Le court séjour du premier ministre Justin Trudeau de l'autre côté de l'Atlantique a permis de réaliser à quel point le Canada est devenu source d'espoir pour de nombreux politiciens, mais aussi des citoyens européens depuis l'entrée en poste de l'administration Trump. Le premier ministre a quitté l'Allemagne pour Ottawa, samedi matin, après avoir tenté d'apaiser les craintes sur les questions de l'immigration et du commerce.

Un reportage de Raphaël Bouvier Auclair

Marcher dans Berlin, c'est le métier de Mohamad Othman. Ce réfugié syrien, arrivé il y a quelques années en Allemagne, est devenu... guide touristique!

Ses circuits ne sont pas comme les autres. À chaque monument ou site où il s'arrête, Mohamad compare les événements qui s'y sont produits avec un chapitre du conflit syrien.

Prenez Checkpoint Charlie pour exemple, un poste-frontière symbolique marquant la limite entre Berlin-Est et Berlin-Ouest.

Nous allons à Checkpoint Charlie [...]. Nous rappelons aux gens ce que les frontières font. Un mur peut séparer des familles.

Mohamad Othman, guide chez Refugee voices

Pour lui, dans un monde où les murs et les frontières sont de plus en plus présents, le Canada et ses politiques en matière d'accueil des réfugiés se démarquent.

« Pour beaucoup de gens, c'est à ce moment-là que le Canada est apparu sur une carte », dit Mohamad Othman.

Immigration, mais aussi commerce

Vendredi soir, à Hambourg, lors d'un grand banquet devant des gens d'affaires et des personnalités politiques, Justin Trudeau a été reçu avec les grands honneurs.

La politique du Canada en matière d'immigration et d'intégration a été citée en exemple par le maire d'Hambourg, Olaf Scholz. Et ce, même si son pays a accueilli des centaines de milliers de réfugiés de plus que le Canada ces dernières années.

Olaf Scholz a décrit le Canada comme étant un modèle pour les « libéraux à travers le monde ».

Le maire d'Hambourg et le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, qui était aussi présent à la réception, ont également souligné le rôle que joue Ottawa pour faire la promotion du libre-échange, dans un monde où les sentiments protectionnistes sont de plus en plus forts.

Encore et toujours Donald Trump

Dehors, devant l'hôtel de ville d'Hambourg où se déroulait la soirée, quelques dizaines de curieux attendaient patiemment la sortie de Justin Trudeau pour pouvoir l'apercevoir.

Parmi eux, l'Irlandaise Marie-Thérèse Madders. Comment décrit-elle le premier ministre canadien? « Il n'est pas Trump. »

C'est important de saluer quelqu'un qui va être très important pour l'Union européenne en se débrouillant avec lui [Donald Trump], parce qu'ils sont voisins.

Marie-Thiérèse Madders

Ces attentes font écho aux propos tenus jeudi par le président du Parlement européen, Antonio Tajani, qui a évoqué le rôle que pourrait jouer le Canada pour contribuer à la relation entre l'Europe et les États-Unis.

Tout le monde n'est pas convaincu

Un peu partout où Justin Trudeau est passé cette semaine, on pouvait aussi constater que sur le continent européen, il y a également des détracteurs du message du premier ministre, selon lequel le libre-échange peut profiter à tous, pas seulement à une certaine élite.

Devant le Parlement européen à Strasbourg, jeudi, par exemple, des pancartes contre l'accord entre le Canada et l'Europe étaient visibles. Des souvenirs de la manifestation qui s'était déroulée la veille quand les députés européens ont approuvé l'entente. Plus de 200 d'entre eux s'y sont d'ailleurs opposés.

Vendredi, lorsque le premier ministre a été accueilli par Angela Merkel, à Berlin, des manifestants l'attendaient, pancartes à la main.

Un rappel que pour certains en Europe, au-delà des discours, le modèle de libre-échange dont Justin Trudeau et des dirigeants européens ont fait la promotion cette semaine, doit encore prouver ses mérites.

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