Donald Trump a-t-il reçu l'aide de la Russie de Vladimir Poutine pour être élu président des États-Unis? Plus d'un an après son arrivée à la Maison-Blanche, il est impossible de l'affirmer. Bien des rumeurs et de fausses informations circulent à ce sujet. Petit guide pour aller à l'essentiel de ce que Donald Trump a appelé la « patente russe ».

Un texte de Yanik Dumont Baron

Pas moins de cinq enquêtes tentent de faire la lumière sur les circonstances entourant l’élection de Donald Trump, en novembre 2016. Quatre d'entre elles sont pilotées par des élus au Congrès (deux au Sénat, deux à la Chambre des représentants). Elles ont un objectif commun : tirer des leçons de l’ingérence russe dans la dernière élection pour défendre l’intégrité des prochains scrutins.

La cinquième enquête est menée par le procureur spécial Robert Mueller, nommé à la suite du renvoi du directeur du FBI, James Comey. Le procureur Mueller relève du département de la Justice, donc indirectement, du président Trump. Il peut déposer des accusations criminelles, mais pas critiquer des comportements répréhensibles, mais légaux.

Le procureur spécial se penche sur la nature des liens entre la Russie et l’organisation de campagne de Donald Trump. Déjà, deux haut placés dans cette campagne (Paul Manafort, un ancien directeur de la campagne et son bras droit, Rick Gates) ont été mis en accusation. Au moins deux autres collaborent avec les enquêteurs.

Manipuler les opinions

Les agences américaines du renseignement sont bien certaines : le président russe, Vladimir Poutine, a « ordonné une campagne d’influence » visant la présidentielle de 2016. L’objectif était double :

  • nuire à la candidature de la démocrate Hillary Clinton;
  • miner la confiance du public dans le résultat de l’élection.

Cette campagne d’influence a été orchestrée par l'Internet Research Agency, une agence russe spécialisée dans l’influence d’opinion. Ces trolls, appuyés par des robots (« bots »), ont utilisé Facebook et Twitter pour accentuer les divisions dans la population américaine.

Ils ont créé des pages ou acheté de la publicité pour promouvoir des positions tranchées sur des thèmes controversés aux États-Unis, comme le racisme, la religion ou l’immigration musulmane.

À distance, ces manipulateurs d’opinions ont aussi organisé de vraies manifestations (et des contre-manifestations) pour accentuer les divisions. Ainsi, quelques jours après l’élection, des milliers d’Américains ont participé à l’un de ces événements fabriqués, une manifestation à New York pour dénoncer la victoire de Donald Trump.

Les témoignages des représentants de Facebook, YouTube et Twitter devant le Congrès laissent entendre que ces plateformes sont encore utilisées pour « répandre des mensonges, provoquer des conflits et séparer les Américains », selon les mots du sénateur républicain Richard Burr.

L’Internet Research Agency a acheté environ 100 000 $US de publicité sur Facebook en 2016. Un petit montant en comparaison des millions investis par les organisations de campagne elles-mêmes. Les républicains ont donc raison de souligner qu’il est difficile de savoir si ces publicités ont véritablement influencé le choix de l’électorat.

Bien des contacts, mais de la collusion?

Oui, il y a eu plusieurs contacts entre l’organisation de campagne de Donald Trump et des représentants russes. Non, il n’y a pas encore de preuves formelles de coordination ou de collusion. C’est l’aspect le plus controversé, sur lequel les zones d’ombres demeurent nombreuses. Les liens financiers, qui sont eux bien réels, entre la famille Trump et des Russes ajoutent aux soupçons.

Il est clair que les agents russes ont fait beaucoup pour entrer en contact avec des hauts placés dans le clan Trump. Il y a eu d’abord George Papadopoulos. Ancien conseiller dans la campagne de Trump, il a admis avoir tenté de cacher au FBI ses contacts avec un mystérieux « professeur » au printemps 2016.

Cet homme, qui demeure non identifié, a vanté ses relations importantes auprès du gouvernement russe. Il a aussi affirmé que les Russes possédaient de l’information ( en anglais « dirt ») concernant Hillary Clinton.

George Papadopoulos était en contact fréquent avec des haut placés au sein de l’organisation de campagne, qui semblaient apprécier ses efforts, notamment pour organiser une rencontre entre « le gouvernement russe » et le candidat républicain.

Contacts russes à la Trump Tower

Un autre de ces contacts avec des représentants russes a eu lieu le 9 juin 2016, à la Trump Tower, le quartier général de la campagne de Donald Trump, qui est aussi sa résidence. Au moins huit personnes étaient présentes, dont le gendre du président, Jared Kushner, son fils aîné, Donald fils, et son directeur de campagne, Paul Manafort.

Deux lobbyistes russes et deux personnes liées à un entrepreneur russe étaient présents, de même qu’un interprète. Selon un échange de courriels rendu public par Donald Trump fils, la rencontre visait à offrir « des documents officiels et de l’information pour incriminer Hillary » Clinton.

On ne sait pas si des informations dommageables ont changé de mains. Donald Trump fils affirme que les Russes avaient peu à offrir.

À l’automne 2016, Donald Trump fils a aussi été approché par WikiLeaks, considéré par les autorités américaines comme un allié du Kremlin dans cette affaire. À ce moment, l’organisation militante avait commencé à rendre publics les courriels volés à John Podesta, le directeur de campagne d’Hillary Clinton.

WikiLeaks semblait vouloir aider la campagne Trump avec des conseils tactiques. Il a notamment été suggéré que le républicain ne concède pas une éventuelle défaite afin de pouvoir mieux exposer la « corruption » du processus électoral.

Des contacts après l’élection

Les contacts entre Russes et le clan Trump se sont poursuivis au-delà du 8 novembre 2016. Cette fois, entre l’ancien ambassadeur russe à Washington, Sergey Kislyak, et l’ex-conseiller du président Trump à la sécurité nationale, Michael Flynn.

M. Flynn est entré en contact avec M. Kislyak à au moins deux reprises entre l’élection et l’assermentation de Donald Trump. La première fois, le 22 décembre 2016, pour demander le report d’un vote au conseil de sécurité de l’ONU touchant Israël. Cette conversation aurait été initiée par Michael Flynn à la demande du gendre du président, Jared Kushner.

Le deuxième discussion a lieu une semaine plus tard, le 29 décembre, soit quelques heures après l’annonce par Barack Obama d’une série de sanctions à la Russie en réponse à son travail d’influence dans l’élection américaine.

Lors d’une conversation téléphonique, Michael Flynn a demandé à l’ambassadeur Kislyak de s’assurer que la Russie ne réplique pas aux mesures américaines. C’est ce qu’annonce le lendemain le président russe, Vladimir Poutine. Un geste souligné par Donald Trump sur Twitter.

Des mensonges aux lourdes conséquences

Michael Flynn a d’abord caché ses interactions avec l’ambassadeur russe. L’actuel procureur général, Jeff Sessions, a aussi tenté de passer sous silence ses rencontres avec le même ambassadeur. Ces contacts ont été d’abord mis au jour par des fuites dans les médias avant d’être confirmés de manière indépendante.

Les déclarations mensongères de Michael Flynn ont poussé le département de la Justice à alerter la Maison-Blanche fin janvier 2017. Les autorités craignaient que le conseiller du président à la sécurité nationale puisse être victime de chantage, les Russes sachant qu’il avait menti à ses patrons.

La Maison-Blanche a mis 18 jours avant d’exiger son départ. Michael Flynn a quitté l’administration seulement après des révélations dans la presse au sujet de sa vulnérabilité aux pressions russes.

Pressions politiques indues?

Au lendemain de ce départ, Donald Trump rencontre le directeur du FBI, James Comey. Selon ce dernier, le président lui a demandé de s’assurer que les enquêtes épargnent Michael Flynn.

Deux jours plus tard, Donald Trump se porte publiquement à la défense de son ancien conseiller. « Je pense qu’il n’a rien fait de mal », déclare le président à la mi-février.

James Comey a été renvoyé de son poste de directeur du FBI le 9 mai 2017. L’enquête du procureur spécial tente de vérifier si ce renvoi constitue une forme d’entrave à la justice de la part de Donald Trump.

Certains voient un aveu dans l’explication donnée par le président quelques jours après le renvoi surprise. « Quand j’ai décidé [de renvoyer Comey], je me suis dis : “Tu sais, cette patente russe avec Trump et la Russie, c’est une histoire inventée.” »

Une assurance qui fait fi des preuves accumulées par les différentes enquêtes. Ces enquêtes vont se poursuivre en 2018, un nuage qui planera encore longtemps au-dessus de la Maison-Blanche.

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