Donald Trump affirme qu'il a le « pouvoir absolu » de s'accorder lui-même la grâce présidentielle, tout en assurant qu'il n'a aucune raison d'agir de la sorte. Le président américain maintient n'avoir « rien fait de mal » pouvant justifier l'enquête « inconstitutionnelle » du procureur spécial Robert Mueller.

« Comme l’affirment de nombreux spécialistes du droit, j'ai le droit absolu de me gracier, mais pourquoi le ferais-je alors que je n'ai rien à me reprocher? », a écrit Donald Trump dans un de ses tweets matinaux, où il déplorait « la chasse aux sorcières sans fin » menée par le procureur Mueller à son encontre.

« La nomination du procureur spécial est totalement inconstitutionnelle », a-t-il ajouté dans un autre message quelques minutes plus tard. « Malgré cela, nous jouons le jeu parce que moi, contrairement aux démocrates, je n’ai rien fait de mal. »

Avec cette déclaration sur son droit à se gracier lui-même, le président Trump s’engouffre dans une porte ouverte dimanche par son avocat, Rudy Giuliani, lors d’entrevues accordées à des émissions politiques dominicales des grands réseaux américains.

À l’émission This Week à ABC, M. Giuliani, qui représente le président dans le dossier du procureur spécial depuis à peine quelques semaines, a par exemple soutenu que M. Trump avait « probablement » le droit de se gracier, tout en assurant qu’il « n’avait pas l’intention » d’agir de la sorte.

« Il serait tout simplement impensable que le président des États-Unis se gracie lui-même », a encore dit l’ex-maire de New York à l’émission Meet the Press, à NBC. « Cela mènerait probablement immédiatement à une destitution. »

M. Giuliani a tenu ses propos après que le New York Times eut révélé samedi que des avocats de M. Trump ont argumenté, dans une lettre envoyée en janvier au procureur Mueller, que le président américain ne peut être accusé d’entrave à la justice, car il a le pouvoir de mettre fin à cette enquête.

Même si les dires du président Trump semblent contre-intuitifs, en vertu du principe qu’une même personne ne peut être juge et partie, la réalité est que la légalité constitutionnelle d’une telle défense n’a jamais été testée devant un tribunal. L’idée que « plusieurs experts du droit » appuient cette hypothèse n’est pas davantage prouvée.

Avant même que le président ne se lance dans le débat, le leader de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, avait d'ailleurs déclaré au réseau CNN qu’aucun président ne devrait se gracier lui-même.

Lundi, le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, avocat de formation, a aussi contredit ce que le président affirmait dans ses tweets, en indiquant que ce dernier était « 0 en 2 en matière de Constitution ».

« L’enquête du procureur spécial Mueller a inculpé ou obtenu des plaidoyers de culpabilité de 19 personnes et trois compagnies », a-t-il ajouté. « Cinq autres personnes, incluant trois conseillers de Trump, ont déjà plaidé coupable. »

Le procureur Mueller enquête sur les allégations d'ingérence russe dans la présidentielle de novembre 2016, sur une possible collusion entre la Russie et l'équipe de campagne de M. Trump, et sur de possibles entraves à la justice commises par le président américain.

Cette enquête n'a par ailleurs rien d'anticonstitutionnelle. M. Mueller a été dûment nommé pour la mener au printemps 2017 par le secrétaire adjoint à la Justice des États-Unis, Rod Rosenstein, après que le secrétaire en titre, Jeff Sessions, eut choisi de s'en récuser.

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