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« Trahison! » : Le marché de Trump qui a fait trembler Washington

Vous ne l'avez sûrement pas senti à distance. Le sol a tremblé à Washington cette semaine. Le président Donald Trump a conclu une entente budgétaire avec les leaders... démocrates. En faisant fi de la volonté des leaders de son propre parti. Premier bilan des dégâts.

L'épicentre de ce tremblement de terre se trouve dans le bureau ovale de Donald Trump. La secousse s'est fait sentir bien au-delà du Capitole, où siègent les alliés du président, ces républicains qui croyaient pouvoir compter sur lui.

Avant d'entrer dans le bureau ovale, les leaders républicains Paul Ryan et Mitch McConnell semblaient confiants. Leur suggestion de repousser les grands échéanciers budgétaires pour 18 mois avait l'aval de la Maison-Blanche. La minorité démocrate n'aurait qu'à suivre.

Mais, comme il le fait souvent, le président a bousculé les plans établis. Donald Trump a écouté les deux camps et choisi la suggestion démocrate : le report des grands échéanciers budgétaires de seulement trois mois.

La différence de 15 mois n'est pas banale. Un long report aurait permis aux républicains de repousser au-delà des prochaines élections une question budgétaire bien périlleuse, celle du plafond de la dette.

La question est délicate pour les républicains, parce que les électeurs les plus conservateurs exigent des compressions en échange. La position des élus républicains sur cette question revient souvent les hanter aux élections suivantes.

C'est justement pourquoi l'entente que Donald Trump a conclue avec les démocrates a fait trembler Washington. D'une poignée de main, le président a compliqué bien des choses pour ses alliés républicains.

Une trahison!

« Il vient de nous baiser! » a lancé un responsable républicain sous le couvert de l'anonymat. « C'est une trahison de tous les principes que défendent les républicains depuis des années », croit Jim DeMint, ancien sénateur et voix conservatrice toujours influente au pays.

La secousse est causée par la victoire qu'un président républicain vient d'offrir à l'adversaire démocrate. La Maison-Blanche aura beau expliquer le choix comme elle le veut, un fait demeure : l'entente donne l'avantage au parti minoritaire.

Les démocrates pourront utiliser la menace d'un défaut de paiement juste avant Noël pour mieux défendre l'Obamacare, pour protéger les Dreamers, ces jeunes emmenés ici illégalement par leurs parents de manière permanente. Des gains réalistes alors qu'ils ne contrôlent aucune des branches du gouvernement.

La secousse est telle qu'elle semble fissurer davantage le Parti républicain. D'abord, le fossé semble s'élargir entre le leadership du parti au Congrès et la Maison-Blanche.

Le président semble en meilleur terme avec « Chuck et Nancy » qu'avec Mitch [McConnell] et Paul [Ryan] (Chuck Schumer dirige le groupe démocrate au Sénat et Nancy Pelosi est la chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants). C'est Donald Trump lui-même qui s'est mis à appeler les leaders démocrates par leurs prénoms cette semaine, oubliant parfois de mentionner leurs vis-à-vis républicains.

La secousse a aussi fait apparaître des craques dans ce solide roc qui soutient Donald Trump depuis des mois : sa base d'appuis populistes. Des gens prêts à oublier les travers du président au nom de ses objectifs de campagne : renvoyer les élites politiques, limiter l'immigration, construire un mur.

Ces Américains avaient déjà été secoués par l'appui du président aux Dreamers, quelques heures seulement après l'annonce de la fin du programme. Depuis l'entente avec les démocrates, ces gens hésitent, parlent d'un moment « qui peut faire dérailler la présidence ».

« Je peux voir l'arrêt où je quitte le "Trump train" », écrivait un lecteur chez Breitbart, l'un de ces médias qui a le plus défendu Donald Trump. « Le président Trump a menti. Je lui dis au revoir. Autant avoir Jeb Bush à la Maison-Blanche. »

Des commentaires semblables, il y en a beaucoup. Mais plusieurs défendent aussi le président, voient toujours Donald Trump comme la meilleure façon de changer les choses à Washington. Plusieurs voient les leaders républicains - pas le président - comme les véritables obstacles au changement.

On peut imaginer les conséquences de cette secousse pour l'année électorale qui s'en vient. Des républicains sans accomplissement législatif majeur, des électeurs apathiques, qui votent en moins grand nombre... Mais ce ne sont que des suppositions. D'ici les élections de mi-mandat, on peut s'attendre à d'autres secousses venant de la Maison-Blanche.

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