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Terrorisme : le SCRS identifie des indices pour déceler le passage de la parole aux actes

Les Canadiens qui se sont récemment engagés dans des activités terroristes l'ont fait en moyenne 12 mois après s'être radicalisés, mais les jeunes le font plus rapidement, conclut une étude du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) visant à comprendre comment se produit le passage de la parole aux actes.

Un texte de François Messier

Sobrement intitulée Recherche sur la mobilisation à la violence, l'étude s’appuie sur l’examen des dossiers d’une centaine de Canadiens qui ont « basculé » dans le terrorisme au cours des dernières années. Elle avait pour objectif ultime d’établir « une liste d’indices ayant une véritable valeur diagnostique » pour déterminer si une personne emprunte cette route.

La grande majorité des dossiers soumis à l’examen sont ceux de gens qui ont voyagé à l’étranger à des fins extrémistes, notamment pour se joindre au groupe armé État islamique. Du lot, 20 % étaient des femmes, « une proportion qui augmente au fil du temps », indique l’étude, entreprise après les attentats d’Ottawa et de Saint-Jean-sur-Richelieu, en 2014.

Le SCRS explique qu’il calcule la vitesse de mobilisation à partir du nombre de jours écoulés « entre la fin de la radicalisation et la date du premier indice observé ». Quelqu’un qui a demandé un passeport un 15 janvier et qui s’est envolé pour la Syrie le 15 mars aura ainsi mis deux mois à se mobiliser.

Dans les faits, les cas de « mobilisation spontanée », soit en moins de cinq jours, sont « rares », indique le SCRS, contredisant le mythe de la « radicalisation-éclair » selon lequel « l’intervalle entre la radicalisation et le basculement dans le terrorisme est de plus en plus court ».

Les jeunes se mobilisent souvent en groupe

Selon le service, la mobilisation se traduit souvent d’abord par un « changement dans le programme d’entraînement physique », puis par une série « d’activités financières » (se rendre à la limite d’une carte de crédit, vendre ses effets personnels, etc.) permettant au terroriste en devenir d’obtenir les moyens de parvenir à ses fins.

Au cours des derniers mois du processus, ces indices sont plutôt liés à « la mise en ordre des affaires » (remboursement de dettes, rédaction d’un testament, vente du reste des biens matériels) et aux activités concrètes permettant de passer à l’acte, comme l’achat d’un billet d’avion vers une zone où des organisations terroristes sont actives.

Ces indices ont « tendance à apparaître en grappes et à s’insérer dans une séquence de progression logique » pour la personne radicalisée.

Les jeunes de moins de 21 ans se mobilisent toutefois plus rapidement que les adultes, précise le SCRS, et cette mobilisation est « relativement minimaliste ». « Dans les cas les plus extrêmes, elle ne requiert rien de plus qu’un passeport, un billet d’avion et un prétexte pour voyager », soulignent les auteurs.

Par ailleurs, 80 % de ces jeunes « se mobilisent en groupes d’au moins deux personnes », note le SCRS.

« Les jeunes femmes plus particulièrement se mobilisent rarement seules. Les relations d’amitié et les liens amoureux semblent aussi être extrêmement importants dans leur processus de mobilisation », ajoute-t-il.

La mobilisation en groupe est plus rapide

Or, la mobilisation en groupe a tendance à être « plus rapide » puisque les membres peuvent s’entraider en vue d’atteindre leur objectif, que ce soit en partageant de l’argent ou du matériel, comme des téléphones cellulaires. Elle peut aussi rendre « plus difficile l’observation des indices de mobilisation », ajoute le SCRS.

Au sujet des femmes qui décident de s’engager dans le terrorisme, l’étude souligne qu’elles ont « toute une gamme d’intentions extrémistes, pas seulement celle de soutenir les combattants de sexe masculin ».

Le SCRS note en outre que 27 % des personnes radicalisées qui ont fini par se mobiliser avaient des antécédents criminels, mais pas nécessairement pour des gestes de violence. Il s’écoule cependant en moyenne quatre ans entre le dernier acte criminel recensé et la mobilisation en vue d’une activité terroriste.

Le Service canadien du renseignement de sécurité confirme par ailleurs que les gestes posés en vue d'une mobilisation concrète « sont souvent impossibles à éviter » et donnent lieu à des « fuites », volontaires ou non, de sorte que les proches des individus qui les commettent peuvent constater « des activités et des comportements qui révèlent la mobilisation imminente à la violence ».

Le SCRS reconnaît que tous les extrémistes ne passent pas à l'acte, et que la présence d’un ou de plusieurs indices du genre chez un individu n’est pas une garantie qu’une personne radicalisée passera à l’action.

Les basculements se produisent plutôt dans un « contexte d’intention d’extrémiste » et sont aussi influencés par d’autres facteurs, dont l’état de santé mentale, la pression des pairs et la propagande.

Qui plus est, « les indices qui sont importants aujourd’hui pourraient bien ne plus l’être demain », souligne le SCRS, qui plaide pour la poursuite et le perfectionnement des analyses.

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