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Syrie : « Nous avons perdu notre humanité », dénonce un médecin de guerre

En Syrie, une véritable tragédie humanitaire s'intensifie d'heure en heure dans la Ghouta orientale, région située en banlieue de Damas, la capitale. Certes, la communauté internationale s'indigne, mais pour le médecin humanitaire Raphaël Pitti « nous avons perdu notre humanité » dans la manière dont nous traitons le problème et le peuple syrien.

« Nous entrons dans le 21e siècle avec un déni du droit humanitaire international que nous avions réussi à mettre en place dans les 40 années qui ont suivi la fin du 20e siècle. Il en va de notre honneur. Nous avons perdu notre humanité », a lancé, comme cri du cœur, le Dr Pitti en entrevue à l’émission 24/60, mercredi.

La Ghouta orientale, où 400 000 civils sont pris au piège, est contrôlée par les rebelles depuis cinq ans maintenant. Mais depuis dimanche dernier, les forces syriennes de Bachar Al-Assad mènent des offensives aériennes répétées pour tenter de chasser les rebelles et leurs alliés.

Le bilan de ces frappes est accablant : 310 morts, dont des dizaines d'enfants, et plus de 1000 blessés graves.

« Tout ce qu’on peut imaginer comme crime contre l’humanité est perpétré en Syrie et en particulier à la Ghouta », affirme le Dr Pitti, qui s’est rendu près d’une vingtaine de fois en Syrie depuis le début du conflit.

Il a lui-même vu les ravages de l’utilisation du chlore par le régime de Bachar Al-Assad. Mais comme il est difficile de faire la preuve de l’utilisation d’armes chimiques, M. Pitti a l’impression que cela n’est pas pris en compte par la communauté internationale, elle qui avait pourtant fait de l’utilisation de ce genre d’arme une « ligne rouge » infranchissable.

« Le véritable complice qui maintient Assad et qui lui permet de faire ce qu’il ose faire, c’est la Russie, et nous ne prenons pas les moyens de faire pression sur la Russie. Il faudrait qu’il y ait des sanctions qui soient prises contre la Russie, qui continue à soutenir un criminel de guerre », déplore-t-il.

Pour Raphaël Pitti, nous assistons à l’acte final dans la Ghouta orientale, à un désir, voire à une volonté de destruction pour faire céder les rebelles qui sont à l’intérieur de la ville.

Tout comme ce qui s’était passé à Alep, les rebelles n’auront d’autres choix que de négocier leur départ de la ville, au moment où ils ne seront plus en mesure d’y survivre.

Les soignants, les « véritables héros »

Dans cette situation de crise humanitaire à la Ghouta, le Dr Pitti a une pensée toute spéciale pour ses collègues internationaux et syriens qui tentent de soigner les gens qui vivent au cœur de la guerre.

Visiblement sous le coup de l’émotion, il a notamment relaté sa discussion avec un médecin syrien coincé dans les bombardements à la Ghouta, mardi. Après lui avoir parlé pendant une dizaine de minutes, le médecin de 28 ans a cessé de répondre. Il était mort au bout du fil, sous les bombardements.

D’après le recensement de l’ONG avec qui M. Pitti est en contact en Syrie, plus de 800 soignants sont morts sur le terrain au cours des sept dernières années en tentant de sauver des vies.

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