain, vendredi », a-t-il déclaré.

L'OIAC a confirmé que ses équipes commenceront leur enquête samedi. L'organisation doit aussi se réunir lundi pour discuter de l'attaque chimique présumée perpétrée à Douma.

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