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Syrie : le Conseil de sécurité de l'ONU approuve à l'unanimité l'initiative de paix

Le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) a adopté à l'unanimité, samedi, la résolution proposée par Moscou et Ankara en faveur d'un cessez-le-feu et de négociations pour résoudre la crise en Syrie, mais sans en entériner les modalités.

Le Conseil « accueille avec satisfaction et soutient les efforts de la Russie et de la Turquie pour mettre fin à la violence en Syrie et faire démarrer un processus politique » de règlement du conflit qui ravage le pays depuis près de six ans.

Le texte a été adopté, après avoir été modifié à la dernière minute devant la réticence de plusieurs membres, à l’issue de consultations à huis clos, a indiqué le Conseil.

Le Conseil s'est contenté de « prendre note » de l'accord présenté par les Russes et les Turcs le 29 décembre, sans les Américains. Selon des sources diplomatiques, le texte russe original proposait d'entériner l'accord alors que la version approuvée le salue et le soutient.

Les États-Unis, alliés de l'opposition, ont été écartés pour la première fois de cette initiative de paix.

Le Conseil de sécurité a aussi réitéré la nécessité de respecter « toutes les résolutions pertinentes de l'ONU » sur la Syrie, rappelant une résolution de décembre 2015, proposée par Washington, qui suggérait une feuille de route complète de sortie de crise.

Trois semaines avant son départ, l'administration du président sortant Barack Obama a qualifié l'initiative de paix « d'évolution positive ».

Les négociations devraient se dérouler à la fin du mois de janvier, à Astana, au Kazakhstan, en présence du gouvernement syrien et de l'opposition avant la reprise, le 8 février, des discussions organisées à Genève par les Nations unies. Une « étape importante », a souligné le Conseil.

Les pourparlers seront chapeautés par la Russie et l'Iran, alliés de Bachar Al-Assad, et la Turquie, qui soutient les insurgés.

Il s'agit d'une première pour la Turquie, qui n'a jamais parrainé un tel accord. De nouveaux rapprochements avec la Russie de Vladimir Poutine, en faveur de la paix à la suite de son intervention militaire auprès du régime syrien, ont favorisé ce changement.

Demande de clarifications

Plusieurs pays membres du Conseil réclament des clarifications, notamment sur les modalités de surveillance du cessez-le-feu, le rôle des Nations unies et l'accès humanitaire.

« Le texte de l'accord russo-turc présenté au Conseil [...] comporte toujours des zones d'ombre », a critiqué l'ambassadeur adjoint français, Alexis Lamek.

« Nous ne voulons pas entériner un accord dont nous ne comprenons pas toutes les implications », a dit pour sa part l'ambassadeur néo-zélandais Gerard van Bohemen.

Selon l'Armée syrienne libre (ASL), l'opposition et le gouvernement auraient signé deux versions différentes de l'accord de cessez-le-feu. Sans préciser de quoi il s'agit, elle affirme qu'une version ne mentionne pas « un certain nombre de points essentiels qui ne sont pas négociables. »

L'ASL avait d'ailleurs invité le Conseil à attendre que le régime de Bachar Al-Assad et la Russie prouvent leur bonne foi avant d'approuver l'accord.

Toute négociation politique qui conduirait à l'affaiblissement du pouvoir du gouvernement en Syrie ou à offrir une partie de la Syrie à des groupes terroristes ou à une occupation militaire étrangère est vouée à l'échec.

Ali Chamkhani, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale en Iran

De son côté, le ministère français des Affaires étrangères a salué l'adoption de la résolution. La France « souhaite désormais que ce cessez-le-feu soit pleinement respecté, afin de préserver la vie des civils et de permettre un plein accès de l'aide humanitaire ».

« L'urgence est aussi que les négociations politiques reprennent sous l'égide des Nations unies, sur la base du communiqué de Genève et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. La France y prendra toute sa part », a poursuivi le porte-parole du ministère.

Une trêve chancelante

La trêve, entrée en vigueur vendredi à minuit sur tout le territoire syrien, est la troisième depuis le début de l'année. Le groupe armé État islamique et le Front Fatah al-Cham sont toutefois exclus de cet armistice.

Les violations constantes par le régime et les bombardements et tentatives de zones contrôlées par les forces révolutionnaires rendront l'accord nul et non avenu.

L'Armée syrienne libre (ASL)

Même si « le calme régnait dans la plupart des régions syriennes », selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, des frappes aériennes visant des territoires occupés par des rebelles ont été recensées.

« Quelques affrontements et des bombardements à l'artillerie du régime ont eu lieu dans la région de Wadi Barada, près de Damas, et dans la ville de Deraa », a affirmé le directeur.

Juste avant 20 h, heure locale, deux représentants des rebelles ont annoncé que les raids aériens avaient cessé et que le cessez-le-feu tenait toujours, bien que les accrochages se poursuivent.

Plus de 310 000 personnes sont mortes à cause de la guerre en Syrie et des millions ont quitté le pays depuis mars 2011, selon un bilan établi par l'OSDH.

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