ANALYSE - Les dirigeants de grandes entreprises sont, pour la majorité, des êtres pragmatiques. À la tête de sociétés qui doivent générer des gains pour leurs actionnaires, qui exigent du rendement et une valorisation de leurs actions, les PDG cherchent et trouvent leur intérêt. Ils ne badinent pas sur les moyens, ils sont payés cher, très cher, pour tenter de faire exploser la banque!

Alors, quand un homme comme Donald J. Trump devient président des États-Unis, une fois l’étonnement passé, ces dirigeants d’entreprises, dont certains qui ont voté pour lui, s’affairent à chercher et à trouver leur intérêt dans ce nouveau cadre politico-économique. Et c’est ce qu’ils ont fait fin 2016 début 2017 lorsqu’ils ont accepté de participer à des comités économiques pour conseiller le président des États-Unis. Donald Trump a formé ces équipes pour asseoir sa légitimité et mettre en oeuvre son plan économique.

Vous comprendrez donc, dans les circonstances, que les gestes posés par ces dirigeants cette semaine, qui sont ceux de démissionner des comités-conseils, de se dissocier du président et de dénoncer ses propos, ne sont pas anodins et anecdotiques. Ce qu’ils ont fait et ce qu’ils ont dit marquent une rupture avec le président. Et ce qu’ils ont fait et ce qu'ils ont dit expriment clairement qu’il n’est plus dans leur intérêt d’être associé au président Trump.

Une ligne a été franchie par Donald Trump en mettant sur un pied d’égalité des suprémacistes blancs, des néonazis et des manifestants antiracistes. Sur les plans historique et moral, des valeurs, des principes, des droits fondamentaux sont en jeu. Plusieurs hauts dirigeants ont été profondément heurtés par les propos de Donald Trump.

Ensuite, les dérives du président sont devenues une véritable distraction pour ces entreprises. Les comités ne pourront plus fonctionner normalement dans les circonstances.

Disons les choses telles qu'elles sont : Donald Trump devient de plus en plus toxique dans la marche des affaires de ces entreprises. Quel PDG souhaite se retrouver dans l’image à la télé, dans la photo dans les journaux, à deux pas du président lors d’un point de presse, où Donald Trump s’obstine avec les journalistes et raconte qu’il y a de bonnes personnes parmi les néonazis?

Dorénavant, les grands groupes américains vont poursuivre leurs activités en se tenant à distance du président. On peut presque dire que les patrons l’ont lâché. Donald Trump est aujourd’hui radioactif pour les grandes entreprises américaines. Les PDG considèrent maintenant que le président des États-Unis peut être plus dommageable pour leurs activités que bénéfique.

Et les réformes?

Cela dit, et c’est important d’apporter des nuances, en coulisses, les PDG vont tout de même continuer leur lobbying et maintenir la pression pour faire avancer leurs intérêts. Et, oui, plusieurs continueront de lui parler. Il ne faut pas oublier que le président va baisser les impôts des plus riches et des entreprises. Il a promis aussi de réduire la réglementation des banques.

On a vu les marchés boursiers chuter jeudi alors que des rumeurs ont circulé quant à la possibilité que le principal conseiller économique du président, Gary Cohn, ancien PDG de Goldman Sachs, annonce sa démission. Gary Cohn a été profondément dégoûté par les propos du président et son départ pourrait sonner le glas à toutes les réformes.

Maintenant, autant les grands patrons cherchaient en janvier à se mettre dans les bonnes grâces de Donald Trump pour faire avancer les réformes qu’ils leur plaisaient le plus, autant aujourd’hui, ils chercheront à l’éviter publiquement. Cette semaine pourrait marquer un tournant important dans l’histoire de la présidence de Donald Trump.

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