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Tchernobyl : « Les gens nous surnomment les lucioles »

Les résidents de villages russes contaminés lors de l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, il y a 30 ans, continuent d'être exposés aux radiations.

Raymond Saint-Pierre

  Un texte de Raymond Saint-Pierre

Le 26 avril 1986, un réacteur de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine, explosait, provoquant la pire catastrophe nucléaire de l'histoire. Une zone d'environ 150 000 kilomètres carrés a été contaminée dans le nord de l'Ukraine, l'ouest de la Russie et le sud-est du Bélarus.

Le nuage radioactif s'est abattu, 160 kilomètres plus loin, sur le village de Novozybkov, dans la région de Briansk, en Russie, affectant la santé de trois générations de villageois.

Nous y avons été accueillis par un groupe de femmes en colère. Le gouvernement a récemment réduit ou éliminé les subventions qui les aidaient à se procurer des aliments sains, venus de l'extérieur, et à protéger leur santé.

Plusieurs ont tenté de quitter le village pour aller dans la grande ville de Briansk, mais ils se disent ostracisés, raconte Natasha Spiridonova.

« Ils se méfient aussi de nos enfants, parce qu'ils sont de la zone, affirme-t-elle. On est tous revenus ici, on n'a pas le choix. »

Le village a été décontaminé dans les années 90, mais il reste encore des zones où le taux de radiations demeure très élevé, par exemple devant l'école et tout autour, dans les champs et la forêt.

Malgré tout, Paulina Kotchevnikova s'est résignée à rester ici.

Elle doit s'occuper de ses trois petits-enfants devenus orphelins. Elle reçoit une maigre pension de vieillesse et compte donc sur son jardin pour se nourrir.

« La radioactivité est partout dans le sol, mais qu'est-ce qu'on peut y faire?, dit-elle. Mes petits-enfants préfèrent mes pommes de terre, alors j'en plante. »

Un taux élevé de cancers

À l'hôpital du village, on note un taux élevé de cancers. Le Dr Victor Khanayev estime qu'un patient sur trois a une maladie causée ou aggravée par les radiations. Il note un taux élevé de cancers de la thyroïde.

Il croit que la population a encore grand besoin qu'on l'aide à bien s'alimenter. « Nous, les gens du coin, vivons les effets des radiations et nous savons que ça va durer encore longtemps, pense-t-il. Pour se protéger, il faut manger des aliments d'ailleurs. C'est pour ça qu'on espérait conserver l'aide financière de l'État. »

Des aliments contaminés

Bien des gens continuent d'aller en forêt, notamment pour cueillir des champignons, qui entrent dans la cuisine traditionnelle. On en vend même au marché.

Les champignons sont les aliments qui accumulent le plus de radiations et qui sont les plus dangereux pour la santé. Les gens le savent, mais ils les mangent quand même.

Trente ans, c'est long, et les vieilles habitudes ont tôt fait de reprendre le dessus. Après tout, les radiations, on ne les voit pas. C'est d'autant plus facile de les oublier, de faire comme si elles n'existaient pas.

Tenter d'alerter la population

Le groupe environnementaliste Greenpeace s'est donné comme mission d'alerter les populations et les autorités du danger toujours bien présent des radiations.

Alexei Kiselyev est expert en protection contre les radiations pour Greenpeace. Il a emmené un groupe de journalistes là où se trouvait le village de Svyats. À plusieurs endroits, le taux de radiations demeure très élevé, mais rien n'empêche les chasseurs ou les cueilleurs de venir à cet endroit.

À cause du degré de radiations, personne ne devrait rester ici plus de quatre heures. Pourtant, on y a retrouvé Victor Strelkov. Il a construit un site de culte, où reviennent plusieurs fois par année des centaines d'anciens résidents du village membres d'un groupe appelé Les vieux croyants. Il fait peu de cas des radiations.

Il reste encore beaucoup de travail à faire auprès des populations. À Verishiky, nous avons vu une vieille dame qui avait perdu le contrôle du feu de broussailles qu'elle avait allumé, une pratique très courante, mais interdite. Une équipe de pompiers de Greenpeace est allée aider les sapeurs locaux à l'éteindre. Ce genre de feu peut causer une catastrophe.

C'est pour ça que cette équipe de Greenpeace va chaque jour sur le terrain voir s'il n'y a pas de feu de tourbe, un type de sol où se concentrent les particules radioactives. Anton Binislavsky dirige ce groupe de pompiers.

L'autre crainte, c'est que le feu se répande dans la forêt, où les arbres sont aussi contaminés.

Le problème, dans la région de Briansk, c'est que la plupart des communautés qui se trouvent dans des zones dites « d'évacuation » n'ont pas été évacuées. Les autorités n'ont pas interdit l'accès à ces territoires, comme on l'a fait en Ukraine et au Bélarus.

Il s'agit de 120 000 à 200 000 personnes qui n'avaient pas les moyens d'aller ailleurs ou qui sont rentrées dans leurs villages, toujours hantés par Tchernobyl 30 ans plus tard, et qui se sentent abandonnées par leur gouvernement.

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