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Triomphe du parti du président Erdogan en Turquie

Le parti islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan arrive largement en tête des législatives turques et regagne la majorité absolue au Parlement qu'il avait perdue en juin. Le Parti de la justice et du développement, l'AKP, est crédité de 49,3 % des voix, sur la base de 99 % des bulletins dépouillés.

Le CHP, le principal parti d'opposition, obtient quelque 24,5 %. Les ultra-nationalistes du MHP récoltent environ 12 %.

Le Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde), qui avait fait son entrée triomphale au Parlement en juin dernier, parvient à y rester, mais de justesse. Il obtient tout juste 10 %, le seuil nécessaire pour être représenté.

L'AKP récolte donc 316 des 550 sièges de députés au Parlement. La quasi-totalité des sondages avant le scrutin ne créditaient l'AKP que de 40 % à 43% des intentions de vote, ce qui aurait été insuffisant pour gouverner seul.

« Cette victoire n'est pas la nôtre, c'est celle de notre peuple », a déclaré le premier ministre sortant et chef de l'AKP, Ahmet Davutoglu. « Aujourd'hui, il n'y a pas de perdants, mais que des gagnants », a-t-il ajouté, lançant un appel à l'unité au pays.

Le taux de participation de l'élection de dimanche avoisine les 88 %, un niveau impressionnant, même pour la Turquie. Plus de 54 millions d'électeurs étaient inscrits sur la liste.

Pari remporté

Les Turcs étaient appelés aux urnes ce dimanche pour une deuxième fois en à peine six mois.

Le 7 juin, l'AKP avait perdu le contrôle total qu'il exerçait depuis 13 ans sur le Parlement. Les partis politiques avaient échoué à former une coalition pour gouverner. 

Recep Tayyip Erdogan avait donc choisi de convoquer des élections anticipées, persuadé de pouvoir renverser les résultats. Pour le président Erdogan, figure dominante et autoritaire de la politique turque, l'objectif du vote était clair : mettre fin à la paralysie parlementaire en donnant de nouveau à son parti la majorité pour raviver ses ambitions de transformer le système parlementaire turque en système présidentiel, ce qui lui conférerait des pouvoirs accrus.

Les résultats d'aujourd'hui mettraient fin au blocage, alors que les opinions sont plus que jamais polarisées et que les actes de violence se multiplient en Turquie.

Célébrations et tensions

Des partisans du HDP ont laissé éclater leur joie dans les rues à l'annonce des résultats. Par ailleurs, des incidents sont survenus en soirée entre forces de l'ordre et jeunes manifestants kurdes à Diyarbakir, la grande ville du sud-est à majorité kurde.

Plusieurs dizaines de manifestants ont tiré des coups de feu en l'air et mis en place des barricades de pneus enflammés devant le siège local du HDP. La police a dispersé la foule avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

La question kurde au cœur des tensions

Les Turcs sont plus que jamais divisés au-delà de l'habituel bras de fer entre islamistes et laïcs. Les lignes de fractures politiques, religieuses et ethniques affectent un peu tout le monde. Mais les divisions vives qui ont marqué cette campagne électorale sont surtout le résultat de la détérioration des relations turco-kurdes. Pour comprendre ce qui a précipité un retour à la violence en Turquie, il faut d'abord regarder du côté des voisins.

Bien des Kurdes croient que le gouvernement islamoconservateur d'Ankara a collaboré avec le groupe armé État islamique pour empêcher les Kurdes de la Syrie de consolider leur contrôle du nord du pays. Quand la ville de Kobané, à un jet de pierre de la Turquie, s'est retrouvée assiégée par l'EI en octobre 2014, Ankara est resté les bras croisés.

L'opinion de la majorité des Kurdes est que cette résistance à intervenir visait à affaiblir les Kurdes. Les attentats de Suruç à la fin juillet sont venus sonner l'arrêt de mort du cessez-le-feu entre le gouvernement turc et le PKK, un parti considéré comme un mouvement terroriste, déclenchant une vague de violence meurtrière.

C'est pourtant l'administration de Recep Tayyip Erdogan qui avait ouvert la marche à ce cessez-le-feu en introduisant une série de réformes appuyant les droits culturels kurdes à son arrivée au pouvoir. C'est aussi lui qui avait entamé le dialogue avec le dirigeant du PKK, Abdullah Öcalan, qui demeure emprisonné. Une ouverture qui s'était avérée payante pour l'AKP de Erdogan. En 2007 et 2011, le parti avait remporté une majorité de sièges dans les provinces surtout habitées par les Kurdes.

Mais aux dernières élections en juin, les Kurdes se sont tournés vers un parti qui se présentait pour la première fois aux élections, le Parti démocratique du peuple (HDP). Le parti est dirigé par un Kurde dont le charisme a su convaincre les autres partis prokurdes ainsi que des partis inquiets de l'autocratie de plus en plus affirmée de Erdogan de faire front commun. Le HDP a franchi le cap des 10 % nécessaire pour faire son entrée au Parlement en juin.

Avec 13 % des voix et 80 sièges, Erdogan avait rendu le HDP responsable de la perte de la majorité pour son parti. Depuis, le président turc accuse le HDP d'être l'allié du PKK, et donc coresponsable de la flambée de violence en Turquie. 

Avec les informations de Marie-Eve Bédard

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