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Tillerson somme Moscou de laisser tomber Bachar Al-Assad

Le secrétaire d'État américain a lancé un ultimatum à la Russie sur fond de crise syrienne. Rex Tillerson somme Moscou de se ranger aux côtés de Washington et de ses alliés et de mettre fin à son alliance avec la Syrie, une collaboration qui, souligne-t-il, ne sert pas les intérêts russes à long terme.

M. Tillerson est arrivé à Moscou en journée afin de tenter d’inciter son homologue russe, Sergueï Lavrov, à laisser tomber le président Bachar Al-Assad afin de dénouer l’impasse syrienne.

« Il est clair pour chacun d’entre nous que le règne de la famille Al-Assad tire à sa fin », a déclaré M. Tillerson, fort de l'approbation par les autres membres du G7 des représailles menées contre la Syrie pour l’attaque au gaz toxique contre Khan Cheikhoun perpétrée, selon l'Occident, par Al-Assad.

« En ce qui a trait à la façon dont ça se terminera et la transition qui s’ensuivra, elle pourrait s’avérer très importante, selon nous, pour la pérennité et la stabilité intérieure d’une Syrie unifiée. »

L’attaque au gaz toxique, qui a choqué le monde, tout comme le président américain Donald Trump, a contribué au rapprochement entre les États-Unis et l’Europe occidentale, dont les relations s’étaient tendues dans la foulée de l’élection du nouveau président américain.

Saluée par l’Occident, la réplique américaine contre une base militaire syrienne, en guise de riposte à l'attaque au gaz, a resserré les rangs du G7 et de l’OTAN.

L’attaque de Khan Cheikhoun a fait 87 morts, dont de nombreux enfants. Les symptômes éprouvés par les victimes laissent croire aux Occidentaux qu’il s’agit d’une attaque au gaz toxique et que les responsables sont les troupes gouvernementales syriennes.

Le ministère turc de la Santé vient incidemment de confirmer qu'il s'agit de gaz sarin, à la suite d'analyses de sang et d’urine prélevés sur des survivants.

« Nous voulons soulager la douleur du peuple syrien, a indiqué M. Tillerson. « La Russie peut faire partie de cet avenir et y jouer un rôle important. À l’opposé, la Russie peut maintenir son alliance avec [la Syrie, l'Iran et le Hezbollah], ce qui, de notre point de vue, ne servira pas les intérêts à long terme de la Russie. »

De l'accident chimique à la « provocation »

De son côté, Moscou continue de démentir la responsabilité de Damas dans l’attaque chimique de Khan Cheikhoun et déplore les représailles américaines qu’il qualifie d’« agression contre un État souverain ».

Moscou soutient la thèse de l’accident, selon laquelle les bombardements de l’aviation syrienne auraient atteint un dépôt d’armes chimiques rebelle, libérant des gaz toxiques dans l’air de Khan Cheikhoun et provoquant la mort de dizaines de personnes.

Le président Valdimir Poutine a renchéri mardi, dans cette voie, en avancant maintenant que des groupes rebelles s'apprêteraient à commettre des « provocations » à l'arme chimique en Syrie pour ensuite accuser Al-Assad d'être derrière ces attaques.

« Le régime de Bachar Al-Assad n'a aucun intérêt à utiliser des armes chimiques », a déclaré de son côté le ministère russe de la Défense. « D'autant que l'armée syrienne n'en possède plus. »

L’arsenal chimique de la Syrie a été officiellement détruit entre 2013 et 2016 sous la supervision de l’Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

« Les experts de l'OIAC ont confirmé la destruction de 10 des 12 sites utilisés pour le stockage et la fabrication d'armes chimiques, poursuit le ministère russe. Les deux sites restants se trouvent dans les territoires sous contrôle de la soi-disant opposition. »

Timide consensus au G7

Dans la foulée de son passage en Italie pour la réunion du G7 lundi, M. Tillerson a déclaré qu’il n’était pas clair si la Russie avait ou non pris au sérieux son obligation de débarrasser la Syrie de ses armes chimiques ou si elle était tout simplement incompétente en la matière.

Il a précisé que la nuance n’avait « pas beaucoup d'importance pour les morts ».

Les membres du G7 – États-Unis, Canada, France, Royaume-Uni, Allemagne, Japon et Italie – ont convenu mardi de l’importance du départ du président syrien, Bachar Al-Assad, pour dénouer l’impasse en Syrie.

« Ce n'est pas une position d'agressivité à l'égard des Russes, plutôt une main tendue, dans la clarté », a insisté le ministre des Affaires étrangères français. Mais, a-t-il ajouté, « maintenant ça suffit [...] il faut sortir de l'hypocrisie et rentrer très clairement dans le processus politique ».

Malgré le ton employé par M. Tillerson, le mandat confié par le G7 demeure faible, puisque les pays n’ont pas réussi à s’entendre sur d’éventuelles sanctions économiques à imposer à la Russie et à la Syrie.

Partisans de l’imposition de nouvelles sanctions contre la Russie et la Syrie, les États-Unis et le Royaume-Uni se sont avérés incapables de rallier les autres membres du G7 à leur cause. Le représentant français a précisé que la question n’avait été qu’effleurée, lundi, à Lucques, en Italie.

« Ce sujet n’a pas été abordé, à part par le ministre des Affaires étrangères britannique, Boris Johnson, mais nous n’en avons pas plus discuté », a déclaré Jean-Marc Ayrault.

La Russie appelle à la coopération avec la Corée du Nord

La Russie, qui se dit extrêmement préoccupée par la position adoptée par la nouvelle administration américaine à l'égard de la Corée du Nord, invite les États-Unis à éviter la « confrontation » et à faire preuve d’une « coopération constructive ».

Moscou s'inquiète des répercussions possibles de l'envoi d'une flotte américaine en direction de la péninsule coréenne. Les médias nord-coréens ont menacé Washington d'une attaque nucléaire au moindre signe d'une menace de frappes américaines.

Outre la crise syrienne et la Corée du Nord, M. Tillerson doit également discuter de la crise ukrainienne, de la lutte contre le terrorisme, du cas de la Libye, du Yémen et de l’Afghanistan au cours de sa visite de deux jours à Moscou.

« Nous ne cherchons pas la confrontation, mais une coopération constructive. Nous espérons que c'est également ce que souhaitent les États-Unis », a indiqué le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, par voie de communiqué. « C'est pourquoi lors des négociations à venir, nous voulons en priorité comprendre dans quelle mesure les États-Unis ont conscience de la nécessité de stabiliser et normaliser nos relations. »

La Russie souhaite que Washington participe à une rencontre internationale sur l’Afghanistan le 14 avril prochain dans la capitale russe. Moscou souhaite que Washington exerce des pressions sur l’Ukraine pour qu’elle « applique strictement ses engagements » prévus dans les accords de Minsk.

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