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Trump signe un décret afin de détenir indéfiniment les familles de migrants à la frontière

Le président américain Donald Trump a signé mercredi un décret mettant fin à la séparation des familles de migrants qui franchissent illégalement la frontière américaine avec le Mexique. La mesure autorise la détention des parents et de leurs enfants ensemble sans limite de durée.

« Je n'aimais pas voir des familles être séparées », a-t-il déclaré lors de la cérémonie de signature du décret, après avoir annoncé dans la matinée, dans un spectaculaire retournement, qu'il allait mettre fin à cette pratique lui ayant valu de très nombreuses critiques.

L'administration Trump ne mettra pas pour autant fin à la politique de « tolérance zéro » adoptée ce printemps à l'endroit des migrants, en remplacement de l'approche « attraper et relâcher ».

Autrement dit, les migrants interceptés après avoir franchi illégalement la frontière continueront d'être détenus, sous prétexte qu'ils ont commis un acte criminel, plutôt que d'être relâchés en échange d'une promesse de comparaître devant un juge de l'immigration. Les familles de migrants seront désormais détenues ensemble.

Donald Trump souhaite que les familles restent en détention pendant l’ensemble des procédures. Afin de ne pas causer de problèmes sur le plan juridique, il demande au procureur général de soumettre une demande de modification de l’arrêt Flores, ce qui est loin d'être chose faite.

L’arrêt Flores, qui a été réglé en 1997, oblige une remise en liberté des enfants migrants « dans le milieu le moins restrictif possible » à l’intérieur de 20 jours.

La directive de Donald Trump prévoit aussi que, dans la mesure du possible, le procureur général « priorise le jugement des cas qui impliquent les familles détenues ».

Toutefois, le décret ne prévoit pas de procédures spéciales afin que les enfants déjà séparés de leurs parents à la frontière puissent être réunis, a confirmé le porte-parole du département américain de la Santé et des Services sociaux, Kenneth Wolfe.

Selon les politiques déjà en place, il incombe aux parents de retrouver leur enfant. Ces mesures ne changeront pas, selon M. Wolfe.

« Il est extrêmement troublant que le décret présidentiel exige que les familles de migrants avec enfants soient détenues indéfiniment », a décrié la sénatrice démocrate de la Californie, Dianne Feinstein, sur Twitter mercredi soir.

Un village de tentes pour loger les enfants

Pendant ce temps, près d'El Paso, au Texas, un camp de tentes pour accueillir 4000 enfants de migrants est en train d’être construit, a constaté la journaliste de Radio-Canada Sophie Langlois, qui est sur place.

Plusieurs enfants vivent déjà dans ces tentes depuis une semaine, mais personne ne sait ce qu’il va se produire à la suite de la directive présidentielle.

Est-ce que les familles entières seront désormais accueillies dans ce camp? Logeront-elles ailleurs? Ce camp de tentes soulève d’ailleurs la controverse, puisque les conditions de vie n'y sont pas idéales. Les organismes d'aide aux migrants sont débordés, et leurs bénévoles, épuisés.

Volte-face spectaculaire de Trump

Il y a à peine 24 heures, le président Trump affirmait que son administration ne faisait qu'appliquer la loi et qu'il ne pouvait conséquemment pas mettre fin à la séparation de familles de migrants sans que le Congrès ne légifère de manière globale sur les questions migratoires.

Ce dénouement souligne une fois de plus l'incapacité du Congrès, dominé par les républicains, à trouver une solution globale à la question migratoire.

Plus tôt dans la journée, le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, avait confirmé que deux projets de loi globaux sur les questions migratoires seraient soumis au vote jeudi.

La décision du président d'agir par décret présidentiel à quelques heures de ce vote confirme en quelque sorte que les deux projets de loi sont voués à l'échec.

Elle met aussi en évidence que le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, avait raison de marteler que Donald Trump pouvait régler le problème de la séparation des familles d'un seul coup de crayon.

Selon des statistiques officielles publiées mardi par le gouvernement américain, 2342 enfants de migrants ont été séparés de leurs parents entre le 5 mai et le 9 juin. Cela équivaut à un peu plus de 60 enfants amenés chaque jour dans des centres de rétention.

Une rencontre qui n'a rien résolu sur le fond

Mardi, une rencontre d’une heure entre le président Trump et les républicains de la Chambre des représentants n'avait pas permis de dégager une piste claire vers une loi susceptible de résoudre les problèmes de la politique migratoire américaine.

Tout un chacun dénonçait clairement la séparation de familles de migrants, mais personne ne s’entendait sur ce qu’il convenait de faire pour y mettre un terme.

Selon la presse américaine, le président a maintenu, lors de sa rencontre au Capitole avec les républicains de la Chambre ,qu’il a besoin d’une réforme en profondeur de la politique migratoire, mais sans appuyer clairement l’un ou l’autre des deux projets de loi proposés.

Ces projets de loi répondent aux demandes du président Trump :

Le premier projet de loi est le fruit d’un compromis entre les modérés et les tenants de la ligne dure au sein du Parti républicain. Il propose un chemin vers la résidence permanente et la citoyenneté américaine aux Dreamers, ce que n’offre pas le deuxième projet de loi, plutôt destiné à l’aile dure du parti.

L'attentisme du président Trump

Au sortir de la rencontre avec le président, de nombreux représentants n’étaient pas en mesure de dire quel projet de loi M. Trump appuyait. Certains ont compris qu’il soutenait le projet de compromis, d’autres, la ligne dure. La Maison-Blanche a dû déclarer par la suite qu'il appuyait les deux.

Cette confusion a été illustrée à merveille par une discussion que les représentants Ted Yojo et James Sensenbrenner ont eue devant des journalistes. Le premier a demandé au second s’il savait quel projet de loi le président appuyait. M. Sensenbrenner a admis qu’il n’en savait rien.

« Ça n’a pas fait bouger l’aiguille du tout, a commenté un républicain haut placé cité par Politico. Il a fait des commentaires comme : "Je suis derrière ça à 1000 %." Mais c’est quoi, "ça"? » Un de ses collègues a abondé dans le même sens à CNN. « C’est toujours bien de voir le président, mais il n’a pas fait avancer le ballon », a-t-il dit.

Selon la presse américaine, aucun des deux projets de loi n’a le soutien suffisant pour être adopté à l’heure actuelle, chacun des représentants étant soucieux des répercussions qu’ils pourraient avoir sur leur popularité aux élections de mi-mandat, en novembre.

En résumé, les modérés au sein du parti ne veulent rien savoir d’un projet de loi qui ne régularise pas la situation des Dreamers, tandis que les partisans de la ligne dure ne veulent pas de cette même régularisation, assimilée à une « amnistie », une perspective décriée par les médias conservateurs.

Même si un projet de loi devait être adopté à la Chambre des représentants, cela ne résoudrait pas le problème au Sénat. Pour qu’un projet de loi soit soumis au président, il doit aussi recueillir l’appui de 60 sénateurs, mais les républicains ne détiennent que 51 sièges à la Chambre haute du Congrès.

Or, les démocrates se battent bec et ongles contre un financement accru pour la construction d’un mur, compromettant toute possibilité d'une entente bipartite sur la politique migratoire. Ils exigent aussi que les Dreamers soient régularisés.

Le message d’Obama

L’ancien président des États-Unis Barack Obama a publié, mercredi après-midi sur sa page Facebook, un message à l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés dans lequel il évoque la crise actuelle à la frontière américaine.

« De voir en temps réel ces familles séparées nous mène à une question très simple : sommes-nous une nation qui accepte l’acte cruel d’arracher les enfants des bras de leurs parents, ou sommes-nous une nation qui valorise les familles et travaille pour s’assurer qu’ils restent ensemble? Est-ce que nous détournons le regard, ou est-ce que nous choisissons de faire quelque chose de nous-mêmes et de nos enfants? » demande Barack Obama dans sa publication.

L’ancien président rappelle que tous les Américains, peu importe d’où viennent leur famille, « sont ici seulement parce que ce pays les a accueillis ».

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