Le vent d'opposition aux politiques du président Donald Trump se fait sentir un peu partout aux États-Unis cette semaine. Même dans les États qui ont voté pour le Parti républicain, les élus sont souvent pris à partie au cours d'assemblées publiques organisées pour leurs citoyens. Moment dur à passer, ou naissance d'un mouvement d'opposition?

« C’est un mouvement », assure une dame rencontrée dans une de ces assemblées publiques à Savannah.

« Je fais partie d’un mouvement », répète-t-elle. Une façon de canaliser la colère et les craintes engendrées par le résultat de l’élection présidentielle. L’opposition est loquace, énergisée et, surtout, démocrate.

Elizabeth North est arrivée deux heures avant le début de l’assemblée publique. Et pas seulement pour s’assurer d’une bonne place dans l’auditorium. Elle voulait aussi distribuer des coeurs rouges, roses ou mauves aux participants. Une façon discrète de signifier son appui aux gens qui vont s’exprimer.

« C’est ma première assemblée citoyenne, assure la femme dans la cinquantaine. Cette élection a éveillé mon sens des responsabilités civiques. »

La présidence de Donald Trump l’effraie, entre autres parce que le Congrès est aussi sous contrôle républicain.

Presque tout ce qui m’est cher est menacé. C’est pour ça que je m’implique.

Elizabeth North, participante à l'assemblée publique à Savannah

Comme des milliers d’Américains, Elizabeth North s’est jointe au mouvement « Indivisible ». Le terme mouvement est probablement inapproprié. À l’origine d'« Indivisible », il y a surtout un guide pratique pour faire entendre sa voix et son opposition auprès des élus.

C’est une sorte de manuel du manifestant progressiste, inspiré des tactiques utilisées par le Tea Party de droite dans les débuts de la présidence de Barack Obama. Les citoyens peuvent télécharger le manuel « Indivisible » et en faire ce qu’ils veulent dans leur coin du pays.

Bien sûr, une partie des participants à ces assemblées publiques sont des personnes habituées à militer. Des défenseurs de l’avortement, par exemple, ou des militants syndicalistes. Dans la foule, ils portent souvent des vêtements aux couleurs distinctes.

Mais ces rassemblements attirent aussi leur lot de citoyens ordinaires. Des gens effrayés par un aspect ou l’autre des promesses de Donald Trump. Des gens occupés par un travail à temps plein, une famille, mais qui trouvent le temps de faire leur part.

Danny Holland est justement le genre de personne qui ne s’impliquait pas en politique. Professeur de mathématiques dans une école secondaire, il a pris une journée de congé mardi dans l’espoir de poser une question à son représentant au Congrès.

C’est le sort de sa mère qui l’inquiète. Très malade, elle a besoin de coûteux médicaments pour vivre. « J’ai l’impression qu’il y a bien des gens dans une situation semblable à celle de ma mère… des gens pour qui c’est une question de vie ou de mort. »

À Savannah, comme ailleurs au pays, une bonne partie des questions portaient justement sur la réforme complexe de l’assurance maladie mise sur pied par Barack Obama. Donald Trump et les républicains ont promis de l’abolir, de la remplacer par un système encore mal défini.

C’est une question bien délicate. Et le représentant républicain Buddy Carter avait du mal à expliquer ce que son parti proposait de faire, entre autres, parce que la foule ne le laissait pas aller au bout de ses idées. Il a été souvent hué, enterré par les cris des citoyens inquiets.

« On veut régler les choses, a-t-il lancé, exaspéré. Laissez-nous une chance! » La foule partisane n'était pas d'accord et les questions pointues, les accusations, ont fusé. « Taisez-vous », a crié aux militants une femme choquée par le désordre. « Un chien enragé serait plus décent! »

La foule a dirigé vers son élu républicain toutes les craintes suscitées par la présidence de Donald Trump : « Allez-vous insister pour qu’il rende publiques ses déclarations de revenus? Allez-vous enquêter sur ses liens avec la Russie? Et le mur, qui va vraiment payer? »

À tout cela, le républicain n’avait pas vraiment de réponses précises ou satisfaisantes. « Je ne suis pas ici pour vous dire que Donald Trump est parfait », s’est défendu Buddy Carter. La réponse a fait rire, mais elle n’a pas satisfait non plus.

Le représentant au Congrès a joué le jeu durant plus de 75 minutes, même s’il semblait parfois perdre patience. Les quelques dizaines de républicains venus l’appuyer se faisaient beaucoup moins entendre. Ils semblaient parfois sonnés par le traitement houleux réservé à leur élu.

Buddy Carter est reparti sans répondre aux questions des journalistes, ni s’adresser aux dizaines de personnes qui n’ont pu entrer dans l’auditorium. Ils ont scandé des slogans tout au long de l’assemblée. Eux aussi ont dû repartir déçus.

« Les gens quittent très frustrés, très fâchés, assure la retraitée Marylin Michaels. « Et ils seront de retour. »

Comme plusieurs autres, elle parle des assemblées auxquelles il faudra assister, des messages à laisser aux élus. Et des prochaines élections. Dans deux ans. Celles où il faudrait bien punir ceux qui ne les ont pas écouté...

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