Plus que les armes à feu, plus que les accidents de voiture. Les opioïdes tuent plus d'Américains qu'aucune épidémie ne l'a faite auparavant. Pourtant, les républicains insistent pour sabrer l'aide existante en réformant l'assurance maladie. De sa signature, le président Donald Trump pourrait-il transformer une crise en catastrophe?

Jennifer Wilson. Vous ne la connaissez probablement pas. C’est une ex-héroïnomane qui m’a raconté son histoire ce mois-ci : 34 ans, dont 8 passés sous l’emprise des opioïdes. Des médicaments antidouleur à l’héroïne. Elle est passée près de mourir et a perdu la garde de ses trois enfants.

Depuis un peu plus d’un an, Jennifer ne consomme plus. De son propre aveu, elle est une bien meilleure mère. C’est en pensant à ses enfants qu’elle a trouvé la force de suivre une longue cure de désintoxication.

Des milliers d’Américains espèrent être dans les souliers de Jennifer, des gens qui ont besoin d’aide pour se défaire de l’emprise des opioïdes. Une aide souvent difficile à obtenir. Une aide qui risque d’être étranglée par la réforme de l’Obamacare que préparent les républicains.

S'il est adopté, le projet de loi présenté cette semaine par les sénateurs républicains pourrait rendre Medicaid, un très vaste programme d’assistance sociale, beaucoup moins généreux. Il pourrait être amputé d’au moins 800 milliards au cours de la prochaine décennie, selon les calculs du Congressional Budget Office. Cela aurait des conséquences sur les programmes d’assistance sociale essentiels à la lutte contre l’épidémie des opioïdes.

« Nos clients sont inscrits à Medicaid et au programme d'assistance alimentaire », explique Lara Lawson, la directrice de l’organisme Recovery Point, en Virginie-Occidentale. C’est là que Jennifer a obtenu de l’aide pour vaincre sa dépendance.

Medicaid, poursuit Lara Lawson, « permet [aux toxicomanes] de recevoir les traitements dont ils ont besoin, de manger trois fois par jour ». Exactement le genre d’explications qu’elle a souvent offert à des élus venus visiter les installations bien austères de l’organisme.

De plus, Medicaid finance une bonne partie des médicaments utilisés comme substitut à l’héroïne. Ce programme permet à une pouponnière de Huntington de prendre soin des bébés enfantés par des mères qui consommaient de la drogue.

L’obligation d’offrir une assurance qui couvre plusieurs « services essentiels », dont les soins liés à la dépendance aux drogues, pourrait aussi disparaître. C’est l’une des obligations imposées par l’Obamacare que les républicains souhaitent annuler.

Il y a une contradiction entre les paroles des politiciens dans un État républicain comme la Virginie occidentale et les projets de loi sur lesquels ils travaillent; entre les promesses de Donald Trump et les lois qu’il pourrait signer.

En campagne, Donald Trump avait souvent parlé de l’épidémie des opioïdes. Justement, les zones les plus touchées sont aussi celles qui l’ont le plus appuyé. Des secteurs comme la petite ville de Huntington, en Virginie occidentale.

2 G $US, trop peu

Le projet de loi du Sénat propose d’octroyer 2 milliards de dollars américains supplémentaires pour fournir des soins aux toxicomanes. C’est bien, mais ce n’est qu’une goutte d’eau.

D’abord parce que ces fonds ne seraient que pour la prochaine année. Et surtout parce que la crise des opioïdes cause des problèmes de santé bien complexes et bien coûteux, comme l’hépatite C. Un budget réaliste, avancent certains experts, serait presque 100 fois plus élevé.

Pour l’instant, il n’y a qu’une poignée de républicains qui hésitent devant la teneur de la réforme proposée. Certains citent justement les compressions à Medicaid.

La crise des opioïdes est grave. Les Américains pourraient mettre de côté leurs préoccupations partisanes et penser à l’exemple de Jennifer et à tous ceux à qui elle peut servir d’exemple.

« C’est extraordinaire », confiait-elle en me montrant les photos de ses trois enfants. Elle travaille, a de l’argent pour gâter ceux-ci. « C’est un sentiment de joie, de succès. Je ne consomme plus. Mes enfants sont revenus sous mon toit. J’ai une seconde vie. Tout le monde mérite une deuxième chance. »

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