Le président américain Donald Trump confirme qu'il s'apprête à frapper la Syrie, dans la foulée de l'attaque chimique présumée survenue samedi dans la ville rebelle de Douma, malgré les menaces russes d'une réplique immédiate.

« La Russie jure d'abattre tout missile tiré vers la Syrie. Que la Russie se tienne prête, car ils arrivent, beaux, nouveaux et intelligents! » a-t-il tweeté en début de journée.

La porte-parole de la Maison-Blanche a rappelé que « le président tient la Syrie et la Russie pour responsables de cette attaque aux armes chimiques ». Sarah Sanders a également affirmé que toutes les options étaient encore sur la table et que la décision finale n'avait pas été prise.

Plus tôt dans la journée, l'ambassadeur russe au Liban, Alexander Zasypkin, avait déclaré à la chaîne de télévision du Hezbollah, Al Manar, que tout missile américain tiré sur la Syrie serait abattu et que les sites d'où ils auraient décollé seraient pris pour cibles.

« En cas de frappe américaine [...], les missiles seront abattus et même les sources d'où proviennent ces missiles seront prises pour cibles », a déclaré le diplomate. Tout affrontement « doit être exclu, et par conséquent, nous sommes disposés à engager des négociations ».

Mattis « prêt » à présenter des options militaires

Le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, a pour sa part déclaré qu'il était « prêt » à présenter des options militaires au président Trump. Il a cependant souligné que les États-Unis étaient « encore en train d'évaluer » les informations sur l'attaque menée à Douma pour pouvoir en faire assumer la responsabilité au président syrien Bachar Al-Assad.

Quelques heures plus tôt, le Pentagone avait refusé de commenter le tweet du président Trump, qui est le commandant en chef des armées. « Le département [de la Défense] ne commente pas de potentielles actions militaires à venir », a indiqué un porte-parole, Eric Pahon. « Pour caractériser le tweet du président, adressez-vous à la Maison-Blanche. »

Quarante minutes après son premier tweet sur la Syrie, le président Trump en a envoyé un deuxième, en empruntant un tout autre ton.

« Notre relation avec la Russie est plus mauvaise que jamais, et cela inclut la guerre froide. Il n'y a aucune raison pour ça. La Russie a besoin de notre aide pour son économie, quelque chose qui serait très facile à faire, et nous avons besoin que tous les pays travaillent ensemble. Arrêtons la course aux armements », a-t-il écrit.

Une heure et demie plus tard, le président Trump a imputé les problèmes entre les États-Unis et la Russie à l'enquête du procureur spécial Robert Mueller, qui se penche sur l'ingérence russe dans la présidentielle de 2016.

« L'animosité avec la Russie est largement causée par l'enquête russe fausse et corrompue, aiguillée par tous les loyalistes démocrates, ou des personnes qui ont travaillé pour Obama », a-t-il tweeté. « Mueller est celui qui a le plus de conflits [d'intérêts], à l'exception de Rosenstein », a-t-il ajouté. Le procureur général adjoint Rod Rosenstein supervise l'enquête du procureur Mueller.

Pas de « twitto-diplomatie » pour le Kremlin

« Nous ne sommes pas étonnés par cette escalade dangereuse en provenance d'un régime comme celui des États-Unis qui a parrainé et parraine encore le terrorisme en Syrie », a commenté une source du ministère syrien des Affaires étrangères, citée par l'agence officielle SANA.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a réagi aux déclarations du président Trump en se moquant de sa propension à faire des annonces intempestives sur Twitter. Selon lui, les Américains se servent de « prétextes » pour justifier une action militaire.

« Nous sommes convaincus que l'utilisation d'armes chimiques à Douma a été inventée et ne peut être utilisée comme prétexte pour avoir recours à la force », a aussi dit M. Peskov.

« Les missiles guidés devraient filer vers les terroristes, pas vers le gouvernement légal qui combat depuis plusieurs années sur son sol le terrorisme international », a aussi commenté la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, dans un message publié sur Facebook.

« L'idée serait-elle d'effacer rapidement les traces de provocations par des frappes de missiles intelligents, et les inspecteurs n'auront plus rien à trouver en matière de preuves? », a-t-elle avancé.

Mme Zakharova a aussi accueilli l'idée de mettre un terme à la course aux armements avec ironie. « Bonne idée! On propose de commencer par la destruction des armes chimiques. Que les États-Unis le fassent en premier », a-t-elle répliqué.

Le chef de la commission parlementaire russe de la défense, Vladimir Shamanov, a pour sa part déclaré à l'agence russe Interfax que Moscou discutait de la situation avec l'état-major de l'armée américaine.

Mardi, Washington et Moscou ont croisé le fer au Conseil de sécurité des Nations unies lors d'un débat sur la création d'un nouveau mécanisme d'enquête sur le recours aux armes chimiques en Syrie.

Le débat n'a pas abouti, malgré de longues tractations.

Des « caïds » engagés dans une « bagarre de rue », selon Ankara

Selon la BBC, qui n’identifie pas ses sources, le Royaume-Uni se tient prêt à participer à une intervention militaire en représailles à l'attaque chimique commise en Syrie.

La première ministre britannique Theresa May a convoqué pour jeudi une réunion d'urgence de son gouvernement pour discuter de la réaction du Royaume-Uni, a indiqué une porte-parole de Mme May.

La BBC affirme qu'en cas d'intervention militaire, Mme May ne solliciterait pas l'aval du Parlement.

Cette décision a été prise après consultation avec le président américain, puisque, au cours des derniers jours, Theresa May a eu des discussions à ce sujet avec lui.

Lundi, M. Trump avait annoncé qu'une décision sur la Syrie serait prise dans les « 24 à 48 heures ». Il avait déclaré la veille dans un tweet que la Syrie aurait un « fort prix » à payer pour cette « attaque chimique insensée » qu'il imputait d'emblée au régime syrien de Bachar Al-Assad.

Donald Trump s'est également entretenu de la Syrie avec le président français Emmanuel Macron.

Mardi soir, le président Macron a déclaré que la France annoncerait « dans les prochains jours », en coordination avec les États-Unis et le Royaume-Uni, sa décision quant à une éventuelle riposte militaire contre les « capacités chimiques » du régime syrien.

Le premier ministre de la Turquie, acteur-clé dans le dossier syrien, a pour sa part renvoyé dos à dos les deux grandes puissances militaires mondiales.

L’ONU craint une situation « hors contrôle »

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, dénonce « l'impasse actuelle » et craint le pire.

« J'ai appelé les ambassadeurs des cinq membres permanents [États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni] pour réaffirmer ma grande inquiétude face à l'impasse actuelle et souligné la nécessité d'éviter une situation devenant hors contrôle », a indiqué M. Guterres dans un communiqué rendu public mercredi soir, alors que se précise la menace d'une action occidentale en Syrie.

Trump contredit son approche militaire

L'avertissement lancé mercredi par le président Trump contredit une approche qu'il a souvent défendue au sujet des frappes militaires, soit celle de ne pas les annoncer à l'avance, question de ne pas permettre à l'ennemi de prévoir le coup.

Dans une entrevue accordée à Fox News en avril 2017, il avait par exemple refusé de dire s'il pourrait frapper la Corée du Nord en cas de poursuite de son programme de missiles balistiques. « Je ne veux pas télégraphier ce que je fais ou ce que je pense », avait-il fait valoir. « Je ne suis pas comme les autres administrations, qui disent : "Nous allons faire ça dans quatre semaines". Ça ne fonctionne pas comme ça », avait-il plaidé.

Lorsque le président Obama avait menacé de frapper la Syrie, en août 2013, après une autre attaque chimique présumée, M. Trump avait aussi défendu la même position. « Pourquoi ne pouvons-nous pas rester tranquilles et, si on attaque, les prendre par surprise? »

Il soutenait cependant à l'époque que les États-Unis ne devraient pas aller de l'avant, en arguant qu'ils paraîtraient mal si des « civils innocents [étaient] blessés ou tués ».

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, qui suit le conflit syrien depuis Londres grâce à un réseau d'informateurs sur le terrain, les forces gouvernementales syriennes évacuent mercredi les principaux aéroports et les bases aériennes militaires du pays. Un responsable américain a confirmé à Reuters que le régime syrien déplace des ressources aériennes.

S'il met sa menace à exécution, M. Trump n'en sera toutefois pas à sa première frappe en Syrie. Il y a un an, il a ordonné le lancement de 59 missiles de croisière sur une base du régime syrien, en représailles à une attaque au gaz sarin qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun, dans la province d'Idlib.

Il avait alors justifié cette attaque en déclarant qu'il était « dans l'intérêt vital pour la sécurité nationale des États-Unis de prévenir et de dissuader la propagation et l'usage d'armes chimiques mortelles ».

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