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Trump nie avoir traité certains pays de « trous à rats »

Le président américain nie sur Twitter avoir traité certains pays de « trous à rats » (shithole countries) lors d'une rencontre visant à trouver un terrain d'entente pour protéger les « Dreamers » d'Haïti, du Salvador et de certains pays d'Afrique.

Donald Trump reconnaît avoir employé des « mots durs » lors de discussions tenues à la Maison-Blanche avec des représentants démocrates et républicains, mais soutient qu’il n’a pas prononcé ceux qui ont été rapportés.

Sur son compte Twitter, le président a plus tard assuré qu'il n'avait « jamais rien dit de désobligeant sur les Haïtiens à part qu’Haïti est, évidemment, un pays très pauvre et troublé ». Ajoutant n'avoir jamais dit « sortez-les », il a accusé les démocrates d'avoir inventé de tels propos.

Ce nouvel incident concernant des écarts de langage du président des États-Unis s'est produit jeudi, à Washington, lors d'une réunion dans le bureau ovale entre le président et des sénateurs républicains et démocrates sur le sort des Dreamers.

« Pourquoi tous ces gens provenant de trous à rats viennent-ils ici? », aurait lancé le président, selon deux sources bien au fait qui se sont confiées au Washington Post.

La remarque aurait immédiatement fait sursauter les parlementaires présents dans le bureau ovale. Même certains membres du Parti républicain ont été irrités par ces propos.

Employée à plusieurs reprises

Selon le sénateur démocrate Dick Durbin, qui assistait à cette réunion, Donald Trump aurait utilisé « plusieurs fois » l'expression « trou à rats ».

« [Le commentaire de M. Trump] est désobligeant, élitiste. C'est une gifle aux valeurs de notre nation. Ce comportement est inacceptable de la part du chef de notre nation », a lancé la représentante républicaine de l'Utah Mia Love, dont la famille est venue d'Haïti.

Plusieurs organismes de droits civils américains ont aussi fortement réagi au commentaire du président des États-Unis.

Un porte-parole de la Maison-Blanche a défendu la position de Trump sur l’immigration, sans toutefois nier qu’il a tenu les propos méprisants.

« Certains politiciens de Washington choisissent de se battre pour des pays étrangers, mais le président Trump se battra toujours pour le peuple américain, a déclaré le porte-parole Raj Shah dans un communiqué.

« Comme d'autres pays qui ont une immigration fondée sur le mérite, le président Trump lutte pour des solutions permanentes qui rendent notre pays plus fort en accueillant ceux qui peuvent contribuer à notre société, faire croître notre économie et s'assimiler à notre grande nation », a-t-il poursuivi.

Les Dreamers sont ces quelque 800 000 clandestins arrivés aux États-Unis avec leurs parents alors qu'ils n'étaient que des enfants et qui bénéficiaient jusqu'à récemment du Deferred Action for Childhood Arrival (DACA) qui leur conférait un statut légal, un permis de travail et d'autres avantages pour une période renouvelable de deux ans.

Jeudi, trois sénateurs républicains et trois sénateurs démocrates affirmaient être arrivés à un accord pour les protéger de l'expulsion, mais la Maison-Blanche et plusieurs législateurs républicains ont par la suite dit qu'ils rejetteraient la proposition.

Indignation en Haïti

Vendredi matin, le gouvernement haïtien a réagi par voie de communiqué à la remarque désobligeante de Donald Trump en se déclarant « profondément choqué et indigné » par la teneur des propos rapportés par les médias américains.

L'ex-premier ministre haïtien Laurent Lamothe n'a pu quant à lui contenir son indignation sur Twitter.

Selon CNN, le gouvernement haïtien a convoqué vendredi le plus haut diplomate américain présent sur son territoire pour lui demander des explications sur cette déclaration de son président.

Ce nouvel écart du président américain survient par ailleurs au moment où les Haïtiens soulignent le huitième anniversaire du tremblement de terre qui a dévasté leur pays le 12 janvier 2010, une tragédie qui avait fait plus de 300 000 morts, autant de blessés et 1,2 million de sans-abri.

Justin Trudeau commente... sans commenter

Au cours d'un point de presse tenu vendredi pour souligner la fin d'une réunion de son cabinet ministériel à London, en Ontario, le premier ministre canadien Justin Trudeau n'a pas souhaité commenter directement les déclarations du président américain sur l'immigration en provenance d'Haïti.

Rappelant qu'il était député de la circonscription montréalaise de Papineau, qui compte une forte communauté d'origine ou de descendance haïtienne, M. Trudeau a affirmé que le Canada était « un pays d'ouverture et de respect ».

« Nous allons continuer d'accueillir des gens qui rendent notre pays plus fort », a-t-il ajouté.

La vice-première ministre du Québec, Dominique Anglade, dont les parents sont morts lors du tremblement de terre qui a frappé Haïti en janvier 2010, a été plus directe dans un commentaire sur Facebook, sans toutefois nommer Donald Trump.

Des échos du Mexique à l'ONU

Ce nouvel écart de langage du président américain a eu des échos jusqu’aux Nations unies, où le porte-parole de l’ONU, Rupert Colville, a qualifié ces propos de « choquants et honteux ». Des paroles « racistes » et « contraires aux valeurs universelles », a-t-il soutenu en répondant aux questions des journalistes, à Genève.

Quant à l’ex-président du Mexique, Vicente Fox, il a senti le besoin de répliquer à Donald Trump sur le même ton en écrivant sur Twitter : « Votre bouche est le pire trou à rats du monde. Avec quelle autorité proclamez-vous qui est le bienvenu en Amérique et qui ne l'est pas? »

Certains défendent aussi le président. C'est le cas notamment de son ex-directeur des communications, Anthony Scaramucci, qui n'a été en poste qu'une dizaine de jours l'an dernier avant de quitter son poste dans la controverse.

« Le président n'est pas du tout un raciste. Il est sans doute le président le moins raciste. Apparemment, lui et moi sommes les deux seuls à utiliser des jurons ici et là. Les journalistes ne parlent pas comme ça. Qui aurait cru vivre dans une société aussi puritaine! » a-t-il écrit sur Twitter.

Le sénateur républicain Lindsey Graham, un des législateurs présents dans le bureau ovale au moment des faits, a publié une déclaration, vendredi, disant qu'il avait déjà dit sa façon de penser à M. Trump.

« Après les commentaires du président, je lui ai dit répondu directement, a-t-il déclaré. Le président et tous ceux qui assistaient à la réunion savent ce que j'ai dit et ce que je ressens. J'ai toujours cru que l'Amérique est une idée qui ne se définit pas par son peuple, mais par ses idéaux. »

Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a lui aussi commenté vendredi les propos attribués à M. Trump, les qualifiant de « malheureux » et d'« inutiles ». « J'ai lu ses commentaires tard hier soir. La première chose qui m'est venue à l'esprit a été : très malheureux, très inutile », a-t-il dit.

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