Les dirigeants du Parti républicain grognent beaucoup contre Donald Trump depuis l'été dernier, mais très peu sont passés à l'attaque sérieusement. Leur timidité face à celui qui a pris en otage leur parti s'explique mal. Et hier, les sept victoires du milliardaire lors du super mardi sont un brutal rappel de l'urgence d'agir.

  Une analyse de Christian Latreille

Aujourd'hui, l'establishment républicain est devant un fait accompli. Donald Trump vogue vers l'investiture du grand parti d'Abraham Lincoln et de Ronald Reagan. Et ça, pour plusieurs, c'est une réalité terrifiante. Le New-Yorkais est un candidat de l'extérieur du monde politique qui ne représente pas les valeurs du parti, disent-ils.

Un parti impuissant

Mais Trump se fout du Parti républicain, et particulièrement de ses dirigeants dont il se moque allégrement. Pour lui, c'est un véhicule comme un autre, qui lui permettra d'arriver à ses fins. Donald Trump n'est pas un républicain. Il est à peine un conservateur. Et les bonzes du GOP (Grand Old Party) en ont peur. Et surtout, ils ne l'ont pas pris au sérieux.

Une peur qui les a paralysés jusqu'à maintenant. Mitch McConnell, leader républicain au Sénat, et Paul Ryan, leader de la chambre, ont mis trois jours avant de dénoncer, en début de semaine, la lenteur de Trump à se distancer de David Duke, un ex-leader du groupe raciste Ku Klux Klan.

De plus, le Parti républicain, redoutable machine électorale, a été impuissant à mousser la candidature de candidats plus modérés comme le sénateur de la Floride Marco Rubio ou John Kasich, gouverneur de l'Ohio. Hier, des rumeurs de mise en place d'un Super PAC (groupe d'action politique) pour contrer Donald Trump circulaient à Washington. Pourquoi maintenant alors que son avance est presque insurmontable?

Même apathie chez les candidats républicains, qui ont mis des mois à l'affronter sur ses idées, son bilan d'affaires et ses déclarations racistes. Marco Rubio et Ted Cruz se sont réveillés au dernier débat en répliquant au milliardaire avec un peu plus d'aplomb. Des tirs groupés qui ressemblaient davantage à des coups d'épée dans l'eau dans une bataille perdue d'avance.

Trump divise

Les républicains sont divisés sur le choix d'un leader. Environ 49 % d'entre eux appuient Trump, selon un sondage de CNN diffusé lundi, mais 48 % refuseraient de voter pour lui à l'élection présidentielle. Ça pourrait devenir un problème contre Hillary Clinton. D'ici là, on ne voit pas comment on pourrait l'arrêter et qui serait en mesure de le faire. Le mot d'ordre « tout sauf Donald Trump » n'a aucun impact.

Certains stratèges souhaitent que Rubio, Cruz et Kasich restent jusqu'à la fin pour éviter une victoire de Trump avant la convention du mois de juillet. Cela empêcherait aussi les délégués de se rallier à Trump et permettrait à un de ses adversaires d'émerger comme vainqueur. Mais à voir la lutte féroce que se livrent Rubio et Cruz, il est loin d'être certain qu'un des deux lâchera le morceau.

Le temps presse

Les experts auront beau imaginer tous les trucs pour lui barrer la route, Trump pourrait très bien faire cavalier seul, ce qui diviserait le vote chez les républicains. Un cauchemar que le parti a voulu éviter en demandant au milliardaire de s'engager par écrit à ne faire campagne que sous la bannière républicaine. Une signature que Donald Trump pourrait être tenté de renier depuis que les hautes instances du parti se rebellent contre lui.

Les républicains devraient célébrer à l'unisson. Ils ont trouvé leur gagnant. C'est plutôt une atmosphère de guerre civile qui règne. Oui, il est fort possible qu'il soit trop tard pour arrêter Trump, mais ceux qui le critiquent aujourd'hui sont les mêmes qui l'ont laissé filer sans opposition.

Le dernier mot appartient aux millions d'Américains qui appuient Donald Trump faute de faire confiance aux politiciens professionnels de Washington ou d'ailleurs. Trump va probablement gagner. Les dirigeants républicains auront alors à faire un sérieux examen de conscience.

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