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Tu Youyou : de projet secret sous Mao à prix Nobel

L'histoire de Tu Youyou n'a rien de conventionnel. Première personne à recevoir un prix Nobel en Chine et douzième femme nobélisée en physiologie ou médecine depuis la création du prix en 1901, la scientifique a réussi là où bien des chercheurs ont échoué. Elle a jumelé dans les années 70 médecine ancestrale chinoise et médecine moderne.

Un texte d'Yvan Côté

Tout commence le 23 mai 1967, pendant les bouleversements de la révolution culturelle. Alors que plusieurs intellectuels et étrangers sont persécutés en Chine, Mao Tsé-toung crée une escouade secrète de scientifiques pour s'attaquer à un problème bien particulier, le paludisme.

La maladie fait des milliers de victimes dans le sud du pays et chez son voisin et allié le Vietnam. Une calomnie, alors que Hanoï combat l'ennemi capitaliste américain.

Projet militaire secret

Comme bien des chercheurs ont reçu l'étiquette de « droite » et ont été mis de côté, le régime communiste confie le projet à Tu Youyou. La jeune femme travaille alors à l'Académie de la médecine traditionnelle chinoise. Elle est d'abord envoyée dans la province de Hainan (au sud du pays) pour observer les effets de la maladie.

Elle ne reverra pas sa fille de 4 ans pendant six mois et son mari sera banni du pays et envoyé dans un camp de travail pendant qu'elle mène ses recherches sur le terrain.

« Le travail était ma priorité, j'étais prête à sacrifier ma vie personnelle », raconte-t-elle lors de l'une de ses rares entrevues au New Scientist.

Elle scrute 2000 remèdes traditionnels

Pendant des années avec son équipe, elle collecte, teste et adapte plus de 2000 remèdes traditionnels chinois trouvés dans des documents anciens. Elle réussit à fabriquer 380 extraits de plantes. L'un d'eux, provenant de l'armoise annuelle, un type d'absinthe chinoise, a pour propriété de faire baisser la fièvre chez les souris et semble réduire le nombre de parasites dans le sang.

Tu Youyou emploie alors des méthodes modernes pour isoler l'ingrédient actif, l'artémisinine et découvre ainsi le traitement contre le paludisme.

Un premier prix Nobel pour la Chine récupéré par le gouvernement

Le premier ministre a souligné que cette reconnaissance met en valeur la prospérité du pays et ses avancées technologiques. Les chercheurs, eux, ont plutôt parlé de l'importance des médecines traditionnelles chinoises boudées depuis toujours par les scientifiques étrangers.

« Le traitement d'urgence de Tu Youyou est un traitement élaboré par Ge Hong et qui remonte à la dynastie Jin (265-420), explique Zhang Boli, président de l'Académie des sciences médicales de Chine. Il était un grand pharmacien. Dans son livre, il suggère de tremper l'armoise annuelle dans l'eau, d'extraire le jus des feuilles et de tout boire. Tu Youyou s'est inspiré de cette recette ».

Mais si, pour bien des scientifiques chinois, cette découverte est la preuve que médecine ancestrale et médecine moderne ne sont pas à l'opposé, le comité des prix Nobel s'est malgré tout senti obligé de souligner que ce prix ne récompensait pas la médecine traditionnelle chinoise, mais la découverte de cette chercheuse qui s'en est seulement « inspirée ».

Encore aujourd'hui, la découverte de Tu Youyou est considérée comme le traitement le plus efficace contre le paludisme sur la planète.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, 80 % des habitants de l'Asie ont recours à cette médecine. Une maladie qui touche près de 200 millions de personnes par an et en tue plus de 500 000, principalement des enfants africains.

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