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Tensions avec la Corée du Nord : vraie menace ou énième bravade?

Depuis plusieurs semaines, la Corée du Nord multiplie les tirs de missiles et les déclarations belliqueuses à l'endroit des États-Unis. Le président américain, Donald Trump, riposte en déployant sa flotte de guerre et en faisant des affirmations fracassantes. Les pays voisins craignent un possible embrasement. Pourra-t-on éviter le conflit?

1. Comment en est-on arrivés là?

Les tensions dans la péninsule coréenne ne sont pas nouvelles, rappelle Benoît Hardy-Chartrand, spécialiste des questions politiques et sécuritaires en Asie-Pacifique, chercheur au Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale et chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.

« Les tensions entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, d’une part, et entre la Corée du Nord et les États-Unis, d’autre part, ont toujours été présentes […] depuis la fin de la guerre de Corée, en 1953 », souligne-t-il.

La Corée du Sud et la Corée du Nord sont théoriquement toujours en guerre, puisque Séoul n’a jamais signé l’armistice de Panmunjeon, conclu le 27 juillet 1953 entre la Chine, l’ONU et la Corée du Nord, et qui a créé la zone démilitarisée.

Par contre, cette fois, le contexte est différent. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui tient un discours beaucoup plus guerrier, a contribué à l’escalade. L’intensification des tests de missiles nord-coréens, depuis plus d’un an, a aussi joué un rôle.

C’est également l’avis de Brian Job, directeur associé de l’Institut de recherche sur l’Asie et professeur de sciences politiques à l’Université de la Colombie-Britannique.

« Nous nous sommes habitués à vivre avec une Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire », affirme-t-il. « Le dilemme est que Kim Jong-un est en train de développer des armes qui pourront frapper n’importe où dans le monde. »

La menace va aller en augmentant au cours des prochaines années, souligne M. Job, qui rappelle que le leader nord-coréen semble déterminé à continuer sur la même voie et que la possibilité d’un conflit n’a pas l’air de le préoccuper.

Selon les experts, la Corée du Nord serait en train de développer une nouvelle génération de missiles à combustible solide, plus difficiles à détecter, et pourrait bientôt tester un missile balistique intercontinental capable d’atteindre les États-Unis.

2. Comment pourrait-on désamorcer la crise?

La solution passe impérativement par la patience et le dialogue, croit Benoît Hardy-Chartrand. « Chaque année, il y a une hausse de tension en mars et avril, lors des exercices militaires conjoints réalisés par Washington et Séoul », rappelle-t-il. Cette tension redescend ensuite par elle-même.

Mais pour régler la question à moyen et à long terme, il faut rasseoir toutes les parties autour de la table. Le problème est que les conditions qu’elles posent pour le retour au dialogue sont irréconciliables.

Les États-Unis demandent à la Corée du Nord de promettre d’abandonner son programme nucléaire et Pyongyang exige d’être reconnue comme une puissance nucléaire.

La Chine a aussi un rôle majeur à jouer dans la résolution des tensions, affirme Michael O’Hanlon, de l’Institut Brookings. « La pression économique chinoise est l’avenue la plus prometteuse pour obtenir quelque chose de Pyongyang », croit-il.

La Chine est le principal partenaire économique de la Corée du Nord. Cette dernière réalise 90 % de ses échanges avec Pékin. En février, peu après l'assassinat à Kuala Lumpur du demi-frère de Kim Jong-un, les autorités chinoises ont annoncé l'interruption des importations de charbon en provenance de la Corée du Nord.

Des élus au Congrès américain font maintenant pression pour que les États-Unis imposent des sanctions secondaires aux compagnies chinoises qui continuent de faire des affaires avec la Corée du Nord.

Pour arrêter l’escalade, M. O’Hanlon pense également que le Conseil de sécurité de l'ONU devrait être prêt à lever partiellement les sanctions qui pèsent sur Pyongyang si celui-ci s’engageait à geler son programme nucléaire et à ne pas procéder à de nouveaux tests.

Il est de loin préférable, estime-t-il, de voir « la Corée du Nord suspendre ses capacités nucléaires là où elles en sont aujourd’hui plutôt que de les voir se développer en quantité et en qualité ».

Certains experts donnent l’exemple de l’accord conclu avec l’Iran en 2015. Les États-Unis ont fait d’importantes concessions, acceptant notamment que l’Iran continue à produire de l’uranium faiblement enrichi, et Téhéran a accepté que l'Agence internationale de l'énergie atomique encadre son programme nucléaire pour 10 ans.

3. Un affrontement militaire est-il envisageable?

Ce serait « très surprenant », pense Benoît Hardy-Chartrand, qui croit qu’on assiste plutôt à du « bombage de torse » des deux côtés.

Par contre, selon le chercheur, la Corée du Nord va continuer à provoquer, mais sans toutefois dépasser la « ligne rouge ». « Elle a toujours réussi à provoquer ses voisins sans jamais faire un geste ayant mené à des représailles directes de la part de la Corée du Sud ou des États-Unis », conclut-il.

Brian Job, lui, est surtout inquiet du développement d’armes nucléaires.

Des militaires américains ont observé ces dernières semaines une « activité » autour des sites d’essai nucléaire en Corée du Nord, ce qui laisse à penser que Pyongyang se prépare à un nouveau test.

« Le prochain signal important sera de voir s’il y a ou non un test nucléaire » , croit M. Job.

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