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Tension en Lettonie, à l'arrivée d'un groupement tactique de l'OTAN

Le groupement tactique international de l'OTAN, qui comprend des centaines de soldats canadiens, s'apprête à être déployé en Lettonie, dans le but de rassurer ce pays, inquiet, comme d'autres dans la région, de l'annexion de la Crimée par la Russie. Mais l'arrivée des Canadiens n'est pas vue d'un bon oeil par tous les Lettons.

Un texte de Raymond Saint-Pierre

Dans la partie est de la Lettonie, dans le village de Viski, les célébrations du centenaire de l’indépendance de la Lettonie se sont amorcées dans un contexte de tensions avec la Russie.

Le drapeau est brandi avec respect et des centaines de participants ont défilé en costumes traditionnels.

Toutefois, les Lettons ont bien en mémoire l’annexion de leur pays et des autres pays baltes par l’Union soviétique, de 1945 à 1990. À l’époque, toute célébration de l’indépendance du pays était interdite. Encore aujourd’hui, une bonne partie de la population se méfie du pays voisin, la Russie.

C’est pour cette raison qu’on retrouve des militaires canadiens, au camp Adazi, dans la région de la capitale lettone, Riga.

Ils achèvent présentement de préparer un camp militaire qui va accueillir, dès le 19 juin, plus de 1000 militaires de l’OTAN – d’Espagne, d’Italie, de Pologne et d’Albanie –, dont 450 Canadiens.

En fait, le Canada assumera le commandement de ce bataillon multinational, un des quatre bataillons formés pour rassurer les quatre pays voisins de la Russie.

« Ça n’a pas été conçu comme une force d’agression, une force offensive. Le but, c’est d’avoir un élément de dissuasion, de défense », dit le colonel canadien John Major, commandant du groupe tactique multinational.

Un accueil mitigé

Selon un récent sondage, une nette majorité de Lettons se disent rassurés par l’arrivée de troupes de l’OTAN, et appuient les sanctions imposées à la Russie en réaction à l’annexion de la Crimée. Mais une importante minorité russe est loin de partager cet enthousiasme.

Au cours des célébrations de l’indépendance à Viski, une chorale de plusieurs centaines de personnes a repris un air connu où l'on dit de la langue lettone qu’elle est limpide comme de l’eau de source, une impression que ne semble pas partager une bonne partie de la minorité russe ici.

La deuxième ville du pays, Daugavpils, se trouve à 120 kilomètres de la frontière russe, et on se croirait en Russie. Au marché, tout est affiché en russe.

« Ici, on ne se sent pas menacés », dit un résident, Genady, alors on n’a pas besoin de ces militaires canadiens ou américains. »

« Quand des militaires arrivent, ça crée toujours de la tension, de l’anxiété », ajoute Zoya. « On n’a pas besoin d’eux. »

Cette dame fait partie des 225 000 personnes qu’on appelle les non-citoyens – des résidents de cette minorité russe qui n’ont pas pu ou qui n’ont pas voulu passer l’examen exigé par le gouvernement servant à démontrer leur connaissance de la langue lettone.

Ils ne peuvent donc pas voter et n’ont pas droit à la pension de vieillesse.

Dans cette même ville de Daugavpils, qui est à 80 % russe, Arvis Soldans, propriétaire d’un bar et d’un restaurant, reste ferme. Il refuse d’utiliser une autre langue que le letton, la langue du pays, avec ses clients.

« Oui, il y a des Russes radicaux qui disent : "vous ne parlez pas russe, alors on va ailleurs, mais c’est leur problème." »

Le leader de l’Union des Russes lettons, Juris Zaicev, dit que ces gens sont inquiets à cause de cette imposante présence militaire. « Bien sûr, il y a de la discrimination contre les russophones. Augmenter la présence militaire dans un tel contexte ne peut amener rien de bon. »

Contrer les fausses nouvelles

Ce déploiement militaire donne de l’eau au moulin des médias russes, que nombre de russophones écoutent à Daugavplis, qui reprennent le message du Kremlin voulant que les Russes de Lettonie soient victimes de mauvais traitements. Il s’agit de la même raison invoquée, en 2014, pour justifier l’annexion de la Crimée et l’appui aux rebelles dans l’est de l’Ukraine.

D’ailleurs, selon le colonel Ilmars Lejins, qui commande la brigade d’infanterie des forces lettones, les Canadiens font face à une menace bien réelle et omniprésente dans la région : la désinformation.

Selon le commandant responsable de la préparation des installations, le lieutenant-colonel Hugo Delisle, les militaires canadiens qui seront déployés en Lettonie savent bien à quoi ils seront exposés.

« C’est ce qu’on fait avec nos militaires présentement et on n’a aucun problème. La situation est comprise et on a pu travailler de façon très positive en arrivant en Lettonie », précise M. Delisle.

Dans un tel contexte, les militaires canadiens devront faire preuve de beaucoup de tact et de diplomatie.

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